DE CETTE ÉPOQUE
Grégoire XIII (Hugues Buoncompagno) [4572-85] succéda au pape Pie V. Profondément versé dans la science du droit, il donna des preuves de ses connaissances dans la nouvelle publication du droit canon et dans les améliorations qu'il fit au calendrier Julien [depuis 1582], d'après lequel, à cette époque, l'année civile était en retard de dix jours sur l'année solaire. Grégoire aimait les arts et la magnificence, non par orgueil, mais par intérêt pour son peuple et l'Église. C'est ainsi qu'il fonda six collèges à Rome pour les catholiques irlandais, allemands (1), pour les Juifs, les Grecs, les Maronites, pour la jeunesse romaine ; qu'il institua la nonciature (2) et embellit Rome de plusieurs édifices remarquables.
Sixte V [1585-90], successeur de Grégoire XIII, après avoir gardé les troupeaux dans son enfance (3), entra chez les Franciscains, s'éleva par son talent jusqu'au cadinalat [1576], et sut dissimuler avec une rare énergie les dons merveilleux qu'il avait reçus pour le commandement. Son caractère ferme, sévère et résolu, en fit un pape tel qu'il le fallait à cette époque, en face de la perfide politique des princes protestants. Il sut, avec une grande adresse et un tact sûr, profiter des circonstances pour porter les princes catholiques à s'unir au Saint-Siège. Il purgea avec une inflexible fermeté l'état ecclésiastique desbrigands qui l'infestaient, soutint les pauvres, réveilla l'activité et l'industrie de son peuple. Il voulut glorifier et perpétuer la mémoire de son pontificat, et, dans ce noble but, il renforça les règles concernant le collège des cardinaux, pour détruire les abus du népotisme ; il enrichit la Bibliothèque vaticane, arracha les magnifiques œuvres de l'art antique aux ruines qui les couvraient, ordonna une nouvelle édition des Septante et la correction de la Vulgate promis
(1) Cordara, Hist. collegii Germanici et Hungarici. Rom., 770, IVe p. 53 sq.
(2) Ciappi. Comp. Delle attioni e santa vita di Greg. XIII. Roma
(1591), 1596, in-4.
(3) Robardi, Sixti V gesta quinquennalia. Romae, 1590, in-4 Letik Vita di Sisto V. Losanna, 1669, 2 vol., puis 3 vol. ; en franc. Paris, 1702, 2 vol. Tempesti, Storia délia vita e geste di Sisto V. Roma' 1755, 2 vol. Cf. Ranke, les Papes, t. III, p. 317 et suiv. Voy. surtout les Feudles hist. et polit., t. IX, p. 235-48; »93-316.
à Trente, réorganisa l'administration publique en instituant quinze congrégations chargées de toutes les affaires [1588], releva le grand obélisque que Galigula avait fait amener d'Egypte en Italie, amena d'abondantes eaux par les superbes aqueducs du mont Quirinal, et laissa à ses successeurs un trésor où ils trouvèrent, dans les besoins les plus divers, de précieuses ressources.
Les papes suivants, Urbain VII, Grégoire XIV et Innocent IX, ne firent que paraître : Clément VIII eut un règne plus long et plus important [1592-1605]. Il eut le bonheur de réconcilier Henri IV avec l'Église, la France avec l'Es pagne par ia paix de Vervins. Il hérita, comme d'un fief retournant au Saint-Siège, du duché de Ferrare, par l'extinction de la maison d'Esté ; encouragea puissammeut la science et la vertu, en élevant à la pourpre romaine Baronius, Tolet, Beîlarminj d'Ossat et du Perron; fit soigneusement revoir et perfectionner la publication de la Vulgate [1572], trop précipitée sous Sixte V, et qui, depuis lors, n'a plus été changée ; commença la révision du Bréviaire, et institua enfin la fameuse congrégation de Auxiliis au sujet de la controverse des molinistes.
Le pieux et savant cardinal Baronius eût succédé à Clement, sans les intrigues delà faction espagnole dans le conclave, qui porta les voix sur le cardinal de Florence, Alexandre Octavianus, couronné sous le nom de Léon XL Les espérances attachées à ce grand personnage s'évanouirent avec sa vie, au bout de vingt sept jours de règne.
On élut Paul V [1605-21], qui avait montré beaucoup de sagesse et de talent pour les affaires durant l'ambassade d'Espagne, que lui avait confiée Clément VIII. Son différend avec la république de Venise est célèbre. Venise avait défendu de bâtir des églises, des couvents et des hôpitaux sans son autorisation, de léguer à des ecclésiastiques des biens immeubles, et avait livré des membres du clergé aux tribunaux séculiers. Le pape protesta contre ces mesures, et, le sénat n'ayant point eu égard à sa protestation, Paul prononça, avec l'assentiment des cardinaux, une sentence d'excommunication contre la république [17 avril 1606]. Le sénat accepta la lutte, déclara l'excommunication injuste, défendit, sous les peines les plus rigoureuses, la publica-
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tion du bref, et tâcha d'obtenir la continuation du culte divin. Le clergé régulier, les Capucins, les Théatins et les Jésuites quittèrent le pays, se soumettant à la voix du successeur de saint Pierre. Le clergé séculier continua les exercices du culte. A côté de la lutte matérielle s'en éleva une spirituelle. Le servite Paul Sarpi combattit, à sa façon, pour les droits de la République, et chercha à rassurer le peuple désespéré, en prétendant lui donner le sentiment de ses droits. Ses adversaires, parmi lesquels se rangèrent Baronius et Bellarmin, défendirent la cause du pape. Henri IV parvint à accommoder le différend ; les Capucins et les Théatins émigrés purent rentrer dans les États de Venise ; les Jésuites (1) restèrent exclus. Depuis lors les papes se retirèrent de plus en plus de la sphère purement politique.
Grégoire XV [1621-23], parvenu de degré en degré à la dignité pontificale, fit naître par là même de grandes espérances. C'est lui qui donna aux élections papales la forme qu'elles ont conservée, et d'après laquelle les cardinaux gardent leur vote secret; l'élection se fait par scrutin, accessit, compromis par acclamation ou quasi-inspiration (2). Grégoire obtint pour la Bibliothèque vaticane une partie des livres, et surtout des manuscrits de la bibliothèque des électeurs palatins (3), après la prise de Heidelberg par les troupes impériales [1622]. Il fut choisi comme arbitre entre l'Autriche et l'Espagne, au sujet de la Valteline dans les Grisons ; enfin, il érigea la congrégation de la Propagande (congregatio de propaganda fide), qui donna un nouveau courage et un nouvel élan aux missions en général, et
(1) Coupd'œil sur la situation de Venise au commencement do XVIIe siècle Feuilles hist. et polit., t. XI, p. 129 et suiv.;
(2) Ingolt, Caeremoniale ritus élection. Rom. Pontif. Romae, 1621. Lunadoro, Relazione délia corte di Roma. 5" édit., 1824, 2 vol. in- 12. De cet écrit et du Conclave romain,' par Hœberlin, en est sorti un autre: L'élection papale, ou Description et tableau des cérémonies et solennités usitées pour la vacance et la réinstallation du siège papal; accompagné d'une table chronologique des papes romaine (très-fautive), Augsb., 1820. Cf. Staudenmaier, Hist. des élections épiscopaies, p. 424-44.
(3) A. Thsiner, Don de la Bible de Heidelb. par Maxiniilien l« au pape Grégoire XV. Munich, 1844,.
qui devait, en même temps, travailler à la réconciliation des schismatiques.
urbain VIII (Barberini) [1623-44], homme d'État, savant distingué, poëte de talent, fut l'auteur d'un recueil de poésies latines, dont les hymnes et les odes sont placées parmi les meilleures productions des temps modernes; introduisit dans toute l'Église une nouvelle édition corrigée et améliorée du Bréviaire [1643]; ajouta à la congrégation de la Propagande un collège {collegium urbanum); incorpora aux États de l'Église le duché d'Urbin, après la mort du dernier duc de la maison de la Rovère, François- Marie II [1626]. On lui reprocha d'avoir trop pensé à l'élévation et à la puissance des siens, pour augmenter l'éclat que son élection avait répandu sur sa maison, et d'être devenu ainsi l'auteur des persécutions qui frappèrent sa famille sous son successeur Innocent X, (Pamphili) [1644-55].
Les parents d'Urbain avaient favorisé l'élection d'Innocent X, dans l'espoir que ce pape, élevé au cardinalat par leur oncle, les favoriserait à son tour; mais leurs vues furent complètement déçues. La guerre éclata d'abord entre le pape et le duc de Parme et de Plaisance, qu'on accusait du meurtre de l'évêque institué malgré lui à Castro. La citadelle de Castro fut prise, le duché de ce nom incorporé aux États du pape. Les Barberini furent alors sommés de rendre compte à la Chambre pontificale des revenus qu'ils avaient administrés (1), puis dépouillés de leurs charges, qui passèrent aux parents d'Innocent, principaux instigateurs de toute l'affaire. Les Barberini s'étaient, dès le principe de la persécution , réfugiés en France (2). Innocent, pour empêcher à l'avenir que cet exemple fût suivi, publia une bulle qui défendait à tous les cardinaux de s'éloigner des États de l'Église sans l'autorisation du pape. La médiation de la France opéra le retour des Barberini, qui recouvrèrent leurs charges et leurs propriétés. Outre cette lutte de famille qui fut un mo-
(1) On disait: « Quod non fecerunt barbari fecerunt Barberini. »
(2) Voir le différend des Barberins avec le Pape innocent X, par C. Linage de Yaucienncs Paris, 1678.
tif de grave accusation contre Innocent, on lui reproeha plus amèrement encore, malgré la pureté bien constatée de ses mœurs, l'influence trop connue d'Olympie Maldachina, veuve de son frère, sur les affaires de l'Église. Nous parlerons plus bas de la part qu'il prit au traité de Westphalie, § 356.
§ 345. — La papauté.
