‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 66 sur 332 · EN ECOSSE · texte numérisé non relu

EN ECOSSE

violence ouverte, pour se défendre contre un culte et une autorité idolâtriques. « On ne chasse jamais mieux les hi- » boux, disait-il, qu'en incendiant leur nid. » Knox de retour en Ecosse, continua à enflammer les esprits que l'exécution d'un prêtre apostat avait de plus en plus irrités et les poussa, par ses prédications véhémentes, à détruire les églises et les couvents. Le clergé reconnut trop tard ce qui manquait à l'Église. Le gouvernement, depuis la mort de Jacques V [1542], était entre les faibles mains d'un régent, le comte d'Arvan, qui favorisa même les novateurs tant que leurs menées n'excitèrent pas d'émeute publique! Durant la longue minorité de Marie [1543-61], le royaume fut administré par la reine-mère. Marie Stuart après la mort de son mari, François II, roi de France, était revenue en Ecosse [1561]. Mais les exemples de sa cour étaient peu propres à calmer les esprits. Henri Stuart, comte de Darnley, second époux de Marie, après avoir, dans un accès de jalousie, tué le secrétaire de la reine, fut luimême assassiné, et Marie accusée de complicité, mais sans preuve évidente, sembla justifier l'accusation en épousant, contre son gré, Bothwell, le meurtrier de Darnley.

Ces désordres produisirent bientôt de tristes conséquences. Un parti d'Écossais leva l'étendard de la révolte contre la reine ; -il était conduit par Murray, fus naturel de Jacques V et frère aîné de Marie, qui, après avoir été dans les ordres, avait embrassé la réforme. Bothwell s'enfuit la reine fut contrainte de renoncer à la couronne en faveur de son fds, âgé de treize mois, et Murray se fit nommer régent. Marie accusée d'adultère et d'assassinat, vaincue par les armes de ses adversaires, n'eut d'autre ressource que d'accepter l'invitation perfide de la reine Elisabeth, et de se livrer ainsi aux mains de sa plus irréconciliable ennemie [1568].

Cependant les rebelles gagnaient toujours du terrain. Le reine mère eut recours à la France. « La congrégation des » Saints, » de son côté, s'unit à Elisabeth, et Knox, l'adversaire acharné du gouvernement des femmes, flatta celui de la reine d'Angleterre de la manière la plus basse, dès qu'il crut pouvoir s'en servir. Il prouva par la Bible le droit

que les sujets avaient de déposer leur reine légitime et les délia du serment d'obéissance. Le Parlement abolit la religion catholique, menaça de la confisation, du bannissement, de Téchafaud, ceux qui assisteraient à la messe. Un nouveau symbole fut formulé. On organisa l'Église d'après le système presbytérien [de 1561], qui faisait sortir, non la communauté de l'épiscopat, mais toute, la hiérarchie, les anciens ^(presbyterî), de »(la communauté des Saints, » dont la préexistence et l'autorité étaient démontrées par la Bible. Ce système démocratique s'appliquait aussi bien en politique qu'en religion, et le roi sortant du peuple, créé par le peuple, en vertu de la souveraineté populaire, correspondait à l'Ancien, né de la communauté religieuse. L'Ancien Testament, prononçant la peine de mort contre les adorateurs des idoles, on n'avait aucun scrupule de mettre à mort, au nom. de l'Évangile, les sectateurs d'un culte aussi idolâtrique que celui des catholiques. Il fallait exterminer les Chananéens, Dieu l'avait ordonné, et secouer le joug de l'impie Jézabel et d'Achab, l'oppresseur du peuple de Dieu. Quoique Marie eût confirmé les ordonnances rendues en faveur des protestants, et eût été réduite à faire secrètement célébrer la messe dans sa chapelle privée, Knox cria encore à l'idolâtrie, menaça le royaume des jugements de Dieu, et déclara qu'il préférait voir en face de lui dix mille ennemis que de savoir qu'on célébrât une seule messe en Ecosse. Ce saint rebelle [y 1572] fut remplacé par un autre radical tout aussi fanatique, nommé Melvil, et le parti conserva l'esprit de son fondateur. Aussi orsque, en 1586, le roi ordonna des prières pour la délivrance de sa mère, condamnée à mort en Angleterre, le prédicateur des saints refusa de se soumettre à cet ordre. L'archevêque protestant de Saint-André fut excommunié pour avoir soutenu une mesure prise contre les prédications séditieuses, et non-seulement les conspirateurs qui emprisonnèrent Jacques en 1572, furent applaudis, mais on excommunia ceux qui lesdésaprouvaient. Le parti, toujours soutenu dans son zèle par des prédications ardentes, n'eut plus rien à redouter, lorsqu'il obtint Tappui de l'Angleterre et le concours de la noblesse, avide de s'enrichir aux dépens de l'Église. Jacques VI, qui monta sur le trône

