‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 53 sur 332 · MORT DE LUTHER; SON CARACTÈRE · texte numérisé non relu

MORT DE LUTHER; SON CARACTÈRE

A considérer sa vie active et agitée, Luther est un des hommes les plus étonnants de tous les siècles. Malheureusement, il méconnut sa vocation, comme réformateur, parce qu'il n'avait ni la charité ni l'humilité nécessaires. Il rejeta audacieusement et inconsidérément l'autorité de l'Église, autorité que plus tard, en contradiction flagrante avec ses principes, il revendiqua pour lui-même contre ses adversaires. Son courage, qu'on ne peut méconnaître, dégénérait facilement en sotte témérité. Son activité était infatigable, son éloquence populaire et entraînante, son esprit vif et plein de saillies, son caractère désintéressé, son âme religieuse ; et ce sentiment impérieux de religion, qui constitue le trait caractéristique de son système (1), contraste d'une manière étrange avec le ton frivole et le langage trivial qu'il affectionne. « Tantôt, disait Erasme, « il écrit comme un apôtre, tantôt il parle comme un bouf- » fon, dont les pasquinades et les quolibets dépassent » toute mesure, comme s'il oubliait tout d'un coup quel » spectacle il a déroulé devant le monde et quel rôle » il y joue. » D'un côté il interdit l'usage des armes dans les affaires religieuses, et de l'autre il proclame des principes et se sert d'un langage, qui auraient fait honneur aux jacobins les plus forcenés de quatre-vingt-treize. Sa franchise devient promptement de la grossièreté, sa grossièreté l'aveugle et le rend souverainement injuste envers ses adversaires. Pendant qu'il réclame à hauts crits le droit d'interprétation le plus large et le plus arbitraire pour lui, il le refuse à ses ennemis, et exerce sur ses plus intimes amis auxquels ils en arrache l'aveu, le plus dur et le plus honteux despotisme (tuli servitutem pœne deformem, dit Mélanchthon). Que si enfin on se rappelle les propos obscènes, le langage honteux qu'il tint sur les institutions les plus saintes, comme celle du mariage, non-seulement à

Cassaris, regum, principum et sacerdotum, imo omniun d<emonum odio. Quidni igitur ad dispositionem hanc in re exigua sufficiat, si adsit manus meae testimonium et dici possit : Hsec scripsit D. Mart. Luther, notarius Dei et testis Evaugelii ejus. » (Seckendorf. lib. III, p. 65t.)

(l) Nous rappellerons, parmi beaucoup d'autres, ses Cantiques, tels que : « Au milieu de la vie la mort nous enveloppe; Cherchons celui qui donne la force pour en obtenir la grâce, etc. »

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