,Malgré les menaces et les attaques des protestants, qui avaient juré la ruine de la papauté, elle conserva dans les pays catholiques une notable partie de sa considération et de son ancienne autorité. Les Jésuites surtout s'en étaient faits les défenseurs ; ils soutenaient avec force et habileté les idées, la politique théocratique du moyen âge, en même temps qu'ils avançaient des principes tout opposés, par exemple que la puissance royale émane du peuple; d'où ils déduisaient la théorie de la souveraineté du peuple jusqu'à ses dernières conséquencs, jusqu'à justifier, dans certaines circonstances, le meurtre des tyrans (1), comme l'avaient fait les chefs du protestantisme (2).
(1) C'est une chose convenue désormais, que l'on doit crier sur les toits, que des écrivains catholiques tels que Mariana et Boucher, (De justa Henrici III abdicatione) ont regardé comme permis le meurtre des tyrans dans certaines circonstances données; mais on feint d'ignorer complètement que Luther, Mélanchthon et surtout le calviniste Junius Brutus, ont recommandé de tuer les souverains oppresseurs. Rappelons pourtant ici l'observation d'Hugo Grotius : « Liber flagitiosissimus Boucheri De abdicatione Henrici III, non argumentis tantum sed et verbis desumptus est, non ex Mariana aut Santarello, sed e Junio Bruto. » (Appendix de Antichr. Amst., 1641, p. 59).
(2) C'est, à tort que l'auteur rend la compagnie des jésuites solidaire de la doctrine de quelques-uns de leurs écrivains sur le meurtre des tyrans, doctrine formellement condamné par eux . En parlant de Mariana Bayle s'est exprimé ainsi : « Cet auteur a exposé les Jésuites, surtout en France, à de sanglants reproches, et à des injures très-mortifiantes que l'on renouvelle tous les jours, qui ne finiront jamais, que les historiens copieront passionnément les uns des autres. » Après un pareil témoignage, nous ne comprenons pas que l'on accuse encore les Jésuites d' nseigner la doctrine du tyrannicide. Ag. S.
Urbain YIIÎ parvint ainsi à reprendre encore une fois les vues de Pie V, et à donner la dernière forme à la bulle in Cœna Bomini(l). Les papes établirent dans beaucoup de villes principales des nonciatures pour garantir les droits de la papauté et régler plus facilement les affaires religieuses. Les prélatures devaient être toutes confirmées par le pape, quelques-unes dépendaient de son choix. Bellarmin, Mariana, Suarez et Santarel (2) furent les principaux défenseurs de la bulle in Cœna Domini, comme ils étaient les champions de la puissance papale du moyen âge. Paul Sarpi, « le théologien de la république» de Venise, et Edmond Richer, l'auteur des conciles œcuméniques défendirent contre les premiers, avec talent, mais non sans partialité, les droits des évêques et des églises nationales. Sarpi combattit, de plus, spécialement les Jésuites; « car, » disait-il, renverser les Jésuites, c'est renverser Rome, et » Rome détruite, la religion se réformera d'elle-même. » Richer avait publiquement soutenu que les états généraux sont au-dessusdu roi, et que Jacques Clément, enassassinant à bon droit Henri III, parjure à ses promesses, avait vengé la patrie et la liberté. Il s'attira par là un emprisonnement qui ne finit que lorsqu'il soumit au Saint-Siège son livre (De eccl. et polit, potestate, Paris., 1611) [1829]. Cette lutte eût été salutaire à l'Église, en réveillant ses forces endormies, si elle avait été moins partiale et moins passionnée. Le collège des cardinaux comptait, à cette époque, à côté d'un certain nombre de neveux de papes indignes de leurs hautes fonctions, beaucoup de membres pleins de foi, de savoir et de zèle, dont les talents, la prudence et le tact se montrèrent dans les missions qu'ils remplirent comme légats. Nous rappelons seulement ici les cardinaux Cajetan, del Monte, Hosius, Charles Borromée et signalons encore Delphini et François Commendon qui, envoyés tous deux comme légats du pape à la diète de Naumbourg [13611,
(d) Bullar, Rom. t. IV, p. US sq. Le Bret, Hist. pragrn. de !.. bulle in Cœna Dora. Stuttg., 1769, 4 vol. in-4, ouvrage passionné et partial.
(2) Mariana. De rege et régis institutione. Tolet., 1598. Bellarmiu. De potestate summi Pontif. in temporal. Romae, 16i0. Suarez, Deïensio lidei cath, adv. anglic. seetae error. Coimb., 1613, Santarel, de Haeresi et schismate.
mi/2nt les princes protestants dans un grand embarras (1), par leur énergie et leur éloquence habile et mesurée. Les évêques, le clergé séculier et les moines du temps firent trop souvent la honte et le malheur de l'Église par leur tiédeur, leur trahison, leur apostasie. Eck gémissait de ce que les évêques d'Allemagne s'inquiétaient plus de leurs intérêts temporels que de leurs obligations spirituelles, ce dont on trouve une trop mémorable et triste preuve dans la lettre du prince électeur Albert, archevêque de Mayence, à Luther (2). Cette pièce est, il est vrai, unique en son genre. A côté de ce prélat si criminel dans sa légèreté, nous trouvons, sur le théâtre même des intrigues de Luther, Jérôme Scultetus, évêque de Brandebourg, et Adolphe, évêque de Mersebourg, défendant énergiquement la doctrine catholique. Ce qui manquait surtout à cette époque, et Rome, par son extrême centralisation en était coupable, c'étaient les synodes diocésains et provinciaux. S'ils s'étaient régulièrement réunis, la controverse luthérienne n'eût probablement pas été soumise aux diètes de l'empire, le clergé ne lut pas tombé dans de si grands désordres et le peuple n'eût pas été si négligé au point de vue de sa culture religieuse et morale. Aussi le concile de Trente (sess. XXIV, De reformatione, c. 2) chercha-t-il à pourvoir à ce pressant besoin, dont le concile de Bâle s'était infructueusement occupé, par ses décrets sur la tenue des synodes. Charles Borromée fut le premier à exécuter les ordres du concile dans son diocèse de Milan ; son exemple fut suivi par les évêques de toute la catholicité, et le tableau des conciles
(1) Conf. Pallavieini, Hist. conc. Trid., lib. XIII, c. 7, lib. XV, c. 2-6 et 8, Mb. XXIV, c. 13, Dieringer, Vie de saint Charles Borromée, p. 147-155.
(2) Dans cette lettre du 25 février 1520, l'archevêque Albert répond à Luther, qui proclame déjà avec netteté et audace toutes ses erreurs : « Je n'ai pas encore eu le temps de lire ou de parcourir seulement les écrits de Luther; il faut qu'il s'en remette pour toutes ces question* à ceux qui ont autorité. Du reste, j'ai vu avec peine et grand déplaisir que même des docteurs considérés disputent avec acharnement entre eux sur des opinions vaines et des questions oiseuses, dont un vrai chrétien ne s'inquiète guère, comme le pouvoir du pape, s'il est chef de l'Eglise en vertu de la parole de Dieu ou par le fait des hommes, la liberté de la volonté, etc. Walch, Œuvres de Luther, t. XV, p. 1010 sq
«16 § 346. — l'ordre
provinciaux de l'époque, qu'on trouvera plus loin, en est la preuve. Malheureusement on se relâcha de nouveau à la fin du XVIIIe siècle, malgré les exhortations réitérées du pape Benoît XIV (1), dans presque toute la chrétienté. Le concile de Trente ne se montra pas moins empressé de décréter tout ce qui pouvait contribuer à former un clergé nouveau (sess. XXIII, De re format., c. 18). On devait, dans chaque diocèse, instituer des maisons d'éducation et d'instruction pour le clergé, et ceux qui avaient de la vocation pour le sacerdoce devaient y entrer de bonne heure (2). En Italie, saint Charles Borromée, en France, saint Vincent de Paul, furent les premiers et les plus zélés à réaliser cette prescription. L'Allemagne, toujours menacée, devant tarder à fonder ces institutions indispensables, saint Ignace fonda à Rome le Collège germanique pour l'éducation du clergé allemand. Grégoire XIII le dota et le consolida.
§ 346. — L'ordre des Jésuites.
Autobiographie de saint Ignace. (Bolland. Acta SS. mens, julii, t. VII, p. 409.) Ribadeneira, Vita Ignatii, libb. V. Neap., 1572, Maffei, De vita et moribus Ignatii Loyolae. Romae. 1585, in-4. Oonstit. regulae, décréta congregationum, censura? et praecepta cum litteris apostol. et privileg. ( institutum S. J. ex decreto congreg. gênerai. XIV, Pragae, 1705, 2 vol. ) Höhten. Brockie, t. III, p. 121 sq. Hist. S. J. a Nicol. Orlandino, Sacchino, Juvencio cett. Romae et Antv., 1615-1750, 6 vol. in-fol. Alegambe, Biblioth. scriptor. S. J. Ant., 1643. Lagomarsini Teslimonia viror. illustr. S. J. Recueil des témoignages en faveur de la Société de Jesus donnés par les papes, les princes souverains, les savants ecclésiastiques et profanes, ou Temple historique élevé en l'honneur de la Société de Jésus. Vienne, 1841. Dallas (protestant et l'ami intime de Byron), History of the Jesuits, London, 1816, 2 vol Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie de Jésus, 6 vol. in-8. Paris, 1845-46.
Les membres des anciens ordres religieux s'étaient, pour ainsi dire, rendus inutiles dans l'Église, au milieu des graves luttes qu'elle soutenait : les uns étaient restés froids
(1) Dans son ouvrage : De synodo diœcesanea, qui indique en même temps aux évêques le caractère, le but et les limites de ces synodes. Cf. Philipps, les Synodes diocésains, p. S4.
(2) Cf. Dict. ceci, de Frib. s. v. Séminaire, t. X.
et impassibles spectateurs du combat, les autres avaient vu beaucoup de leurs membres embrasser le luthéranisme L'Esprit, toujours vivant dans l'Église, produisit alors un ordre nouveau, qui, né de la force des circonstances, était par la même propre à répondre aux besoins du temps. Cet ordre, devant surtout faire contre-poids dans l'Église au protestantisme, a toujours effrayé l'imagination des protestons, et, chose étonnante, il a été bien des fois" méconnu et juge avec injustice parles catholiques eux-mêmes.