en 1578, favorisa, comme tous les Stuarts, autant qu'il le put, le système épiscopal, mais non sans rencontrer de fortes oppositions. L'assemblée générale de 1581 obligea les évêques de résigner leurs charges, et leur interdit toute fonction, sous peine de bannissement. Môme en 1584, lorsque le Parlement reconnut l'autorité des évêques et déclara toute atteinte à la considération royale crime de lèse-majesté, il fallut encore, par la force des circonstances, faire de nouvelles concessions au système presbytérien, qui, en 1592, fut solennellement déclaré dominant. Les évêques qui restèrent au Parlement ne siégèrent plus à titre d'évêque.

Malgré l'oppression dont elle fut l'objet, la religion catholique a subsisté en Ecosse, comme en Angleterre, surtout dans les pays de montagnes. Elle y fait de notables progrès de nos jours.

§ 331 . — Le protestantisme en Irlande.

Thom. Moore, Memoirs of captain Rock. {Idem, History of Ireland. 3 vol. O'Connell. a Memoir on Ireland native and Saxon, 1 vol. in-8. Dublin, 1843. Etat de l'Irlande sous le point de vue religieux, dans la Revue trimestrielle deTubingue, 1840, p. 549 sq. Feuilles histor. et polit., t. V, p. 490 sq. Cf. aussi Schmid, dans la Minerve de Bran (août, sept., nov., 1843).

Le seul nom de l'Irlande rappelle une tyrannie séculaire.

Les premiers essais pour enlever aux Irlandais leur indépendance eurent lieu sous Henri II [1166]. Des colons anglais occupèrent une province (the pale) et formèrent le Parlement dit irlandais, qui devait décider du sort du pays. Ce Parlement reconnut la suprématie de Henri VIII, chel de l'Église, abolit la primauté du pape, et fut secondé par l'indigne archevêque de Dublin, Brown. Quelques chefs de clan se laissèrent gagner par la faveur royale; mais la masse de la population indigène résista avec d'autant plus d'énergie à la réforme qu'elle était proclamée et accomplie par des ennemis habitués à entrer dans le pays au cri de : «Mort aux Irlandais!» Les prédicateurs anglais, la liturgie anglicane, qui arrivèrent à la suite, pour achever le n.

changement, produisirent un résultat tout contraire. En vain l'Irlande fut érigée en royaume [1542]. Quoi qu'on fît, on ne parvint qu'à unir de plus en plus, dans le cœur des Irlandais, les idées et les intérêts de leur nationalité et de leur religion, menacées toutes les deux à la fois. Ce pays jouit d'un court repos sous la reine Marie ; mais, sous Elisabeth et les règnes suivants, on pratiqua froidement, à son égard, un système de destruction si violent que, depuis les Pharaons, l'histoire n'en fournit pas d'exemples. La violence, sous les apparences de la légalité, l'emploi journalier de la force avec défense d'y résister, même pour protéger les droits les plus inviolables, sous peine d'être accusé de haute trahison, telle fut, à de rares interruptions près, l'histoire de l'Irlande catholique pendant près de trois siècles. On maintenait, sans s'en cacher, le pays dans l'agitation, afin de le tenir par là même dans la dépendance de l'Angleterre. De temps à autre les Irlandais se soulevaient et rallumaient la guerre. L'épée, l'incendie, la famine ramenaient la paix, c'est-à-dire la mort. Mais la cause du protestantisme n'y gagnait rien. On institua cependant des évêques anglicans. Les prêtres et les évêques catholiques furent déposés, dépossédés, chassés et mis à mort. Sous Jacques 1er, l'amnistie générale proclamée en Irlande n'exceptait nommément que les papistes et les assassins. Nonseulement on rejeta la demande que présentèrent les Irlandais pour obtenir la liberté de conscience, mais on emprisonna ceux qui s'étaient chargés delà porter au roi. Les lois pénales contre les récusants restèrent en vigueur. En 1605, tous les prêtres furent bannis du pays, sous peine de mort. Dès le règne d'Elisabeth, on avait exécuté le projet de rendre les Irlandais étrangers dans leur propre pays, en donnant leurs terres à des colons anglais et écossais. Une insurrection amena la confiscation de dix nouveaux comtés Mais comme les insurrections n'étaient pas assez fréquentes au gré des avides agents du gouvernement, on prétendit pacifier le pays en soumettant à une instruction juridique les droits de propriété. Les formes légales n'avaient certainement pas été toujours fidèlement observées, sous ce rapport, dans un pays agité depuis si longtemps. C'est ce que n'ignoraient pas les auteurs de la

