GUERRE DE SMALKALDE, ETC
table, mais dans ses ouvrages et ses discours publics, langage qu'on ne peut justifier par la grossièreté du temps, car on ne le rencontre pas dans les ouvrages de ses adversaires, il faut bien, abstraction faite de la perversité de ses principes religieux, lui refuser absolument la vocation d'un réformateur. Pour devenir un instrument de réforme dans l'Église, il aurait fallu qu'il commençât par se réformer lui-même. Quiconque jugera avec impartialité l'œuvre de Luther reconnaîtra qu'il n'y eut pas de mission apostolique dans ces mouvements désordonnés, dans ces entreprises tumultueuses, dans ces luttes passionnées, dans cette polémique ardente et triviale dont se composa sa vie. » La raison la plus vulgaire, dit Érasme, m'apprend qu'un » homme qui a excité un si grand tumulte dans le monde, » qui n'avait de plaisir que dans les paroles indécentes » ou railleuses, n'a pu faire la chose de Dieu. Une arro- » gance comme celle de Luther, que rien n'égala jamais, » suppose la folie, et une humeur bouffonne comme celle » du docteur de Wittenberg ne s'allie point avec l'esprit » catholique (1). »
Néanmoins les partisans de Luther accordèrent à sa mémoire les honneurs que l'Église réserve aux saints et dont ils avaient tant reproché la scandaleuse impiété aux papistes (2).
§ 320. — Guerre de Smalkalde. Paix religieuse d'Augsbourg.
Hortleder, t. II, liv. III, p. 618 sq. Camerarii Comm. belli Smalk. grsece script. (Freher., t. III, p. 457). Pallavicini, 1. cit., lib. VIII, c. 1. A. Menzel, t. II, p. 451-72; t. III, p. 1-5S0. Riffel, t. II, p. 733-60.
La voix de l'empereur qui avait mis au ban de l'Empire les chefs de la ligue protestante, fut fortifiée par celles du
(1) Erasmus, dans son Hyperaspistes diatribe adv. servum arbitr. Lutheri. Voici le jugement d'Ancillon sur l'hérésiarque: « Ses actes portaient plutôt l'empreinte de la passion que de principes fixes, et si aucun vice dégradant ne souillait son caractère, d'un autre côté il ne posédait aucune vertu douce, et, à tout prendre, évidemment le côté moral de son génie n'a pas une haute valeur. »
(2) On peut s'en convaincre par le titre de l'écrit suivant, rédigé pour les jubilés du XVIIIe siècle : « Souvenir d'or et d'argent du
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pape Paul III, qui appela, pour ainsi dire, les peuples catholiques à une croisade (1). Cette déclaration de guerre ne prit point les princes protestants au dépourvu. La ligue de Smalkalde existait depuis quinze aus, et l'armée impériale était bien inférieure à celles des princes luthériens; car plus d'un prince catholique, jaloux de la puissance de l'empereur, avait refusé de se joindre à lui. Charles, désireux de dicter les conditions de la paix d'après ses vues, ne les appelait d'ailleurs à son secours qu'à la dernière extrémité. Par contre, les armées protestantes n'avaient à leur tète aucun homme de talent, quoique SchertleindeBurthenbach passât pour l'être (2). Maurice de Saxe, gendre du landgrave de Kesse, ayant, quoique protestant, passé du côté de l'empereur, entra dans les États des princes électeurs, sousprctexte de les protéger contre Ferdinand roi de Bohême, qui faisait mine de s'en emparer. La brusque arrivée de l'empereur obligea l'électeur de Saxe, Jean-Frédéric, à accepter la bataille près de Miilhberg \3A avril 1347]; il y fut fait prisonnier. Bientôt après, le landgrave de Hesse se rendit et n'obtint sa liberté que sous la caution de son gendre Maurice, qui obtint l'électorat de Saxe, et divisa ainsi la puissance des protestants. L'empereur qui avait obtenu ce brillant résultat sans le concours d'aucun prince catholique, mais au contraire par celui d'un prince protestant, n'avait cependant nul dessein d'user de la victoire pour étendre sa domination ou contraindre par la uolence les princes à rentrer dans l'Église catholique. Il voulait les y amener par un accommodement. Après avoir remis, comme il le devait