Ignace, fondateur de l'ordre, né d'une famille noble au château de Loyola, en Espagne [1491], se signala et fut blessé au siège de Pampelune [1521]. Durant les longues journées de sa convalescence, à défaut de romans, il lut 1 Ecriture sainte et la Vie des saints, et fut pris de l'ardent désir, comme jadis François d'Assise, de conquérir la gloire du ciel par les souffrances et les misères de ce monde. Il résolut, aussitôt qu'il fut guéri, d'embrasser la vie la plus austère, d'entreprendre un pèlerinage à Jérusalem et d'y travailler à la conversion des infidèles Détourné de son pieux et imprudent projet, sur les lieux saints mêmes, par le provincial des Franciscains, et déterminé à revenir en Europe, il conçut l'idée d'un ordre nouveau Pour la réaliser, il ne rougit pas de se remettre sur les bancs, parmi des enfants, d'apprendre le latin et d'achever son éducation littéraire dans les universités d'Alcala de Salamanque et de Paris, où il parvint à communiquer sa ferveur et à faire embrasser son sévère genre de vie à quelques compagnons d'étude, qui lui transmirent à leur tour leurs connaissances, et le mirent à même de recevoir après une sérieuse épreuve, le grade de docteur [1534]. Ses principaux associés furent Pierre Lefèvrc de Savoie le iNavarrais François -Xavier, les trois Espagnols Jacques jLainez Alfonse Salméron, Nicolas Bobadilla, et le Portugais Rodriguez. Un peu plus tard, ils s'associèrent encore ile Jay, de Savoie, Jean Codure, du Dauphiné, et Pascal Broet, de Picardie. Bientôt leurs idées s'élargirent, leur projet mûrit, ils se décidèrent à se consacrer au salut des âmes. Ayant dû renoncer au dessein de se rendre en nr.
218 § 246. — l'ordre
Orient, Ignace, Lefèvre et Lainez vinrent à Rome, firent vœu de pauvreté, de chasteté, d'obéissance absolue. et se déclarèrent prêts à se rendre partout où le Père de la chrétienté voudrait les envoyer. Paul III ne put résister à des vœux si fermes et si sincères, et approuva « la Société de Jésus (1) » [1540], qui ne devait d'abord se composer que de soixante personnes. Cependant les premiers résultats de leurs travaux firent bientôt lever cette restriction par le pape [1543], et ses successeurs leur accordèrent de grands privilèges. L'ordre se propagea rapidement en Europe : François-Xavier le transporta au delà des mers.
La constitution de l'ordre, beaucoup plus nette et plus forte que toutes celles des autres ordres, se résume comme il suit (2) : Le but principal de l'ordre est la plus grande gloire de Dieu (0. A. M. D. G.)\ donc les membres de la Société doivent travailler au salut du prochain comme au leur. Ils travaillent au salut du prochain par la prédication, les missions, les catéchismes, la controverse contre les hérétiques, la confession, et surtout par l'instruction de la jeunesse ; à leur propre salut, par la prière intérieure, l'examen de conscience, la lecture des livres ascétiques et la fréquente communion. L'ordre ne reçoit que des membres sains de corps et doués de talent. Les nouveaux membres passent par un sévère noviciat de deux ans, durant lequel toutes les études sont interrompues, et qui est principalement employé à des exercices spirituels, afin que le cœur et l'esprit se purifient et que l'humilité devienne le fondement solide de la vraie science. A la fin du noviciat se font les premiers, souvent les seconds vœux, semblables à ceux des autres ordres [vota simplicia) ; savoir : la pauvreté, la chasteté et l'obéissance, et de plus la promesse de rester dans l'ordre et d'accepter le grade auquel on
(1) Cette dénomination rencontra des difficultés même auprès du pape Sixte V; le pape Pie II l'avait déjà accordée antérieurement à un ordre. Voy. GenelU, 1. cit., p. 190 sq.
(2) Le code de l'ordre se compose comme il suit : 1° Examen poulies admissibles; 2° Conslitationes, décrivant la manière de vivre commune; 3° Regulœ, sur l'administration des charges dans l'ordre; 41 Declarationes ou éclaircissements du texte. Le tout forme Ylnstitulum qui, d'après la déclaration donnée à la suite de la constitution de 1558, fut écrit de la main de saint Ignace.
sera destiné par le général de l'ordre. La pauvreté des membres consiste en ce qu'ils ne peuvent posséder, soit individuellement, soit collectivement, ni revenus ni propriétés, et doivent se contenter de ce qu'on leur donne pour leurs besoins. Mais les collèges sont dotés, pour que ceux qui enseignent et ceux qui étudient ne perdent pas leur temps aux soins de leur entretien. Après le noviciat commencent les études, qui durent cinq ans, et consistent principalement dans la connaissance des langues, de la poésie, de la rhétorique, de la philosophie, des mathématiques et de la physique. Après toutes ces épreuves, le jeune Jésuite est envoyé dans un collège et commence l'enseignement dans les plus basses classes, avançant avec les écoliers, pendant cinq ou six ans. Alors seulement il s'adonne à l'étude de la théologie, dont le cours dure quatre ans et quelquefois six, quand on y ajoute l'étude des saints Pères. Chaque année se termine par un sévère ' examen, et au terme des études théologiques le Jésuite est ordonné prêtre. Ceux qui se livrent à ces études doivent, pour entretenir la piété dans leur cœur, faire de fréquents examens de conscience, des méditations, dont le texte est donné par les exercices spirituels de saint Ignace {exercitia spiritualia) (1), s'approcher des sacrements tous les trois jours, et renouveler leurs vœux deux fois par an.
Chaque membre est surveillé par un confrère. Il sort toujours accompagné.
Alors vient le second noviciat, qui dure un an, et pendant lequel on est employé à la prédication, aux catéjchismes, à renseignement. Cependant la majeure partie du temps doit être employée à la contemplation, à l'étude des constitutions de l'ordre et à la pratique de diverses vertus. Enfin, toutes les épreuves étant terminées, ceux qu'on len juge dignes font les seconds vœux et sont élevés au grade de coadjuteurs ou de profès.
D'après leur talent, leur sience ou leur piété, les mem-
(l) Les exercices ont été imprimés et approuvés pour la première
:'ois par Paul III, à Rome, 1548. On trouve une explication de ces
exercices dans Belleai, Medulla asceseos, seu exercit. S. P. Igii. ac-
uratiori et menti ejus proprio« methodo explanata, ed Westhoff
tllonast. 1845, 1848. De Rnvignan, de l'Institut des Jésuites.
220 § 346. — l'ordre
bres de la Société sont partagés en trois cIp-sî s : 1° Les profès, qui, outre les trois vœux monastiques, ïo it le quatrième vœu d'obéissance absolue au pape, pat rapport aux missions, et ne peuvent, par conséquent, être relevés de leurs vœux que par le pape. Il y a peu de prol s ou de Jésuites du quatrième vœu. C'est parmi eux que .-ont élus le général, les provinciaux, les professeurs de théologie et les autres chefs des instituts de l'ordre. Ces instituts sont : les maisons professes, dirigées par un préfet; les collèges, comprenant au moins treize membres, sous un recteur; les collèges affiliés ou résidences, ayant un supérieur et dans lesquels les Pères âgés trouvent une retraite pour se reposer ou mettre la dernière main à leurs écrits ; enfin les maisons de mission, pour venir au secours des curés dans les campagnes. Toutes ces charges ne durent que trois années, tandis que le général est élu à vie. Les prétendus Monita sécréta (1) des profès, qu'on a si souvent reprochés à la Société, ne sont qu'une méprisable calomnie, comme la proposition qu'on prétend tirer des constitutions, et qui donne à un supérieur le pouvoir d'ordonner un péché, résulte d'un contresens perfide (2).
2° Les coadjuteurs, qui comprennent la majorité des membres de la Société, chargés de l'enseignement des collèges et du ministère pastoral, et parmi lesquels les sco-
(1) Daller, l'Ennemi des Jésuites, ou Pendant à la Revue des Jésuites, 1817.
(2) Le passage en question est ainsi conçu : « Visum est nobis in Domino, excepto expresso voto quo Societas summo Pontifici, pro tempore existenti, tenetur, ac tribus aliis essentialibus paupertatis, castitatis et obedientiœ, nullas constitutiones, declarationes, vel ordinem nllum vivendi, posse obligationem ad peccatum mortale vel veniale inducere, nisi superior ea in nomine Domini Jesus Christi, vel in virtute obedientiœ, juberet. »D'après le titre « Quod constitutiones peccati ohli ;alionem non inducunt, » d'après le contexte et l'ensemble, le sens est clairement celui-ci : « Les quatre grands vœux seuls lient toujours, sous peine de péché; les autres constitutions et ordonnances ne peuvent lier qu'autant que le supérieur l'exige en vertu de l'obéissance ou au nom de Jésus-Christ. » Cf. Réfutation de Lang sur l'existence d'une loi qui permet le péché parmi les Jésuites, par Christian Mensch (le prof. Kern de Gœttingue). Mayence, 1824. Cf. Riffel, Abolition de l'ordre des Jésuites. Mayence, 1845, p. 217 sq.
lastiques (scolastici approbati) sont destinés aux plus hauts emplois de l'enseignement.
3° Les coadjuteurs temporels (coadjutores temp.), frères laïques, destinés aux services manuels et aux plus basses fonctions.
A la tête de chaque province est placé un provincial. Tout l'ordre est gouverné par un général, qui réside à Rome, jouit d'un pouvoir absolu, en tant qu'il observe les anciennes lois de l'ordre. Les modifications ne peuvent être introduites que dans les assemblées générales. Le général nomme les supérieurs, pour empêcher les troubles, les intrigues parmi les subordonnés : cependant il consulte le provincial et trois autres Jésuites. Les supérieurs de tous les instituts sont obligés de rendre compte chaque année, au général, de la conduite et des talents de leurs subordonnés. Le général a six assistants, hommes éprouvés et expérimentés, appartenant à l'Allemagne, la France, l'Espagne, le Portugal, l'Italie et la Pologne, qui sont élus dans les assemblées générales. Le général est soumis à leur contrôle. Ils peuvent, dans des cas urgents, le déposer ; en femps ordinaire, il ne peut être déposé que par les assemblées générales. L'admoniteur, adjoint encore au général, a pour mission de le soutenir comme un ami, un père, un confesseur.