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mesure, et ce que constata le zèle du lord grana juge et du vice-roi, par les nombreuses saisies de terre opérées à la suite de leurs perquisitions; et, quand la pauvreté des accusés ne promettait rien au fisc, on envoyait les malheureux périr dans des cachots et des forteresses (l)!Ces persécutions iniques continuèrent durant le règne agité de Charles 1er [1625-49], et sous l'administration de Lord Strafford, qui employait « au service du diable les hautes » capacités que Dieu lui avait données (2). » Le système de rapine qu'on nommait « Recherches sur les droits de propriété » fut même « perfectionné ; » les amendes, les bûchers, les tortures vinrent fortifier la conscience des juges trop timorés, et la province de Gonnaught fut ainsi adjugée à la couronne et à ses favoris. Malgré cette oppression sans exemple, les Irlandais fournirent des sudsides au roi, menacé à la foi par l'Angleterre et l'Ecosse. Ils n'en attendaient que la plus stricte justice : elle leur fut refusée, quoiqu'ils l'eussent payée d'avance. « La rébellion est la pouleaux œufs d'or; les lords grands juges ne seront pas assez fous pour la tuer (3). »Tel était le pointdevue d'après lequel les agents du gouvernement administraient, ou plutôt continuèrent à exciter à la révolte la malheureuse Irlande. Une nouvelle insurrection éclata, en effet, en

La nation tout entière prit les armes : Pro Deo et rege et Patria Hibernia unanimes. L'assemblée nationale de Kilkenny [mai 1642] proclama la guerre pour la défense de la religion, l'indépendance du Parlement irlandais, le maintien des grâces accordées en 1628 et l'exclusion des étrangers des charges du royaume. Un concilemational déclara cette guerre juste et légitime, et elle fut, pendant quelque temps, couronnée de succès. Hume ne voit, avec la partialité qui le distingue, dans cette défense naturelle d'un peuple soûle vé pour le maintien de ses droits et de la justice, qu'une rébellion horrible et contre nature, dont il fait peser

(1) Tkom. Moore, Memoirs, L. I, ch. 7, notes 26-28.

(2) Paroles de l'attorney général sir John Davis, citées par Moore, liv. I, ch. 8, p. 05.

(3) Mots de Leland, bénéficier protest, à Dublin, apud Moorc, 1. I,

toute la responsabilité sur les catholiques irlandais (1). Un armistice fut conclu , en 1643, par le ;duc d'Ormond, successeur de Strafford ; mais tous les efforts pour rétablir la paix échouèrent devant la demande de la liberté religieuse, que les indépendants anglais et écossais empêchèrent le roi d'accorder [1649]. Les fanatiques républicains fondirent a\ec fureur sur l'Irlande, comme sur une proie assurée, et, en 1653, elle fut entièrement soumise par la sanglante vigueur du protecteur Cromwell. Le glaive, le feu et la peste réduisirent le pays en un désert. Une tyrannie jusqu'alors inouïe s'établit au nom de la Bible. Les soldats reçurent l'injonction d'agir avec les Irlandais comme Josué avait traité les Cananéens. Vingt mille malheureux furent vendus, comme de vils esclaves, en Amérique. Les catholiques traqués durent se rendre tous dans la province de Connaught, d'où ils ne pouvaient sortir sous peine de mort. « En enfer ou en Connaught, » tel était l'ordre du Protecteur. Les terres furent de nouveau distribuées. Les régicides les plus zélés furent les mieux partagés. On mit à prix la tête des prêtres catholiques : Cromwell la taxa à 5 livres sterling, autant que celle d'un loup.

Les changements de gouvernement ne modifiaient pas le sort des malheureux Irlandais. Malgré leur fidélité et leur dévouement à la royauté, la Restauration les traita comme des rebelles, et sept millions huit cent mille acres de terre furent encore une fois pris et distribués à des « gens qui gagnèrent par la trahison ce que les pauvres » paysans perdaient par leur fidélité (2), par leur atta- » chement à la foi, et parce que, Hume l'avoue, l'intérêt « anglais et protestant l'exigeait. » On enveloppa l'Irlande dans le prétendu complot papiste découvert en Angleterre {1678]; mais les intrigues des émissaires envoyés à cet

(i) On appelle le massacre irlandais ce qui, défait, n'était qu'une représaille et une défense légitime. De même que pour la Saint- Barthélémy, on exagéra d'une manière fabuleuse le nombre desi morts, que Henke porte à deux cent mille. Le ministre protestant Warner donne le chiffre de douze mille d'après les documents officiels, et en y comprenant ceux qui moururent de froid et de faim. Voyez son History of rébellion and civil war in Ireiand. London, 1768, et Dœllinger, 1. cit., p. 641-644.

(2) Cf. Moore, 1. cit., liv. I, ch. 11, p. 91.

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