‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 51 sur 332 · MORT DE LUTHER · texte numérisé non relu

MORT DE LUTHER

pre aveu (1), de son système religieux, il voyait que ce système avait encore bien moins d'autorité parmi ses anciens partisans. Wittenberg même, où il avait agi en personne, avec un zèle sans bornes, n'avait fait aucun progrès moral. Dès 1533 il avait dit dans un sermon : « De- » puis la prédication de notre doctrine (la pure doctrine de » l'Évangile), le monde devient de jour en jour plus mau- » vais, plus impie, plus déhonté. Les diables se préci- » pitent en légions sur les hommes qui, à la pure clarté » de l'Évangile, sont plus avides, plus impudiques, plus » détestables qu'ils n'étaient jadis sous la papauté. Paysans, » bourgeois et nobles, gens de tous états, du plus grand » au plus petit, ce n'est partout qu'avarice, intempérance, » crapule, impudicité, désordres honteux, passions abo- » minables (2). » Irrité au dernier point de l'immoralité et du libertinage toujours croissant de Wittenberg, il avait quitté la ville, avec la résolution de ne plus revenir. c Sortons de cette Sodome, » écrivit-il à sa femme ; je préfère errer comme un vagabond, mendier mon pain, que de passer les pauvres et tristes jours que j'ai encore à

(1) « Ah ! s'écria-t-il, j'ai pu croire tout ce que me disaient le pape et les moines; mais aujourd'hui ma raison se refuse à croire ce que me dit le Christ, qui pourtant ne peut me tromper. » Une autre fois, comme on venait de chanter le Benedicite, il dit ces paroles : « Tout aussi peu que vous croyez ce chant véritablement bon, tout aussi peu je crois à la vérité de la théologie... Ma foi devrait sans doute être beaucoup plus grande et plus vive. Ah! mon Dieu, n'entrez pas en jugement avec votre serviteur!... » Comme, un jour, M. Antoine Musa, alors curé de Rochlitz, se plaignait franchement à Luther de ne pouvoir croire lui-même ce qu'il prêchait aux autres, celui-ci répliqua : « Dieu soit loué qu'il y ait encore des gens de cette sorte ; je croyais être le seul dans cette position. » De toute sa vie Musa ne put oublier cette consolation du maître. Il y a quelque chose de tout à fait caractéristique dans la manière dont Luther combattait contre sa conscience, et la voix du Saint-Esprit qui lui parlait par cette conscience. Il luttait contre elles comme contre des pièges du démon. « Le diable, dit-il, m'a souvent fait des reproches et a raisonné avec moi dans l'afiaire que je dirige; mais il vaut mieux renverser le temple que de laisser le Christ inconnu et caché. » Cf. Menzel, t. II, p. 427-89.

(2) Il sera bon de comparer avec ce passage une lettre de "Willibald Pirkheimer [3 juin 1530], qui fut longtemps un ami de la réforme et des réformateurs. Mœkler, Mélanges, t. II, p. 29-32.

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