Ainsi la Société, présentant le modèle d'une monarchie constitutionnelle fortement organisée, d'une législation sage et parfaite, devait, autant par cette organisation que par l'esprit vigoureux qui l'animait, obtenir une grande autorité et exercer une immense influence dans le monde (1).
La constitution maintenait l'unité la plus rigoureuse dans le fond de l'enseignement, au milieu de l'activité la plus vivante ; elle ordonnait de réprimer avec le plus énergique empressement tout ce qui s'écarterait de la doctrine de l'Église, et accordait en même temps, pour ce qui était de pure opinion, une très-grande liberté, dont abusèrent plus tard quelques membres de la Société.
(1) De Ravignan, 1. cit., p. 32 sq., l'esprit des constitutions y est parfaitement exposé.
222 § 346. — l'ordre des jésuites .
Il ne faut pas oublier, pour bien juger le quatrième vœu des Jésuites et quelques autres particularités de leur constitution et de leur manière d'agir, quïls avaient pour but de former une société absolument contraire au protestantisme. Le protestantisme ayant attaqué le centre de l'unité et voulu renverser le pape, les Jésuites prenaient par là même l'obligation de se rattacher fermement au Saint- Siège. Les protestants poussaient la liberté jusqu'à la licence ; les Jésuites imposaient l'obéissance la plus absolue, de manière à sacrifier la volonté de lindividu aux intérêts de la Société. Les protestants, ayant le plus souvent procédé avec passion, et agi sans réflexion ni prudence, étaient restés longtemps sans pouvoir s'organiser ni se constituer ; les fondateurs de l'ordre des Jésuites étaient animés d'une piété profonde, mais à laquelle s'unissait une discrétion et une prudence consommée.
Ainsi, des éléments qui ailleurs souvent se combattent, vinrent se fondre ici dans la plus parfaite harmonie. Ignace, rempli d'un enthousiasme noble et pur, qui pouvait paraître parfois singulier, brûlait de zèle pour le Christ et l'Église, et ne connaissait que l'Église et Jésus-Christ. Lainez, homme d'une raison calme, pénétrante, d'un esprit positif et organisateur, semblait né pour gouverner de grands empires. Au zèle plein de foi d'Ignace, Lainez joignait la science des choses de la foi. Ignace posa le principe de la vie intérieure, qui fonda la Société ; Lainez lui donna la forme et l'organisation nécessaires pour qu'elle pût se manifester et atteindre son but. Les qualités de ces deux hommes, qui s'identifièrent dès l'origine, se sont toujours conservées d'une manière remarquable dans la société qu'ils ont fondée, et qui a été si active, si vigoureuse, qu'on ne peut en lire l'histoire sans le plus vif intérêt. Il fallait, pour arrêter les progrès du protestantisme, une grande énergie, un véritable dévouement, une prudence consommée, une vue claire du but à atteindre ; tout cela se rencontra dans l'ordre des Jésuites.
§ 347. -w TRAVAUX DES JÉSUITES.1 223
§ 347. — Travaux des Jésuites.
Les faits que nous allons résumer prouvent toute l'activité que les Jésuites déployèrent dans l'intérêt de l'Église, ïl semblait qu'une véritable barbarie allait s'étendre sur l'Allemagne, berceau du protestantisme. Les universités étaient en décadence et menaçaient ruine. Le peuple était tombé dans la plus grande ignorance ; et, comme, pour être prolestant, il suffisait de rejeter quelques points de la foi catholique, on sentait, même dans les pays strictement catholiques, comme l'Autriche, une tendance prononcée vers le protestantisme (1). Pendant vingt ans il n'était pas sorti un prêtre de l'université de Vienne, autrefois si florissante. Les ecclésiastiques protestants apparaissaient de tous côtés. Cette situation porta Ferdinand Ier à demander des Jésuites à la Bavière [1551]. On distingua dès lors, parmi ceux qui forent envoyés, le Jay et Ganisius (2). Canisius, par des instructionssuivies, des prédications fréquentes, une nouvelle organisation de l'université de Vienne, la publication d'un nouveau catéchisme et l'administration prudente des diocèses rétablit l'ordre en peu de temps, et non-seulement arrêta les progrès du protestantisme, mais ramena la plupart des protestants au catholicisme. Le célèbre collège de Jésuites de Fribourg, en Suisse, rappelle également l'activité de Gasinius (béatifié le 21 novembre 1843).
Les mêmes circonstances avaient amené les Jésuites en Bavière. Le Jay y combattit d'abord le protestantisme ; puis on confia à Ingolstadt l'enseignement de la théologie aux Jésuites [1549]. Le Jay expliqua les Psaumes, Salméron les Épîtres de saint Paul et les Évangiles, Canisius la dogma-
(1) Lutte rie l'empereur Ferdinand II contre les États protestants de la haute Autriche (Feuilles hist. et polit., t. III, p. 673 et suiv., 742 et «uiv. ; t. IV, p. 13 et suiv., 168 et suiv.. WB^880).
(2) Dorigny, S. J., la Vie du R. P. Pierre Canisius, de la Compagnie de Jésus, fondateur du célèbre collège de Fribourg. Avignon, 1829. Vie du R. P. Pierre Canisius. Vienne, 1837, 2 vol. Via du grand Jésuite Polonais Pierre Canisius. Cologne, 1843. Riffel, Vie de Canisius (Feuille catbolique hebdomadaire de Mayence, 1844J.
224 § 347. — travaux
tique (1). Bientôt Munich appela à son tour les Jésuites [1559]. Ils surent y réveiller le goût des études classiques, littéraires et scientifiques, dont les protestants proscrivaient l'enseignement comme une occupation mondaine, inutile, dangereuse à l'éducation religieuse, tandis que l'Église avait appris par une triste expérience tout ce qu'elle avait eu à souffrir du défaut de ces connaissances.
Dès lors l'Église catholique de Bavière fut garantie contre les attaques ennemies. Il en fut de même lorsque les Jésuites fondèrent des collèges à Cologne [1556], Trêves [1561], Mayence [1562], Augsbourg et Dillingen [1563], Ellwangen et Paderborn [1585], Wurtzbourg [1586], Aschaffenbourg, Munster et Salzbourg [1588], Bamberg [1595], Anvers, Prague, Posen [1571], et dans d'autres contrées : partout ils devinrent l'appui et le rempart de l'Église. Leurs remarquables travaux sur toutes les parties de la théologie, de la philosophie et de la philologie, se répandirent partout» Tels furent les travaux deTursellin {De particulis linguœ latinœ), de Viger (De idiotismis linguœ grœcœ,) sur la grammaire; de Jean Perpinian [-J-1566], Pontanus, Vernulœus et d'autres (2) sur la bonne latinité; de Jacques Bälde, Sarbiewski, Jouvenci, Vanière, Spée, sur la poésie; deClavius, Hell, Scheiner, Schall, de Bell, Pozcobut, à Wilna, sur les mathématiques et l'astronomie; de Kircher, Nieremberg, Raczynski, sur l'histoire naturelle; d'Acunha, de Charlevoix, Dobrizhofer, Gerbillon, sur la géographie; d'Aquaviva, de Mariana, de Ribadeneira, sur les sciences politiques (3). Les hommes les plus judicieux ont toujours re-
(1) Winter, Hist. de la doctrine évangélique en Bavière, t. II, p. 167.
(2) Joan. Perpiniani Lusitani Opp. Romae, 1749, 4 vol. On vante surtout ses dix-huit discours prononcés à Rome, à Lyon et à Paris. Les plus remarquables d'entre eux sont : De Societatis Jesu gymnasiis ; de Perfecta doctoris christiani forma; de Deo Trino et Uno ; de Retinenda veteri religione ad Lugdunenses et Parisienses. Pontanus écrivit ses Progymnasmata, dans lesquels il s'élève peu à peu et dans un style pur à des matières plus importantes. Vernulœus, Elogia oratoria, surtout sur les héros de la guerre de Trente ans; volumen singulare orationum sacrorum.
(3) Cf. Alegambe, 1. cit., et Smets, Qu'est-ce que l'ordre des Jésuites a fait pour la science? Aix-la-Chapelle, 1834; Ch. Lenormant, des Associations religieuses dans le catholicisme. Paris, 1845.
connu que la méthode des Jésuites, alliant la science et la religion et soutenant l'esprit par toutes sortes de moyens extérieurs ingénieux, est parfaitement appropriée à l'instruction de la jeunesse (1). Ils excellèrent aussi dans la théologie spéculative et les investigations philosophiques. Du reste, la Société se distingua toujours par la pureté et la sévérité de ses mœurs. Les exemples donnés par Ignace agirent puissamment sur les siens. Il combattit avec succès, en Italie et à Rome surtout, le désordre des mœurs, institua des maisons spéciales pour servir de refuge aux femmes repenties, reçues et dirigées par la Société de Sainte- Marthe, qu'il avait fondée, ainsi que le couvent de Sainte- Catherine, pour les jeunes personnes dont la chasteté était en danger. En Portugal, les Jésuites avaient lutté si victorieusement contre le luxe et la corruption des mœurs, qu'un témoin oculaire dit, en parlant de leurs efforts : «C'est une seconde Sparte qu'ils veulent fonder.» Cette activité morale et scientifique fit naître le désir d'avoir des évêques Jésuites. Ignace ne voulut point y consentir, parce que cette élévation, contraire à la pauvreté et à l'humilité de l'ordre, pouvait fomenter et nourrir l'ambition, et nuire, sous bien des rapports, à la Société, dont les membres, disait-il doivent être des soldats du Chrisf, toujours prêts à se rendre partout où Dieu les appelle [f 31 juillet 1556]. Cette rigueur fut légèrement adoucie sous Lainez [1558-65], second gênérai de l'ordre, et complètement rétablie sous le troisième général, François de Borgia [1566-72] (2). Il n'est pas étonnant que l'habileté et les vertus morales des Jésuites les fissent souvent appeler et réussir auprès des princes et dans leurs cours. L'expérience avait prouvé combien, à cette époque, les princes, parleurs bonnes ou mauvaises dispositions, avaient d'influence sur les destinées de l'Église. Néanmoins, on regrette que quelques Jésuites se soient trop immiscés dans les affaires politiques. François de Borgia, dans les circulaires adressées aux membres de la Société, blâma fortement cette immixtion dans les affaires ainsi
(1) Les Jésuites et leurs écoles. Journal ecclés. cath. de Passau,
(2) Ribadeneira [+ en 161 1], Vita S. Francisa de Borgia.
