CAUSES DES RAPIDES PROGRÈS DU PROTESTANTISME
» droits, » publia en 1582 une ordonnance qui interdisait le culte catholique en Hollande, et qui fut en effet mise à exécution. L'armistice de 1609 reconnut les provinces réformées du Nord comme république. L'étroite alliance de ces provinces avec la France etl'Angleterre y avait favorisé la domination du calvinisme, dont lessynodesdeDordrecht[1574- •1618] adoptèrent les principes, défendus et développés par l'université de Leyde. Il demeura néanmoins un grand nombre de catholiques en Hollande, et les provinces du sud de la Belgique restèrent fidèles à l'Église.
Observation. « En Italie et en Espagne, dit Guérike, les ténèbres du papisme triomphèrent partout de la pure lumière de l'Évangile 1» Quantaux pages de l'Anglais M'Crie, sur les sympathies que le protestantisme rencontra dans ces deux pays, elles se rapprochent plutôt du dithyrambe que de l'histoire (1),
§ 334. — Causes des rapides progrès du protestantisme.
Marx, Causes de la rapide propagation de la réforme en Allemagne. Mayence, 1834.
On trouve naturellement une grande partialité dans les jugements des protestants à cet égard. Ils ont, sans scrupule, osé comparer la rapide propagation du protestantisme aux progrès si lents du Christianisme à son origine, sans tenir compte des circonstances tout à fait différentes, puisque, d'un côté, le mépris et les persécutions les plus sanglantes furent le partage des premiers chrétiens, et que, de l'autre les faveurs et les libertés les plus larges furent promises aux sectateurs des nouvelles doctrines.
Nous nous en tiendrons aux faits pour asseoir notre jugement d'une manière impartiale. l°Les plaintes sérieuses qui s'étaientélevées, danslesconciles universels, contre des abus constants, secondèrent l'entreprise de Luther. On l'écouta avec faveur quand il se déclara, comme plusieurs évêques bien intentionnés, contre les abus, et principalement contre celui
(l) Thom. M'Crie, Hist. du développement et de la chute de la Réforme en Italie.
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des indulgences, d'autant plus que, dans les premiers temps, Luther prétendit enseigner la pure doctrine de l'Église catholique, et n'avoir pour but que l'abolition des abus et l'amélioration de la discipline. C'est ainsi qu'il trompa bien des gens, non-seulement parmi le peuple, mais parmi les savants, comité Willibald Pirkheimer(l). Si, dès le principe, il avait rejeté les dogmes de l'Église, beaucoup de ses partisans auraient frémi et reculé devant la pensée de se séparer positivement de l'Église catholique.
2° Luther et ses partisans n'épargnèrent aucun moyen de défigurer la doctrine catholique et de représenter leur système comme le pur et véritable enseignement de l'Évangile. Ils ne rougirent pas de faire passer, aux yeux des ignorants, le saint sacrifice de la messe pour une impiété, le culte des saints pour une idolâtrie. Le symbole des calvinistes prétendait même « que la vérité pure et divine est bannie de l'É- « glise romaine ; que les sacrements y sont pervertis, faussés; « qu'on y croit et pratique toute sorte de superstitions et « d'impiétés (2).» Et, partant de là (3), Luther écrivait avec une telle assurance qu'il ne laissait, à ceux qui lui avaient une fois accordé leur confiance, pas le moindre doute sur la vérité de ses assertions. La tyrannie des papes était dépeinte sous les couleurs les plus vives, dans des satires sanglantes, dans des libelles injurieux : on exaltait outre mesure, et souvent de la manière la plus inconvenante, la liberté évangélique.
3° On ne peut méconnaître que les écrits vifs et populaires de Luther, de Zwingle et d'autres, avec bien des erreurs, renfermaient beaucoup de choses vraies, belles et raisonnables; que Mélanchthon, Calvin et de Bèze plaisaient et attiraient singulièrement par leur style pur et classique. La sollicitude de Luther et de ses adhérents pour l'instruction religieuse de la jeunesse et du peuple fut aussi trèsutile à leur cause. Les catéchismes de Luther, accueillis avec grande faveur, excitèrent puissamment le zèle des catholiques pour l'accomplissement d'un devoir si sérieux et si
(1) Voyez § 315.
(2) Ainsi s'exprime le symbole des calvinistes français.
(3) Menzel, 1. cit., t. I, p. 84.
sacré. Le peuple fut charmé d'entendre le culte divin dans la langue nationale. Peu instruit par le clergé catholique, il ne comprenait point le sens, la valeur, les motifs de l'usage de la langue latine, et ne soupçonnait guère le précieux trésor que renferme la liturgie romaine. Tout à coup on lui révélait ce qu'il y a de touchant, de profond, de doux dans les prières de l'Église, il les entendait, les comprenait. On lui rendait la communion du calice si longtemps demandée, si ardemment désirée. Tout cela devait préparer le peuple à accueillir favorablement les doctrines nouvelles.
4° Luther flattait encore le peuple en lui mettant entre les mains une Bible nouvelle, dont chacun devenait le libre interprète. Il le séduisait par ce mensonge répété sous mille formes : « Quoique le droit d'enseigner appartienne à tout » chrétien (1), le clergé s'est attribué à lui seul le droit de » lire la Bible, parce qu'il a prévu qu'en l'accordant à tous, » les privilèges du sacerdoce tomberaient, et que le peuple » serait en tout semblable au clergé. » La doctrine de Luther sur le serf arbitre, et la foi qui seule justifie, tranquillisait le peuple sur ses péchés et le moyen si facile d'y remédier. 11 se trouvait heureux d'être débarrassé des pénibles pratiques de la confession et du jeûne. Enfin l'attrait seul de la nouveauté, toujours si puissant, suffisait pour soulever les masses.
5° Luther eut encore l'adresse de se mêler à la lutte des humanistes et des scolastiques et de gagner un grand nombre de partisans parmi ceux-là, comme il avait su tirer parti de la guerre déclarée par de très-bons évêques aux abus ecclésiastiques. Il sut profiter aussi des maladroites attaques de ses premiers adversaires, de l'imprudente discussion de Leipzig et de l'intempestif emploi de la bulle d'excommunication, en même temps qu'il se servit habilement de l'imprimerie, toute nouvelle encore, pour répandre rapidement et fort au loin le bruit de son entreprise.
6° Luther gagna les ecclésiastiques et les moines par l'abolition du célibat et des vœux monastiques, qui pesaient à
(1) l Pierre, II, 9.