GUERRE DE SMALKALDE
c'est-à-dire dans les choses moyennes ou indifférentes, comme les cérémonies du culte, on pouvait passer outre. Ils ne se montrèrent pas moins faciles sous le rapport dogmatique. Ils disaient, quant à la justification : Dieu n'agit point avec nous comme avec une machine, quoique les mérites de Jésus-Christ nousrendent, seuls, justes. Les œuvres , ordonnées de Dieu , sont bonnes et nécessaires , ainsi que les trois vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité. Ils admettaient les sacrements de Confirmation et d'Extrême-Onction, jadis si vertement rejetés; on devait célébrer la messe suivant le rite ancien; seulement on y chanterait des cantiques allemands. On sentait à toutes ces concessions que Luther n'était plus, et les meneurs théologiens se montraient alors aussi condescendants envers la puissance impériale qu'ils l'avaient été jadis devant les menaces de Philippe de Hesse. Cependant les prédicateurs luthériens s'élevèrent fortement contre l'Intérim et engagèrent la lutte animée de Y adiaphoristique . Flacius, le vigoureux et ardent disciple de Luther, se mit à la tête de l'opposition, et se rendit à Magdebourg, dont les hardis bourgeois tenaient tête à l'empereur aussi bien qu'au pape.
Malgré cette résistance, lintérim de Leipzig fut peu à peu introduit dans plusieurs contrées et villes protestantes ; aussi l'empereur, à la diète d'Augsbourg[1550], essaya-t-il encore une fois de convaincre les protestants qu'ils devaient se rendre au concile, derechef ouvert à Trente sous les auspices de Jules III. Les protestants renouvelèrent leurs anciennes prétentions, demandant que leurs théologiens obtinssent voix délibérative, qu'on annulât les actes et décrets antérieurs, que le pape renonçât à la présidence.
Cependant peu à peu Trente vit apparaître les députés de Brandebourg, de Wurtemberg, de Saxe ; déjà les théologiens de Wittenberg , Mélanchthon tout le premier , étaient en route, quand tout à coup, Maurice de Saxe, changeant de rôle, parce qu'il avait atteint son but, trahit à la fois l'empereur et sa patrie. Comme on lui avait confié l'exécution du décret qui mettait Magdebourg au ban de l'Empire, il avait pu, sans exciter de soupçon, réunir un
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corps d'armée en Allemagne et en même temps contracter secrètement une alliance avec Henri II, roi de France [5 octobre 1551] (I), auquel lui, le prétendu sauveur de la liberté de l'Allemagne, abandonnait d'avance les villes impériales de Metz, Toul, Verdun et Cambrai (2). Son nouveau parti pris, Maurice tombe inopinément sur Inspruck, d'où l'empereur, malade [22 mai 1552], s'enfuit en grande bâte vers Villach, en Carinthie, tandis que Henri II fait envahir la Lorraine. Charles-Quint, qui avait encore tous les moyens matériels de continuer la guerre, mais qui semblait avoir perdu toutes les espérances dont il se berçait, de mettre fin personnellement à cette lutte opiniâtre, transmit à son frère Ferdinand la mission de conclure le traité de Passau [30 juillet 1552] (3), en vertu duquel Philippe de Hesse fut mis en liberté à charge de régler, sous peu, dans une diète, les affaires religieuses et politiques. La diète d'Augsbourg fut retardée jusqu'au 5 février 1555, par suite de la guerre contre la France. Des deux côtés on avait acquis la conviction que, désormais, ni conférence ni concile ne pourrait apaiser les différends religieux, et qu'il fallait pensera rétablir l'ordre et la paix dans l'Empire, tout en laissantindécises les questions religieuses. Après de longues négociations, on vint à bout de la paix religieuse d'Augsbourg (4), qui devait subsister, quelle que fût la solution de la question ecclésiastique. La liberté des cultes était assurée aux catholiques et aux adhérents de la confession d'Augsbourg. Les sujets de chaque État avaient le droit d'émigrer, sans difficulté ni vexation, dans le cas où ils croi-
(1) Le traité est dans Lunig, Archives de l'Empire. Part. spéc. et Recueil des traités de paix, t. II. p. 258.
(2) Scherer, le Vol des trois évêchés de Toul, Metz et Verdun (Raumer, Manuel d'hist , nouv. série, 3e année); Buchholz, Ferdinand I, t. VI, p. 477; t. VII, p. 23 sq.; A. Menzel, t. III, p. 411 sq,
(3) Archives des diètes allem. Pars gêner., p. 119 sq.; Hortleaer, P. II, liv. V, c. 14; Lehmann, de Pace religionis acta publica et originalia, c'est-à-dire des Actes et des protocoles de la paix de religion. Francfort (1631, in-4), 1707. Supplém., 1709.
(4) Archives des diètes allem. Pars gen., p. 131 sq. Pacis compositio inter principes et ordines Rom. imperii catholicos et protestantes, in comitiis Augustan., ann. 1555, édita et illustrata a jureconsulto catholico. Dilling. 1629. Cet écrit est en allemand et accompagné de beaucoup de dissertations. Francfort, 1629, in-4.
raient leur conscience opprimée. Ce qui donna lieu aux plus graves difficultés, ce fut la réserve ecclésiastique (reservatum ecclesiasticum), d'après laquelle les États ecclésiastiques passant au protestantisme devaient perdre leur dignité, et être remplacés dans de nouvelles élections par les catholiques. On se rappelait les exemples d'Albert de Brandebourg, d'Rermann de Cologne et d'autres évêques. Ferdinand, malgré toutes les oppositions, fit passer cette clause, mais il fallut, en même temps, laisser consigner dans le traité la protestation de la partie adverse. Et ce fut le germe des sanglantes guerres de religion qui suivirent. Quant à Charles-Quint, il avait perdu tout espoir d'arriver à l'union des partis religieux, qu'il avait si longuement et si vivement poursuivie. S'appliquantles paroles d'un vieux capitaine qui lui avait dit : « Il faut que l'homme s'occupe quelque temps de lui-même entre le moment où il quitte le monde et celui où il entre dans la tombe, » le vieil empereur résigna l'empire [1556] et se retira au couvent de Saint-Just, en Estramadure, où il mourut en 1558 (1).
D. Développement du protestantisme en Suisse.
§ 321. — Calvin et sa réforme à Genève.
Epistolse et responsa. Gen., 1576. Opera (Gen., 1617, 12 vol. in-fol.). Amst.. 1671, 9 vol. in-fol. Calvini, Bezœ, aliorumque litterœ quœdam, ex autogr. in bibl. Goth. ed. Bretschneider. Lipsiœ, 1835 Œuvres françaises de J. Calvin, précédées de sa vie, par Théod. de Bèze. Paris (deux traités sur l'état de l'âme après la mort, sur la Cène;, etc. L'histoire delà vie et la mort de J. Calvin, par Théod. deBeze. Gen., 1564. Bolsec, Hist. de la vie de Calvin, Paris, 1577. Slœudlin, Archives d'hist. ecclés., 1824, t. II, 2e livr. Henry, Vie de Calvin. Hamb., 1835. Cf. Éclaircissements sur les reproches adressés à l'Eglise cathol., 1. 1, p. 102 sq. Audin, Hist. de la vie, des ouvrages et des doctrines de Calvin. Paris, 1843, 2 vol.
Calvin, fils d'un tonnelier, naquit à Noyon, en Picardie [1509]. Destiné par son père à l'étude de la théologie, il y
(2) Mignet, Charles-Quint au couvent de Saint-Just.