que les travaux purement scientifiques des Jésuites. «Vous » avez bien, dit-il, dompté l'orgueil, qui se nourrit au mi- » lieu des dignités de l'Église, mais vous le satisfaites d'une » autre manière par vos ambitieux travaux. » Il se plaint de ce que, dans l'admission des nouveaux sujets, on a plus égard à leur aptitude pour la science et à leurs avantages temporels, qu'à la sainteté de leur vocation. Éverard Mercurian, Belge, dirigea l'ordre dans le même esprit [1573-80]. La direction définitive et l'organisation complète des 'études est due au cinquième général, Claude Aquaviva [1581- 1615], l'auteur du plan d'études [ratio studiorvm) et delà pédagogique des Jésuites (1).
§ 348. — Les autres ordres.
Holstenius, Codex regularum monasticarum éd. Brockie. Les œuvre» de Hélyot, Biedenfeld. Schmidt. Voyez t. II, § 2S8.
Plus d'un homme de bien avait reconnu que la dégénération du clergé et, par suite, l'ignorance* et la misère du peuple, avaient préparé les voies au protestantisme : aussi diverses congrégations rivalisèrent de zèle pour remédier à ces tristes maux et subvenir à l'instruction du peuple. Il fallait, à cet effet, d'abord tendre à une réforme du clergé, afin qu'il remplît son devoir. C'est dans ce but que se formèrent :
1° Les Capucins. Cet ordre prit à tâche de combattre l'amour des richesses et l'esprit mondain des vieux couvents
(1) Les généraux de l'ordre suivants furent : Mutio Vitelleschi, novembre 1615 — fév. 1645; Vincent Caraffa, 7 janv. 1646 — 8 juin 1649; François Piccolomini, 13 décembre 1649 — 17 juin 1651 ; Alexandre Gotfredi, 21 janvier 1652 — 12 mars même année ;Goswin Nickel, 17 mars 1655 — 1664; Jean Paul Oliva, vicaire général pendant trois ans, cum spe succedendi, 1664 — 81 ; Charles de Royelle (de Bruxelles), 1682 — 12 décembre 1686; Gonzales de Santalla, 6 juill. 1687— 27 octobre 1705, Michel-Ange Tamburini, 30 janv. 17W — 1730; François Netz (de Prague), 1730 — 50; Ignace Visconti, 1751 ; Aloyse Centurione, 1755 ; Laurent Ricci, 21 mai 1758 — 73. Conf. Imagines Preepositorum generalium soc. Jesu delineatœ, etœreis f orrais expressae ab Arnoldo van Westerhout, addita brevi uniuscujusqu« vitse descriptioneaP. Nicol. Galeotti, éd. II. Rom., 1751. Buss., p. 641, sur les généraux en particulier.
dégénérés, par une pauvreté rigoureuse, par l'abnégation la plus entière, l'humilité la plus complète, et de servir ainsi de modèle au monde, et surtout au clergé des paroisses, en le secondant dans le soin des âmes. Les Capucins ne furent qu'une modification des Franciscains. La sévérité de la règle avait de bonne heure excité des discussions parmi ceux-ci ; ce fut une. discussion de ce genre qui amena la modification de l'ordre, opérée par Matteo de Bassi dans le couvent de Montefalconi. Il appartenait au parti rigoriste dos Franciscains et voulut ramener l'ordreà la sévérité primitive. Il commença par le dehors, et ajouta à la robe des religieux un capuchon pointu, tel que l'avait, disait-on, porté saint François. Puis il communiqua ses pensées de réforme au pape Clément VII [1528], dont il obtint, pour ses religieux, l'autorisation de porter un capuchon et une longue barbe, de vivre, selon la règle de saint François, dans des ermitages, de prêcher et de s'occuper du salut des grands pécheurs (1). D'après ces principes austères, les églises des Capucins devaient être sans ornements, leurs couvents de la plus grande simplicité. Ils se rendirent d'abord extrêmement utiles et populaires par l'intrépidité avec laquelle ils secoururent les malades, durant la peste qui ravageait alors l'Italie. Le troisième vicaire général de l'ordre, Ochino, porta une rude atteinte à la réforme naissante. Après avoir été un zélé prédicateur, il séduisit une jeune fille, embrassa le protestantisme [1542], se maria, et fit, par sa honteuse conduite, interdire la prédication aux Capucins pendant deux ans. Mais ils se relevèrent vigoureusement. La rapide propagation de l'ordre, la faveur qui l'accueillit, les grands personnages qui y entrèrent, tels qu'Alphonse d'Esté, duc de Modène [1626], Henri, duc de Joyeuse, et d'autres, prouve combien cet ordre mendiant était populaire et répondait aux besoins du temps.
2° Les Théatins. Dès 1524, plusieurs prélats italiens s'é-
(1) Bollandi Acta SS. mensis maii, t. IV, p. 233; Doverio, Ann: ord. minor, qui Capucini, etc. Lugd. Bat., 1632 sq., 3 vol. in-fol. Tugio, Bullar. ord. Gapucinor. Romae, 1740 sq., 7 vol. in-fol.; Hclyot t. VU, ch. 24.
228 f 348. — LE3 AUTRES ORDRES
taient associés pour l'assistance des malades, et particulièrement pour leur procurer les soins spirituels. Cette œuvre de charité fit peu à peu naître le désir et le projet d'améliorer le clergé (1), de manière que, pur de mœurs, instruit et désintéressé, il remplît les fonctions du culte avec dignité, repoussât du langage de la chaire toute expression basse et profane, luttât contre les nouvelles erreurs, se dévouât au service des malades et préparât les condamnés à mort. Gaétan de Thienne peut être considéré comme le fondateur de cette association. Il se rendit, d'après l'avis de son confesseur, à Rome, y gagna Caraffa, évêque de Chieti (antérieurement Theate), et lui fit accepter la supériorité de la Société. Caraffa, élu pape sous le nom de Paul IV, donna le nom de Théatins aux membres de l'ordre, déjà confirmé par Clément VII [1524], sous le nom de Chanoines réguliers de la congrégation de Latran. Les Théatins devinrent, comme prédicateurs et missionnaires, la pépinière du haut clergé. D'après leurs statuts, ils ne devaient point mendier, mais vivre de la divine Providence, c'est-à-dire de dons volontaires.
3° Les Somasques. Cette congrégation de clercs réguliers fut ainsi nommée d'une ville du Milanais. Jérôme Émilien (1), fils d'un sénateur de Venise, en fut le fondateur [1528]; Paul III la confirma [1540], et Pie IV l'honora de divers privilèges. En 1568, le pape Pie V la rangea parmi les autres ordres monastiques. La règle prescrivait aux Somasques une vie austère, la prière continuelle, même pendant la nuit, l'instruction des peuples de la campagne, et surtout l'éducation des orphelins. Ils fondèrent aussi des écoles supérieures à Rome, à Pavie, et dans d'autres villes de l'Italie.
4° Les Bamabites. C'étaient également des clercs réguliers. Ils tirent leur nom d'une église dédiée à saint Rarnabé, à Milan, et se réunirent, comme les premiers chrétiens, pour vivre en commun et se livrer à l'enseignement.
(1) Clerrientis VII Approbatio, etc. dans Hèlyot., IV, ch. l2:Bullar. Rom., t. I, p. 659; Holstenius-Broekie, t. V, p. 342 sq.
(2) Vita Hieronymi ^Emiliani (Bollandi, Acta SS. mensis febr., f II). Cf. Bélyot., Holsten., t. III, p. 199 sq.
Ils eurent pour fondateurs trois gentilshommes [1530]; Antoine-Marie Zaccaria de Crémone, Barthélémy Ferrera de Milan, et Jacques-Antoine Morigia. Clément VII confirma cet institut [1532] (1), Paul III autorisa, 1535, qu'on y fît des vœux solennels. L'institut devint alors un ordre qui eut un général élu pour trois ans, mais qu'on pouvait réélire pour trois autres années. Cet ordre fut principalement destiné à des missions dans les pays chrétiens, à l'instruction de la jeunesse et à la conduite des séminaires. Il obtint quelques chaires dans les universités de Miian, de Pise et d'autres villes italiennes.
5° Les Oblats, fondés par saint Charles Borromée, en 4578. C'étaient des prêtres séculiers qui devaient édifier le diocèse et y relever la saine religion par la pureté de leur vie, de leur enseignement et leur zèle dans toutes les affaires qui leur seraient confiés par l'évêque.
6° Les Oratoriens, fondés par le célèbre Philippe de Néri (2). Né à Florence, Philippe, après de brillantes études, se livra de bonne heure, dans Rome, à l'instruction de la jeunesse et aux soins des malades dans les hôpitaux. Il y fonda la confrérie de la Sainte-Trinité [1548], qui fut accueillie si favorablement que Philippe, n'ayant d'autres ressources que la charité des âmes généreuses, bâtit un grand hôpital pour les pauvres pèlerins. L'oratoire Oratorium), dans lequel on lisait et expliquait les saintes Écritures aux pèlerins, fut bientôt trop étroit. Paul IV donna à Philippe une église [1558]. Les Pères de l'Oratoire, autorisés par Grégoire XIII [1574], composés de laïques et d'ecclésiastiques, unis parla charité et sans vœux particuliers, se répandirent de Rome dans les autres États de l'Italie. Philippe avait désiré que sa société devînt le refuge de ceux qui ne se sentiraient point propres à entrer dans un ordre religieux. Quoique le but principal de l'Oratoire fût l'instruction du peuple, on s'y adonna, dès le principe, à de hautes et fortes études. Baronius, Odéric Raynald, Galloni appartiennent à l'Oratoire, qui eut le bonheur de
(1) Bullar. Roui., t. I, p. 689; Hohlen., t. V, p. 449 sq.; Ilëlyot., t. IV, ch. 15.
