‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 56 sur 332 · ET SA REFORME A GENEVE · texte numérisé non relu

ET SA REFORME A GENEVE

réussit, et ses succès et son talent lui valurent, comme il arriva à Zwingle, divers bénéfices de l'Église. Plus tard il négligea la théologie pour l'étude du droit. Pierre Olivétan, à Paris, et Melchior Wolmar, à Bourges, lui firent connaître les principes de la théologie de Wittenberg. La doctrine luthérienne de la justification l'occupa surtout. Ses discours trop libres en faveur de Luther l'obligèrent, sur la demande de la Sorbonne, de quitter Paris, quoiqu'il / eût trouvé quelque appui auprès de François Ier par l'entremise de Marguerite de Navarre. Après bien des migrations, il vint à Bâle [1534], y entreprit de réformer l'Église et rédigea son œuvre principale, adressée à François 1er (1). Il gagna par cet ouvrage beaucoup de partisans en France. Les cantons réformés de la Suisse eux-mêmes se rapprochèrent de lui, mécontents qu'ils étaient de la manière froide et superficielle dont Zwingle comprenait la Cène.

Calvin s'était habilement servi de l'Écriture pour soutenir ses opinions, mais plus que tout autre il avait fait violence aux textes pour les adapter à son système. Loin de vouloir, comme les réformateurs saxons, s'élever contre toute l'antiquité, ou bannir du monde chrétien la littérature classique et la philosophie grecque, il reconnaissait tout ce qu'il y a de profonde spéculation dans les Pères de l'Église et les scolastiques ; il estimait les auteurs grecs et latins, poètes et philosophes, et faisait, en toute occasion, preuve de sagacité et d'éloquence. S'il ne fut pas tout à fait original et s'il emprunta certaines idées à Luther, il les développa du moins avec une logique serrée et dans un ordre méthodique. Du reste, il se servit trop souvent, comme Luther, de paroles grossières, injurieuses et blasphématoires (2).

Genève fut le premier théâtre de ses entreprises. Il y avait été retenu, à son retour d'un voyage à Ferrare, où l'on était

(1). Institut, relig. christ, ad reg. Franc. (Bas., 1536). Argent., 1530, Gen., 1559; Ed. Tholuck. Berol., 1834 sq., 2 part.

(2) Un seul exemple entre autres. Il écrivit contre l'ingénieux et savant théologien Albert Pighius, qui combattait son effroyable théorie de la prédestination, ses deux ouvrages : De aeterna Dei prsedestinatione, et De libero arbitrio. Dans le premier il dit : « Paula post librum editum rnoritur Pighius. Ergone cani mortuo insultarem? Ad alias lucubrationes me converti. »

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favorablement disposé pour lui, par le violent Guillaume Farel et par son compagnon, Pierre Viret, qui répandaient les nouvelles doctrines religieuses dans la Suisse française, surtout dans le pays de Vaud (1). Le duc de Savoie voulant faire valoir ses droits sur Genève, les Genevois s'allièrent à Berne et échappèrent ainsi à la domination du duc. Mais cette alliance ouvrit la porte au protestantisme. Malheureusement l'évêque de Genève, en discussion avec les habitants pour la suprématie du pouvoir, avait abandonné la ville et l'avait excommuniée. Une vive réaction eut lieu. Les autels furent renversés, les images détruites, les catholiques fidèles emprisonnés, exilés ; le nouveau culte fut introduit. Calvin venait d'arriver à Genève [153G] ; il acheva ce que Farel et Viret avaient commencé. Mais Calvin et ses adhérents furent chassés à leur tour, pour avoir voulu opposer une discipline sévère à la décadence des mœurs, et pour avoir agi, dans l'établissement du culte nouveau, d'une manière tout à fait arbitraire et despotique [1538]. Calvin se retira à Strasbourg, où il enseigna la théologie, parvint à former autour de lui une communauté selon ses principes religieux, et épousa la veuve d'un anabaptiste. Rappelé à Genève en 1541, il y exerça une autorité presque absolue dans les affaires civiles et ecclésiastiques. Il institua un consistoire, qui devait jugqr les délits contre la morale, parmi lesquels était rangée la danse; les conversations mêmes étaient soumises à une rigide censure. Les Genevois, et parmi eux surtout les libertins, s'insurgèrent contre une pareille contrainte morale. Calvin, par sa présence d'esprit, son énergie et les moyens cruels qui étaient en son pouvoir, parvint aies brider encore. Chaque parole prononcée contre lui était punie avec une terrible sévérité. Ainsi fut destitué le traducteur de la Bible Castellio, exilé le médecin Bolsec, emprisonné le conseiller Ameaux, exécuté Jacob Grünet [1548], pour avoir écrit quelques paroles menaçantes à Calvin, qui, en pleine communauté, l'avait traité de chien, et pour avoir appelé son consistoire une assemblée tyrannique. Ainsi encore Gentilis, condamné à mort parce qu'il avait accusé Calvin d'avoir erré dans la

(1) Mlgnet, Introd. de la réforme et organisation du calvin. à Genève.

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