‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 79 sur 332 · Q4 § 341. — SECTES · texte numérisé non relu

Q4 § 341. — SECTES

tion sur la chair du Christ. D'après Schwenkfeld, en effet, le Christ est fus de Dieu, non-seulement suivant sa nature divine, mais encore selon sa nature humaine, et ainsi il admet, en place de l'union hypostatique, une unité de substance dans le Christ, qui, par là même, détruit la réalité de son humanité (1). Ses écrits polémiques sont beaucoup plus logiques et plus dignes que ceux de ses adversaires luthériens, comme sa vie fut beaucoup plus pure et plus vertueuse que la leur [ 7 1561 à Ulm ],

Nous avons déjà fait mention de quelques adversaires de la Trinité. Les premiers réformateurs, conservant encore les anciens symboles comme un inviolable héritage, punirent de mort, avec une impitoyable résolution, les ennemis de la Trinité (2). Ainsi Campanus, qui niait le Saint-Esprit et avait des opinions ariennes sur le Fils de Dieu, mourut en prison à Clèves [ vers 1578]. Ses adhérents s'enfuirent en Pologne, rendez-vous de toutes les sectes, s'effacèrent d'abord sous la dénomination commune de dissidents, mais se constituèrent bientôt [1563] en une communauté, sous le nom d'Unitaires, et, grâce à la puissance de la noblesse polonaise, purent faire de Rakowleur centre de ralliement. Ils furent publiquement reconnus en Transylvanie, par l'intermédiaire du Pi émontais Blandrata, médecin du prince; ils honoraient le Christ comme un homme spécialement aimé de Dieu, et regardaient l'adoration du Christ comme une idolâtrie.

Cette tendance rationaliste s'exprima d'une manière plus nette encore dans la doctrine des deux Socin. Lélio Socin, d'une noble famille de Sienne, homme froid et sensé, mais superficiel, lut élevé au milieu des antitrinitaires italiens, se lia d'amitié avec les réformateurs, vécut quelque temps en Pologne [ dep. 1551], plus souvent en Suisse, et mourut à Zurich [1562], sans avoir professé publiquement ses opinions erronées. Mais son neveu et son héritier, Faust Socin [ f 1601 ], puisa ses idées dans les manuscrits que Lélio lui avait légués, les développa et donna aux unitaires de Pologne [ dep. 1579] une doctrine arrêtée et une constitution

(1) Cf. Staudenmaier, Philosophie du christianisme, 1. 1, p. 711-714.

(2) Voyez t. III, § 321.

religieuse particulière. Ils prirent dès lors le nom de Sociniens (I). Leurs principaux auteurs théologiens furent Lublinitzki, Moskorzowski, Wisowatzi, Przypkowski, Gaspar Schlichting, Jean-Louis Wolzogen (2) ; leur doctrine, qui devait être purement biblique et essentiellement rationnelle, et qui, d'abord, avait conservé quelques parties surnaturelles, et complètement exposée dans le catéchisme de Rakow," se résume dans les propositions suivantes : L'homme parvientà l'idée de Dieu et des choses divines, et à la distinction du bien et du mal, par l'instruction qui lui vient du dehors. La similitude de l'homme avec Dieu consiste dans la domination qu'il doit exercer sur les animaux. D'après cela, on devait s'attendre, de la part des sociniens, à une soumission absolue aux témoignages de l'Écriture sainte, tandis qu'au contraire ils déclarent nettement que tout ce qui répugne à la raison ( à la raison des sociniens sans doute ) ne peut être considéré comme doctrine révélée ; L'Écriture est inspirée en ce sens que la Providence a veillé à ce que ces livres fussent écrits par clés hommes vertueux et honnêtes, ce qui ne les a pas empêchés de se tromper dans des choses peu importantes. Pour eux, le Père de Jésus-Christ est seul Dieu. Le Christ est un pur homme, engendré cependant surnaturellement par une vertu divine; cette origine miraculeuse le fait appeler Fils de Dieu. Avant d'entrer dans la vie publique, le Christ monta au ciel et reçut immédiatement de Dieu ce qu'il devait annoncer, en son nom, à l'I umanité. Après sa seconde ascension dans le ciel, il obtint, en récorapense de son obéissance, la domination de l'univers; il doit, par conséquent, être honoré, comme homme-Dieu, ainsi que Dieu même. Il continue à opérer dans le ciel la rédemption des hommes, en se présentant pour eux à Dieu. Cepen-

(1) Sam.-Frèd. Lauterbach, Ariano-Socinianismus olim in Polonia,, ou Origine et extension du socinianisme arien en Pologne, avec des détails sur ses chefs les plus éminents. Francf. et Leipzig, 1725.

(2) Bibliotheca fratrura Polon. Irenop. Amst., 1658, 8 vol. intoi. Catech. Rakov. (1009), éd. Œder. Francf., 1739. Cf. Wissotcaîzius, Religio rationalis, 1685. Amst., 1703.

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