(2) Ant. Gallonius, Vita Phil. Nerii. Mogunt., 1602. Cf. Hélyot, t. VIII, ch. 10; Höhten., t. VI, p. 234 sq., et p. 529 sq.
2Cj £ 348. — LES AUTRES ORDRES.
voir son fondateur canonisé par Grégoire XV [1622]. C'est d'après l'exemple de saint Philippe de Néri que le cardinal de Bérulle institua en France, avec quatre prêtres, les Pères de l'Oratoire de Jésus [1611], pour la réforme et l'éducation du clergé français. Les Oratoriens de France furent autorisés par Paul V [1613]. Ils se composaient d'incorporés et d'associés, et ne faisaient ni vœux solennels ni vœux simples. Ils se multiplièrent rapidement, et formèrent d'illustres savants et de grands prédicateurs, tels que Malebranche, Morin, Thomassin, Richard Simon, Bernard Lamy, Houbigant, Massillon (1).
7° La Congrégation de Saint-Maur. L'ordre des Bénédictins, jadis si florissant et si actif, était tombé, en France comme ailleurs, dans la tiédeur, et avait été envahi par l'esprit du siècle. Il s'était appauvri au milieu de ses immenses richesses. Après bien des essais infructueux, Didier de la Cour (2), prieur de l'abbaye de Saint- Vannes, en devint le réformateur. Entré jeune encore dans cette abbaye, il s'y prépara, par un travail assidu et des études sérieuses, à visiter avec fruit une université savante. Il en revint plein de zèle, et résolut d'exhorter ses frères à se livrer à l'étude et à recevoir une réforme indispensable. Ce ne fut qu'avec la plus grande peine qu'il parvint à réformer l'abbaye de Moyen-Moutier, qui s'unit à la congrégation de Saint- Vannes et de Saint-Hidulphe, et à remettre en vigueur la règle de saint Benoît. Le pape Clément VIII ayant confirmé cette réforme [1604], elle fut favorablement accueillie dans un grand nombre de couvents de France. Dès lors le chapitre général tenu à Saint-Mansuy, à Tulle [1618], résolut de tormer une congrégation particulière de ces couvents réformés, sous le vocable de Saint-Maur, l'illustre discipîo
(1) Cf. Herbst, Services littéraires de l'Oratoire français (Revue trimest. et théol. de Tubingue, 1835, 3e livr.), travail qui malheureusement n'a pas été achevé.
(2) Haudiquer, Hist. du vén. aom Didier de la Cour, réformateur des benéd. Paris, 1772; Tassin, Hist. lit. de la congrég. de St-Maur. Paris, 1726, in-4; Brux., 1770, in-4, avec des observations par Meusel. Francf. et Leipzig. 1773, 2 vol. in-fol. ; Herbst, Services rendus à la science par Saint-Maur (Revue théol. de Tubingue, 1833, i" livr.) Cf. Hèlyot, t. VI, ch. 35 et 37.
de saint Benoît. Grégoire XV autorisa cette congrégation. Le cardinal de Richelieu s'y intéressa vivement, et elle compta bientôt cent quatre-vingts abbayes et prieurés conventuels. La congrégation avait, outre la règle des Bénédictins, quelques statuts particuliers, un supérieur général qui demeurait à Paris dans le cloître Saint-Germain. La vertu nouvelle de la congrégation se manifesta par l'excellente organisation qu'elle donna aux séminaires, et surtout par les savants solides qu'elle forma, et qui, tels que Mabilïon, Mautfaucon, Ruinart, Thuillier, Martène, Durand, d'Achery, leNourry, Martianay, s'acquirent un nom immortel par leurs travaux sur les Pères et l'histoire de l'Église.
8° Les Carmélites. Sainte Thérèse régénéra cet ordre, dont la vie s'était évanouie après les adoucissements apportés à la règle par Eugène IV. Fille d'un grand d'Espagne, née à Avila en Gastille [1515], Térèse eut dès son bas âge de grandes dispositions à la piété. Destinée de Dieu à guider les âmes dans les voies de la perfection, elle apprit à connaître, par sa propre expérience, les faiblesses et l'instabilité du cœur humain. Longtemps ballottée entre le zèle et la tiédeur dans ses devoirs, désireuse d'être à Dieu et inclinant vers le monde, elle finit par être arrachée à cet état d'incertitude, après une vive lutte qu'elle a dépeinte avec une grande sincérité, comme jadis saint Augustin, dans l'histoire de sa vie. On y reconnaît tout ensemble la sensibilité la plus vive et l'intelligence la plus lumineuse. L'Église, dans l'office de la sainte, appelle céleste la doctrine contenue dans ses écrits (1) et qui a servi de guide à des milliers d'âmes en Espagne. Autorisée par Pie IV, Thérèse commença en S 562 à réformer les couvents de femmes de l'ordre des Carmélites. Elle rencontra la plus violente opposition ; mais Dieu lui avait départi un courage qui surmontait tous les obstacles. Sa réforme passa même dans les couvents d'hommes qui s'étaient le plus énergiqucmenfc prononcés contre elle d'abord [1568], grâce à l'héroïque concours du séraphique Jean de la Croix, dont les œuvres
(1) Ils ont été traduits en français, en polonais et en allemand, Œuvres de sainte Thérèse de Jésus, édit. par Schwab. Sulzliach, 18*1 et suiv., 5 vol. Sur la réforme de sainte Thérèse, cf. Ilètyot, t. I, ch. 48.
mvstiques sont plus remarquables encore que celles de sainte Thérèse [+ 1582]. Les Carmes déchaussés, hommes et femmes, se distinguèrent parleur dévouement à soigner les malades, à instruire les ignorants, et leur réforme s'étendit bientôt dans presque toute la catholicité.
9° Vordre de la Visitation. Il fut également fondé par le concours de deux âmes saintes, unies dans le Seigneur, saint François de Sales (1) et la baronne Françoise de Chantai. François, né au château de Sales, en Savoie [1567], après avoir reçu une éducation chrétienne et une solide instruction étudia le droit à l'université de Padoue. Il y trouva pour confesseur un homme éclairé de Dieu, le Jésuite Possevin dont les sages entretiens révélèrent au jeune étudiant que l'es plaies de l'Église provenaient de la corruption du clergé. François, pénétré du désir de servir Dieu, résolut d'embrasser l'état ecclésiastique, malgré la résistance de sa famille, qui voulait le marier, et le destinait à une riche alliance. Les vertus, la piété, la vie tout intérieure du saint prêtre, le firent bientôt élire évêque de Genève. Son éloquence affectueuse et populaire ramena des milliers d'hérétiques au sein de l'Église; ses écrits, pleins d'onction, de grâce et d'originalité, guidèrent plus d'âmes fidèles encore dans les voies de la dévotion chrétienne. La congrégation de femmes qu'il fonda, de concert avec sainte Françoise de Chantai à Anuecy, en Savoie [1610], n'avait pas d'abord de vœux et se proposait pour but principal le soin des malades. Plus tard cependant saint François lui imposa la règle de saint Augustin, avec des constitutions particulières, et Paul V érigea la congrégation en un ordre religieux {de Vmtatione B. M. V. 1618) qui dut en même temps s'occuper de l'éducation des enfants (2). Sainte Chantai vit, avant sa mort, quatre-vingt-sept maisons de son ordre fondées
(1) Œuvres de saint François de Sales. Paris, 1834, 16 vol. ; Paris, 1836, 4 vol. in -4; ViedeC.-A. Sales, 1634; Marsollier, 1747; Rensing, 1818. Ses lettres à divers gens du monde exercèrent surtout la plus grande influence, et encore plus sa Philothée, qui a eu les honneurs de traductions sans nombre.
(2) Hèlyot. t. IV, en. 43.
§ 348. — LES AUTKES ORDRES. 233
en Savoie et en France ; elles se propagèrent plus tard en Italie, en Allemagne et en Pologne.
40° Les Ursulines (1), fondées à Brescia [vers 1527] par Angèle de Mérici, une de ces vierges angéliques, qui mettent leur joie à s'oublier elles-mêmes pour soulager toutes les misères. C'est dans cet esprit d'abnégation qu'Angèle se voua de bonne heure au soulagement des malheureux et s'unit plus tard à d'autres âmes saintes sous la protection de sainte Ursule. Les associées devaient vivre dans la maison de leurs parents, soigner les malades indigents, et diriger l'éducation des jeunes fuies. Dans la suite, elles 's'organisèrent en ordre religieux. Paul III le confirma [1544], en l'autorisant à se modifier suivant le temps et les circonstances. Le but principal de l'ordre devait être l'éducation des femmes. Madeleine de Sainte-Beuve le propagea en France [dep. 1604], où on lui confia bientôt jusqu'aux plus jeunes enfants. Tous les pays catholiques l'accueillirent avec joie.
11° Pères de la Doctrine chrétienne, congrégation française fondée par César de Bus, confirmée par Clément VIII [1597], et qui, aprèssa réunion avec les Somasques [1616- 47], forma une société de prêfres séculiers liés pardes vœux simples. Des difficultés s'étant élevées sur la fusion des statuts, Innocent X [1647] sépara les deux congrégations, et Alexandre VII décida qu'ils seraient soumis à un noviciat et feraient les trois vœux. Cependant les Doctrinaires conservèrent l'hnbit du clergé séculier. On retrouve le même but dans les Parères des écoles Chrétiennes, institués par Jean- Baptiste de la Salle, chanoine de Reims [1651-1714], approuvés par Benoît XIII, et dans les Sœurs des écoles de r Enfant Jésus et les Filles de la Providence, que le Franciscain Nicolas Barré réunit en une seule congrégation [1681]. I> institua des séminaires de maîtresses d'écoles destinées à donner l'enseignement gratuitement (2). Un gentilhomme milanais, Marc de Sadis Cusani [1652], et Jean Léonardi [1570], à Lucques, fondèrent des établissements analogues.
