D9. — MANIFESTE DE LUTHER
non moins dissipateur que Léon X, qui était chargé de cette publication. Il appela à cet effet, dans son diocèse, le Dominicain Tetzel, de Leipzig, qui avait fait ses preuves dans ce genre de prédication, et qui rendit odieuse la mission dont il était chargé, en exagérant, mais beaucoup moins qu'on ne le fit plus tard, la valeur des indulgences (1). Déjà en 1500 les princes électeurs avaient protesté contre ces publications et décidé (1510] qu'on cesserait de réaliser des recettes dans ce but en Allemagne, et l'empereur Maximilien avait vigoureusement soutenu cette mesure. L'évoque. Jean de Meissen avait également défendu de recevoir dans son diocèse les prédicateurs d'indulgences; même prohibition avait été publiée dans celui de Constance (2). Luther ne fut donc pas le premier qui se prononça contre le criant abus de la vente des indulgences. Il le pouvait légitimement dans sa position de prédicateur, de confesseur, de docteur en théologie. Les mœurs du temps lui permettaient aussi d'afficher, comme il le fit, la veille de la Toussaint [31 octobre 1517], les quatre-vingtquinze thèses sur les indulgences, qu'il ne rejetait point,
(1) Tetzel écrivit expressément dans son Instruction sommaire aux curés : « Quiconque s'est confessé et éprouve une véritable contrition de ses fautes (confessus et contritus) peut recevoir l'indulgence des peines temporelles et canoniques, s'il donne l'aumône (eleemosynam, c'est-à-dire l'argent pour l'indulgence). » Voir Lœtcher (loco cit., I, 414) et la formule ordinaire d'absolution que Seckendorf lui-même (Hist. lutheranismi, lib. II, sect. 6) donne en ces termes : « Misereatur tui Dominus noster Jesus Christus, per mérita suœ sanctissimre Passionis te absolvat, et ego, auctoritate ejusdem, et beatorum Pétri et Pauli Àpostolorum et sanctissimi domini nostri papae tibi concessa et in hac parte mihi commissa te absolvo : primo ab omnibus censuris a te quomodolibet incursis; deindeab omnibus peccatis, delictis et excessibus,... etiam Sedi apostolicse reservatis, in quantum claves sanctae matris Ecclesiœ se extendunt; remittendo tibi per plenariam iudulgentiam omnem pœnam in purgatorio pro peccatis debitam, et restituo te sanctis sacramentis Ecclesiae et unitati fidelium ac innocentiœ et puritati in qua eras quando baptizatus fuisti, etc., etc. In nomine Patris, et Fiiii, et Spiritus Sancti. Amen. » Cf. Corresp. entre deux catholiques sur la querelle des indulgences, entre Tetzel et Luther. Francfort-sur-le-Mein, 1817. Grœne, Tetzel et Luther, ou Vie et justification des prédicateurs d'indulgences. Le Dr. Jean Tetzel, Soest., 1853.
(2) Voyez t. II, § 27-2.