cher maître en Dieu le docteur M. Luther, dans lequel sa vie, sa mort, sa famille et ses reliques ont été décrites en détail, d'après plus de deux cents médailles et gravures les plus curieuses, etaccompaguées de remarques choisies, par Christian Junker, historiogr. du prince-électeur de Saxe-Heneberg. » Francf. et Leipzig. 1706, 562 pages. Sur les dégoûtants Propos de table, on a poussé l'audace jusqu'à prendre pour épigraphe ces mots de Saint Jean (IV, 12) : « Ramassez les morceaux pour que rien ne se perde. »
(1) Cf. Raynald. ad ann. 1546. n° 94. Le pape promit l'indulgence aux croisés; les protestants, de leur côté, firent faire des prières publiques contre le pape et l'empereur, comme ennemis de la parole de Dieu. Walch, t. XVII, p. 1832 sq.
(2) Sebast. Schertlein de Burtenbach et ses lettres à la diète d'Augsbourg, par Th. Herberger, Augsb., 1852.
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dans l'intérêt des catholiques et de la justice, en possession de son siège l'évêque de Naumbourg, Jules de Pflug, qui en avait été chassé contre tout droit, et après avoir exécuté le décret de déposition contre Hermann, archevêque de Cologne, il ouvrit la diète d'Augsbourg [1er septembre 1547], dans l'espoir d'y obtenir enfin l'union tant désirée, tant de fois essayée, et qu'il n'attendait plus d'un concile que les protestants rejetaient, et qui, d'ailleurs, avait été transféré de Trente à Bologne. Les théologiens réunis à Augsbourg, Jules de Pflug, évêque de Naumbourg, Michel Helding, coadjuteur de Mayence, et l'adroit et subtil Jean Agricola, prédicateur des électeurs de Brandebourg, rédigèrent l 'Intérim d'Augsbourg dont nous avons parlé (1). Cet Intérim accordait aux protestants la communion sous les deux espèces, aux ecclésiastiques protestants mariés la conservation de leurs femmes, et confirmait la possession des biens déjà enlevés à l'Église.
L'ensemble était un chef-d'œuvre de duplicité; mais il manqua son but. Il mécontenta à la fois les catholiques d'Allemagne, les peuples protestants et la cour de Rome, blessée de ce que l'empereur tranchait ainsi des questions toutes religieuses. Les luthériens se déchaînèrent « contre cette fornication avec la prostituée deBabylone, » et, se souvenant mieux des invectives de Luther que de ses exhortations à la piété, ils exprimèrent de toutes façons leur ressentiment contre une œuvre du diable, véritable recrudescence du papisme, nouveau piège tendu à la bonne foi des protestants [das Interim hat den Schalck hinter him). Magdebourg résista; Maurice de Saxe lui-même n'admit point l'Intérim sans condition, et sans avoir demandé une consultation des théologiens protestants, Mélanchthon à leur tête, pour savoir jusqu'à quel point on pouvait l'adopter sans blesser sa conscience. Ces théologiens déclarèrent (Intérim de Leipzig) que, sous le rapport de Y adiaphora,
(1) L'empereur le publia le 15 mai 1548, et en même temps 11 soumit aux évoques présents un projet de réforme disciplinaire. Formula reformationis a Carolo V in comitiis Augustan. 1548, statibus Ecclesiast. oblata, cum commentatione Ant. Dürr. MogunticE, 1782. Cf. J.-E. Bieck, le Triple Interim, Leipzig, 1721; J.-A. Schmidt, Historia interimistica. Helmstedt, 1730.