12° Les Piaristes (Piarum scholarum Patres), qui rivalisèrent de zèle avec les Jésuites, eurent pour but l'éducation des jeunes gens, et pour fondateur l'Espagnol Joseph Cala-
(1) Hèlyot, t. IV, ch. 20.
(2) Hèlyot, t.. VIII, ch. 30.
sanzio [f 1648]. Après s'être démis des fonctions de vicaire général de l'évêché d'Urgel, Calasanzio s'était rendu à Rome, y avait mené une vie extrêmement mortifiée et édifiante, s'était signalé par son zèle à porter des secours corporels et religieux aux malades, durant une longue épidémie, et n'avait pas cessé de prendre un soin tout paternel des orphelins. Il institua, avec l'approbation de Clément VIII [1600], une congrégation de prêtres séculiers pour l'instruction des jeunes gens. 'La faveur de Paul V et de Grégoire XV valut à la congrégation le caractère d'un ordre religieux (ordo Patrum scholarum piarum), dont la mission fut d'élever la jeunesse dans la piété autant que dans la science.
13° Les Frères de la Charité, institués par le Portugais Jean de Dieu. Né en 1495, Jean mena une vie dissipée jusqu'à l'âge de quarante-cinq ans. Il se convertit alors à Grenade, et se consacra au soin des malades [dep. 1540]. Ses héroïques efforts pour imiter par son active charité la miséricorde du Seigneur, lui firent donner le surnom de Jean de Dieu par l'archevêque de Grenade et l'évêque de Tuy. II mourut en 1550, pauvre des biens de ce monde, riche de bonnes œuvres. Ses amis les continuèrent, en se liant plus étroitement par les trois vœux monastiques et l'obligation de soigner gratuitement les malades dans les hôpitaux (1). PaulV approuva, en 1617, l'ordre des Frères de Saint-Jeande-Dieu, qui rendit d'éminents services dans tous les pays catholiques, et se montra non moins généreux envers les hérétiques que ses constitutions lui faisaient une loi de secourir. Chaque hôpital ne devait avoir qu'un prêtre pour les besoins spirituels. Urbain VIII béatifia le fondateur en 16^0 et Alexandre VIII le canonisa en 1690.
14° Les Prêtres des Missions de France (2). Leur fondateur fut saint Vincent de Paul (3), né dans le village de Pouy,
(1) Holslenius-Brockie, t. VI, p. 439 sq.; Hélyot, t. IV, ch. 39. Cf. Seifert, Règles des Piaristes. Halle, 1783. 2 vol. ; Vie et miracles de Jos. Galazanze, trad. de l'italien. Vienne, 1748.
(2) Holslenius-Brockie, t. VI, p. S64 sq.; Hélyot, t. IV, ch. 18.
(?,) Abelly, Vie de saint Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur général de la congrégation de la Mission. Paris, 1664, qui a eu de nos jours des éditions sans nombre ; Fréd. de Stolberg, Vie de saint Vincent de Paul. Munster, 18»9. Depuis peu, il a paru en France plusieurs biographies de ce saint, la der-
au pied des Pyrénées, de parents pauvres, mais pieux [1576]. U commença d'abord par garder les troupeaux, jusqu'au moment où ses parents le mirent dans un couvent de Franciscains [1588], dans lequel il reçut l'instruction et acquit la conscience de sa vocation ecclésiastique. Après avoir fréquenté l'université de Toulouse, il obtint la prêtrise [1600], devint instituteurà Buzet. Ces occupations ne l'empêchèrent pas de cultiver la science, et, en 1604, il se fit recevoir bachelier. Ayant quitté en 1605 Marseille sur un bâtiment de la Méditerranée, il fut pris, avec ses compagnons de route, par des pirates qui le vendirent à Tunis. Vincent parvint à convertir son troisième maître, un renégat de Nice, et s'étant échappé avec lui, il le fît entrer à Rome dans un couvent des Frères de la Charité. Adressé par l'ambassade française de Rome au roi Henri IV [1609], Vincent fut admis, après diverses épreuves, parmi les ecclésiastiques attachés à la reine Marguerite. Les loisirs trop grands que lui laissaient ces fonctions nouvelles ne pouvant convenir à l'activité et au zèle de Vincent, s'étant retiré pendant quelque temps à l'oratoire de M. deBérulle, il fut, sur la recommandation de ce pieux personnage, nommé à la cure de Clichy, et, plus tard, chargée de l'éducation des enfants du duc de Gondy, général des galères du roi. Là, rien n'échappa à l'ardente charité de Vincent, qui s'occupait alternativement d'instruire les enfants de la famille de Gondy, d'édifier leurs parents par ses exemples et ses conseils, de soigner les malades, de catéchiser les pauvres de leurs domaines. Ce fut là aussi qu'après avoir entendu la confession générale d'un malade qui jouissait de l'estime générale sans la mériter, il conçut le projet des Missions de France, dont la pieuse duchesse de Gondy réclama une des premières réalisations pour ses domaines. Nommé plus tard curé de Châtillon, Vincent y déploya une activité prodigieuse, et y créa des œuvres dont chacune semblait réclamer toute la vie d'un homme. Ainsi il fonda l'institut des Filles de la Charité ou des Sœurs grises, auxquelles il donna une règle [1618], et qu'il chargea du soin
niëre est celle d'Orsini, traduite en allemand par Steck. Tubing.,
des hôpitaux. Il s'occupa dadoucir le sort des malheureux détenus sur les galères, dont il fut nommé supérieur général, quand son infatigable zèle l'eut fait connaître à la cour de LouisXIII. Il consentit également, sur la demande deson ami saint François de Sales, à se charger d'une œuvre toute différente, en acceptant la direction des Dames de la Visitation à Paris [1620]. Enfin, le projet qu'il avait conçu de fonder des missions, qui devaient, sous l'autorité des évêques, et avec le consentement des curés, évangéliser le peuple des campagnes, se réalisa, grâce aux largesses de la famille de Gondy, auxquelles s'ajoutèrent bientôt de nouvelles et plus riches dotations. En 1627, Louis XIII autorisa les Prêtres des Missions de France. En 1632, le pape Urbain VHIles reconnut etchargea leur pieux fondateur de leur donner une règle. Vincent de Paul, prévoyant que le succès de ces missions ne serait que passager, si le clergé des paroisses ne continuait leur œuvre avec zèle et persévérance, et ne pouvant méconnaître la décadence de ce clergé, institua, de concert avec plusieurs évêques, pour le réveiller de son fatal sommeil, de sévères examens, des exercices spirituels des contérences ecclésiastiques. Après la mort de [la duchesse de Gondy [1625], Vincent entra en rapport intime avec une femme aussi distinguée par son cœur que par son esprit, Louise de Marillac (1), veuve de M. le Gras, dont il mit la vocation sérieusement à l'épreuve pendant quatre années, et qu'il chargea alors de la supériorité générale de toutes les communautés de Sœurs grises [1629]. Quant à son ordre de missionnaires, qu'il établit dans la maison de Saint-Lazare de Paris, et dont les prêtres reçurent dès lors le nom de Lazaristes, il se propagea rapidement, grâce à son activité infatigable. Elle s'étendit aussi à l'œuvre des séminaires qu'on fondait dans diverses provinces, conformémentaux prescriptions du concile de Trente, et dont on confia la direction auxPrêtres desMissions. Il en envoya même, plus tard, en Italie [1642], à Alger, à Tunis, à Madagascar, en Pologne. Vincent de Paul fit lui-même des missions jusqu'à l'âge de soixante-dix-huit ans, s'occupant en même temps de
(1) Vie de Louise de Marillac, veuve de M. le Gras, par Gobillon; les Sœurs de la charité, dans leurs rapports avec les pauvres et les malades. Gobi., 1831.
fonder en divers lieux des hôpitaux sous l'invocation du saint nom de Jésus. Les conférences introduites par lui ont ranimé l'esprit d'association parmi les hommes religieux en France (1). Après une vie si active et si pleine, Vincent de Paul obtint la couronne de justice, dans l'autre monde par sa sainte mort [27 septembre 1660], dans celui-ci par sa canonisation sous Clément XII [1737].
§ 349. Missions étrangères.
Fabricii Lux salutaris, p. 662 sq. Lettres édifiantes et curieuses, écrites des missions étrangères par quelques missionnaires de la Compagnie de Jésus. Paris, 1717-77, 34 vol., et en particulier : Choix de lettres édifiantes, etc., précédé de tableaux géographiques, historiques, politiques, religieux et littéraires des pays de missions ; 3« édit. Paris, 8 vol. Wittmann, Grandeur de l'Eglise dans ses missions depuis le schisme. Histoire générale des missions pendant les trois derniers siècles. Augsb., 1841 et suiv., 2 vol. Henrion, Histoire générale des missions catholiques. Paris, 1646-47, 4 vol. gr. in-8.
La charité et le dévouement des fidèles ministres de l'Évangile ne s'exercèrent pas seulement parmi les peuples appartenant depuis longtemps à l'Église chrétienne, mais s'étendirent aux peuples païens les plus éloignés et les plus sauvages. Nul ordre ne montra un zèle plus héroïque à cet égard que celui des Jésuites, dont un grand nombre n'eut d'autre ambition que celle de mourir dans les missions étrangères pour l'amour du Christ. Les découvertes des Portugais et des Espagnols leur en fournirent l'occasion et leur en facilitèrent les moyens, et les conversions entreprises parmi les païens par ces hardis missionnaires furent singulièrement encouragées et en quelque sorte régularisées par l'institution de la Propagande, fondée sous Grégoire XV {Congr egatio de propagande/, Fide, 1622) (2).
(1) Saint Vincent de Paul et les ouvriers français (Feuilles hist. et pol., t. X. p. 549-64).
