LES AUTRES PAPES DE CETTE ÉPOQUE
dans les décrets de réformation ! Quels changements heureux, quels progrès dans l'Église, si tous ces décrets avaient été fidèlement observés, comme le désiraient ces vertueux représentants de la catholicité !
Les décrets du concile (1), confirmés par la bulle du G janvier 1564, furent reçus d'abord à Venise, dans les principaux États de l'Italie, en Portugal et en Pologne, sans restriction ; Philippe II les fit promulguer en Espagne, à Naples et dans les Pays-Bas, «sans préjudice de tous droits royaux. » La promulgation s'en fit en général dans les synodes provinciaux tenus à ce sujet(l564), et qui prirent en même temps les mesures nécessaires à leur exécution. En France, les décrets dogmatiques furent reçus sans restriction ; les décrets de discipline ne furent admis que peu à peu, malgré la sollicitude des papes et des évêques ; l'opposition porta principalement sur les décrets concernant : les amendes et les peines d'emprisonnement, laissées au pouvoir de l'autorité ecclésiastique ; le duel, le concubinage, l'adultère; le jugement des évêques par le pape seul ; le consentement des parents reconnu nécessaire en France au mariage, et non exigé par le concile, etc., etc.
§ 344. — Les autres papes de cette époque
Onufrio, Piatina restitutus cum additione a Sixto IV. — Pius IV. Ven., 1562, in-4. Raynald. Annal. A. du Chesne, Histoire des Papes. Paris, 1646, in-fol. ; contin. (jusqu'à Paul V) par Fr. du Chesne. Paris, 1658, 2 vol. in-fol.
Pie IV avait laissé un précieux héritage en élevant au cardinalat son neveu, Charles Borromée, que l'Église canonisa plus tard (2). Il eut pour successeur le Dominicain Pie V
de clôture, il s'exprime ainsi en parlant des membres du concile: « Ex omnium populorum ac nationum, in quibus catholicae religionis veritas aguoscitur, non solum Patres, sed et oratores habuimus. At quos viros? Si doctrinam spectemus, eruditissimos; — si usum, peritissimos; — si ingénia, perspicacissimos; — si pietatena religiosissimos ; — si vitam, innoccntissimos. »
(1) Cf. là-dessus Pallavicini 1. cit., lib. XXIV, c. 14 sq.
(2) Leonardi Oratio de laudibus Pii IV. Pad., 1565.
[1565-72], dont la piété, le zèle et l'active surveillance reconquirent bientôt au Saint-Siège son ancienne considération (1), et qui ne se lassa pas dans ses efforts pour introduire partout, de concert avec Charles Borromée, les principes du concile de Trente. La chrétienté lui doit en grande partie la victoire de Lépante, que remporta sur les Turcs [1571] la flotte réunie par la sollicitude de ce pape. Pie V ordonna, dans son pieux zèle, que, désormais, la bulle in Cœna Domini (2) serait lue le jeudi saint, non seulement à Rome, mais dans tous les pays chrétiens. Cette bulle qui était l'œuvre de plusieurs papes du XIVe et surtout du XVe siècle, condamne et anathématise les hérétiques, les brigands et les pirates, ceux qui enlèvent aux prélats leur légitime juridiction, qui chargent l'Église d'impôts sans l'autorisation du pape, poursuivent les ecclésiastiques au criminel, fournissent des armes aux Sarrazins et aux ennemis du Christianisme, font violence aux pèlerins, s'emparent des provinces qui appartiennent aux papes. Plus tard on y ajouta l'anathème contre les protestants. La bulle prétend maintenir pour tous les temps, l'action et l'influence de l'Église, telle qu'elle s'exerçait au moyen âge. La plupart des princes, des évêques même, s'opposèrent vigoureusement à la publication de cette bulle dans leurs États. Le pape, en exagérant ses exigences, avait été entraîné par ses saintes intentions ; mais il aigrit les esprits, sans atteindre son but. C'est pourquoi à dater de Clément XIV [1770], on cessa de promulguer la bulle à laquelle Urbain VIII [1627] avait mis la dernière main. Du reste Pie V, loin d'avoir de l'orgueil et de l'ambition, allait soigner de ses propres mains les pauvres et les malades dans les hôpitaux, et la postérité a su reconnaître son mérite et sa vertu, en applaudissant à sa béatification par Clément X [1672] et à sa canonisation par Clément XI.
(1) Calena, Vita del P. Pio V. Romae, 1586, in-4. GabuUi, de Vita Pii V. Rom.fi 1605, in-fol. (Bolland. Acta SS. mens, maii, t. I, p. 616.) Maffei, Vita di S. Pio. Roma, 1712, in-4. Bzovii, Pius V. Romae, 1672, iii-f. Gluapponi, Acta canonisationis Pii. Romae 1720. De Falloux, Histoire de saint Pie V. Paris, 1844.
(2) V. in Magno Bullario, t. II, p. 189, pourquoi cette bulle est intitulée in Cœna, tandis qu'elle commence par ces mots : Pastorali? rom. pontif. vigilantia.