SON CARACTÈRE
vivre dans ce martyre de Wittenberg, au détriment de mon amer et précieux travail. » Les instantes prières de l'électeur purent seules l'y ramener. Pendant qu'on discutait à Ratisbonne les principaux points de sa doctrine, Luther était à Eisleben, où il travaillait, au nom des comtes de Mansfeld, à un arrangement pour des mines, quand une mort prématurée frappa l'homme qui avait eu la puissance et le malheur de diviser le cœur des peuples, de rompre le lien des familles, de blesser profondément, mais non à mort, comme il l'avait voulu, l'Église de ses pères [18 février 1546]. Luther termina sa carrière de réformation comme il l'avait commencée, par la haine contre la papauté (I). Il avait reconnu, avant de mourir, que 1"Écriture a des mystères et des profondeurs insondables devant lesquels l'homme doit humblement s'incliner (2). Mais, toujours égal à lui-même, il avait parlé avec le ton d'arrogance et d'orgueil qui lui était naturel, dans le testament où il avait consigné ses dernières volontés, au mépris de toutes les formes ordinaires de lajustice humaine (3).
(1) Les axiomes suivants de Luther peuvent être rangés parmi ses plus significatifs : « Nos hic persuasi sumus ad papatum decipiendum omnia licere; » et cet autre : « Pestis eram vivus, moriens ero mors tua, papa! » Ce dernier se trouve dans une lettre qu'il écrivit après son départ de Smalkalde (de Wette, Lettres de Luther, t. V, p. 57,) et il le répéta immédiatement avant sa mort. Plus tard, ses partisans n'ont pas cessé de le graver sur les médailles de jubilés.
(2) Peu auparavant, il avait écrit en latin les mots suivants : « Personne ne peut comprendre les Bucoliques de Virgile, s'il n'a été berger pendant cinq ans; personne ne peut comprendre ses Géorgiques, s'il n'a été laboureur pendant cinq ans; personne ne peut comprendre les lettres de Cicéron, s'il n'a gouverné un Etat vingt ans durant. Quant à l'Ecriture sainte, personne ne peut en avoir un goût suffisant, s'il n'a gouverné l'Eglise pendant cent ans, avec les prophètes Elie et Elisée, avec saint Jean-Baptiste, le Christ et les apôtres.
Hanc tu ne divinam ^Eneida tenta.
Sed vestigia promis adora.
Nous sommes des mendiants, voilà la vérité. »
(3) Il y est dit : « Notus sum in cœlo, in terra et inferno, et auctoritatem ad hoc sufficientem habeo ut mihi soli credatur, quuni Deus mihihomini, licet damnabili et miserabili peccatori, ex paterna misericordia, Evangelium Filii sui crediderit dederitque ut in eo verax et (idelis fuerim, ita ut multi in mundo illud per me acceperint et me pro doctore veritatis agnoverint, spreto baiino papa?,