(2) Erectio. S. congr. de'fide cathol. Propaganda. (Bullar. Rom. t. III, p. 421 sq.) Cf. Fabricii Lux salut., p. 506 sq. Constitut. aposto liese S. cong. deprop. fide. Roma?, 1642. iii-fol. ; Bayeri Hist. congr. cardinalium de prop. fide. Regiom., 1070, in-4. Cf. Hélyot, dos Divers instituts fondés pour la propagation ù ■:. la foi, t. VIII, ch. 12.
238 349. — missions étrangères.
Cette congrégation se composa de quinze cardinaux, de trois prélats et d'un secrétaire. Les abondantes aumônes des catholiques obtinrent ainsi une destination sûre et régulière. Urbain VIII dota l'institut delà Propagande [1627] d'un grand bâtiment {collegium de propaganda Fide), qui devint le séminaire des Missions étrangères. L'exemple du pape fut noblement imité : de riches dotations assurèrent l'œuvre ; de nombreux ouvriers de toutes nations s'y formèrent à l'apostolat, et l'on vit se renouveler à Rome, chaque année, au dimanche après l'Epiphanie , le sublime spectacle de la Pentecôte. Cette fête de la Propagande, où le nom du Seigneur est glorifié dans toutes les langues de la terre, est une des solennités qui expriment et révèlent le mieux l'idée fondamentale de l'Église catholique.
La conversion de l'Inde a toujours présenté les plus grandes difficultés, malgré les rapports qui semblent exister entre les mystères du Christianisme et certains dogmes des Védas, comme celui de la Trinité, représenté par les trois personnes de Brahma, Vischnou et Siva, manifestation de l'Être primordial et celui d'une sorte d'incarnation dans Vischnou ; mais la doctrine religieuse des Indes, embellie par les sages et les poëtes, avait jeté de trop profondes racines dans l'esprit des peuples pour permettre un facile accès à l'Évangile-. Quoique soumis depuis près de dix siècles à la domination musulmane, le peuple indien conservait avec un rare courage ses sanctuaires, défendait avec persévérance ses idées religieuses, et, presque indifférent au joug extérieur qui l'opprimait, se nourrissait avec joie des souvenirs de son antique gloire. Il était réservé aux généreux efforts des Jésuites de vaincre ces obstacles.
François-Xavier, un second saint Paul, partit, d'après le désir de Jean III, roi de Portugal, et avec l'autorisation du pape, pour Goa [1542], où, dès loiO les Portugais avaient essayé quelques conversions et opéré la réconciliation des Nestoriens avec l'Église. Mais les chrétiens de Goa ne l'étaient que de nom; la polygamie, le divorce, l'iniquité, régnaient généralement parmi eux (1). François
(1) Horalius Tursellinus, de Vita Franc. Xav., qui priraus e Soc. Jesu
vit qu'il fallait d'abord convertir les colons chrétiens. Il se mit en rapport avec les enfants, par là avec les parents ; exerça une puissante influence, consola les malades, secourut les affligés, et sut par son active charité gagner les plus puissantes familles. Il se dirigea bientôt après vers les rivages de Travancor, et parvint, au bout d'un mois, par ses incontestables miracles, sa douceur, sa bonté, et à l'aide d'excellents interprètes, à baptiser à peu près dix mille idolâtres. « C'était un touchant spectacle, dit-il » dans sa relation, de voir avec quelle sainte émulation » ces néophytes renversaient les temples de leurs idoles. » De là François se rendit à Malacca, dans les îles Moluques et de Ternate. L'effrayant tableau qu'on lui fit des mœurs de ces peuplades ne put arrêter son zèle. François forma des disciples parmi ses nouveaux convertis. L'un d'eux entreprit d'annoncer l'Évangile dans l'île Manar. L'apôtre, après a\oir fait traduire en langue indienne les Psaumes de la pénitence, les Évangiles et un catéchisme, voyant le Christianisme fleurir parmi les peuples qu'il avait évangélisés jusqu'alors, se rendit au Japon [1549], qui était divisé en plusieurs royautés subordonnées à un empereur (Dairi). François avait également fait traduire en japonais le Symbole de la foi, avec des explications. Malgré les mauvaises dispositions de ce peuple et l'opiniâtre résistance des bonzes, il parvint à poser les fondements de l'Église du Japon, surtout à Amangouchi, et dans le royaume de Bungo, où, dans l'espace de deux ans et demi, il réussit à baptiser plusieurs milliers d'idolâtres. Plus tard, quelques princes japonais embrassèrent le Christianisme, et envoyèrent, en signe de leur pieuse reconnaissance, une ambassade au pape Grégoire XIII [1582], qui l'accueillit avec joie. Xavier eut encore le vif désir, avant de mourir, de porter l'Évangile dansla Chine, parce que les Japonais lui avaient souvent objecté que les Chinois lettrés n'avaient pas encore embrassé le Christianisme. Après avoir surmonté d'incroyables obstacles, il aborda dans l'île de Sancian, à six milles du continent de la Chine. Là était marqué le terme des train India et Japonia Evangelium propagavit, libb. IV. Roma:, 1594, et aussi Epp. Franc. Xav., libb. IV. Paris., 1631 ; Maffei, Hist. Indicur., libb. XII. Flor., 1538, in-fol. ; WUlmatm, t. II, p. 9 sq.
240 § 349. — missions étrangères.
vaux et des courses apostoliques de l'héroïque missionnaire : il resta douze jours étendu, sans secours, sur le rivage, et mourut le 2 décembre 1552, en s'écriant : « Seigneur, c'est » en vous que j'ai mis ma confiance, je ne serai pas con- »> fondu ! » <s
Les Jésuites coutinuèrent l'œuvre de saint François. Le Père Nobili apparut dans les Indes, avec l'autorisation de l'archevêque de Chandernagor, sous la forme et les habitudes d'un brahme pénitent CSanias), évita le contact des parias, gagna la confiance et l'estime des brahmes, en convertit soixante-dix, qui entraînèrent facilement à leur suite une nombreuse population. Ce mode de conversion, ce système d'accommodements, occasionna entres les Jésuites et les Dominicains la longue controverse sur les usages malabares, dont le pape Grégoire XV avait été mal informé [1623]. En 1587, le Japon (1), qui comptait déjà deux cent mille chrétiens, deux cent cinquante églises, treize séminaires et un noviciat de Jésuites, vit éclater une violente persécution contre le Christianisme. Les Jésuites reçurent l'ordre de quitter en masse le pays ; mais la protection de quelques princes leur permit de s'y maintenir encore. A peine le calme fut-il rétabli que le zèle indiscret des Franciscains alluma fia persécution et la jalousie des Hollandais contre les Portugais porta enfin le dernier coup à l'établissement du Christianisme dans l'île. La persécution qui s'éleva alors [1596] arrosa le sol du Jnpon, plus abondamment qu'aucune contrée du monde, du sang des chrétiens. Ce sang ne serait-il pas le gage d'une restauration future (2) ?
Le désir d'évangéliser la Chine survécut à saint François dans son ordre. Les Jésuites surent résoudre et vaincre, avec le zèle ingénieux que donne la charité, les graves difficultés et les opiniâtres préjugés que leur opposaient, les
(1) Grasset, Hist. de l'Église du Japon. Paris, 1715, 2 vol. in-4; P. de Charlevoix, Hist. du Christian, dans l'emp. du Japon. Rouen, 1715, 3 vol., par M. D. L. G. Paris, 1836, 2 vol. Cf. Fabricius, 1. cit., p. 678.
(2) Tanner, Societas Jesu usque ad sanguinis et vitae profusionera militans. Prajj.. 1675.
Chinois (4). Ils en étudièrent avec soin les mœurs, le caractère, les habitudes; tour à tour savants, artistes, mécaniciens, ouvriers, ils se firent tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ. Trois Jésuites, parmi lesquels se distingua surtout Matth. Ricci [1582-1610] trouvèrent accès en Chine (2). Ricci, habile mécanicien, parvint à se faire accueillir à la cour, et obtint l'autorisation de s'établir à Canton, et plus tard à Nanking. 11 bâtit un observatoire, acquit une grande considération, et en profita pour répandre les principes de l'Évangile et gagner à la vérité, outre beaucoup de simples habitants, quelques mandarins. Sa réputation lui ouvrit le chemin de Peking [1600], et lui valut la protection de l'empereur, dont il obint l'autorisation de construire une église, après avoir converti plusieurs grands de la cour. Il mourut en 1610, et fut enseveli avec pompe. On remarque parmi ses successeurs, aussi actifs que lui, Adam Schall, de Cologne [dep. 1622] (3), qui devint président d'une société mathématique de Peking, et obtint aussi la permission de bâtir des églises. Malheureusement la controverse qui s'éleva entre les Jésuites et les Dominicains, sur les usages chinois, ralentit les succès de la mission; nous en parlerons au § 375. En 1661, les ministres de l'empereur, encore jeune, profitant de sa minorité, suscitèrent un commencement de persécution aux chrétiens etfirent emprisonner les missionnaires. Cependant les Jésuites reconquirent la faveur impériale, sous le règne de Khanghi, monté sur le trône en 1669, et firent élever un monument à la mémoire d'Adam Schall, qu'avait remplacé le Néerlandais Verbiest. Plusieurs circonstances heureuses augmentèrent la faveur dont jouissaient les Jésuites. Telles furent les leçons que Verbiest donna à l'empereur, les services qu'il rendit aux Chinois par une sorte de canons fort commodes de son invention,
(1) Stuhr, la Religion d'État en Chine. Berlin, 1835 ; Idem, Système religieux des peuples païens de l'Orient. Berlin, 1830, p. 9 et suiv.; Abel de Rêmusnt, Mélanges asiat. Paris. 1825, 2 vol. ; Nouveaux Mélanges. Paris, 1829, 2 vol.
(2) Wertheim, Ricci. Nouv. Revue théol., 1833, 3* livr.
(3) Schall, Relatio de initio et progressa missionis Soc. Jesu in regno Chin. Vien., 1665 ; Rat., 1672; Wittmann, t. II, p. 138 scr.