‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 85 sur 332 · III. • U · texte numérisé non relu

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242 § 349. — missions étrangères.

et la paix obtenue entre les Chinois et les Russes [1689] par l'entremise du Père Gerbillon. Ainsi le Christianisme gagnait de jour en jour en Chine; malgré le petit nombre de missionnaires, on y comptait vingt mille chrétiens. Louis XIV envoya un renfort de six Jésuites, fort habiles mathématiciens, et, en 1692, la prédication de l'Évangile fut légalement autorisée dans le Céleste-Empire.

En Amérique, la propagation rapide du Christianisme était arrêtée par l'intelligence bornée des Indiens, dont on mettait parfois en doute les droits et la dignité (1), comme hommes, malgré les décisions formelles de Paul III en leur faveur [1537]. D'ailleurs la plupart des Dominicains Espagnols ne montraient plus le* zèle apostolique des anciens missionnaires. Ces difficultés n'effrayèrent pas les Jésuites animés encore de toute l'ardeur d'un ordre naissant. Six Jésuites parmi lesquels le Père Emmanuel Nobréga,se rendirent au Brésil [1549], apprirent rapidement la langue du pays, et parvinrent à faire embrasser la doctrine sévère et les mœurs chastes du Christianisme à des peuplades si sauvages et si féroces, qu'elles mangeaient leurs ennemis et s'abandonnaient aux excès les plus monstrueux. En 1551, on érigea l'évêché de Saint-Salvador pour ces nouveaux convertis. Mais la mission la plus importantes des Jésuites fut celle du Paraguay (2).

Les Espagnols avaient découvert le Paraguay, situé sur les bords de la Plata, en 1516, et s'en étaient emparés en 1536. Les premiers essais de conversion avaient été faits sans grand succès parles Franciscains [1380-82]. Trois Jésuites qui arrivèrent dans la province de Tucunam, en 1586, furent plus heureux. D'après l'expérience qu'ils avaient des hommes etla connaissance de l'histoire, ils résolurent de s'y prendre comme les missionnaires du moyen âge à l'égard des peuples germains, en identifiant la conversion de ce peuple sauvage avec sa civilisation politique et la culture du

(1) Robertson, History of America; Noticias sécrétas de America, por don /. Juan y don Ant. de Ulloa, sacadas a luz por don Dav. Barry. Lond., 1826; Wittmann, t. I, p. 18 sq.

(2) Muratori, Christianismo felice nelle missioni nel Paraguay. Venet., 1743, in-4 ; Charlevoïx, Histoire du Paraguay, Paris, 1756, 3 vol. iu-4; Wittmann, t. I, p. 28-117.. Prescott, Histoire de la confluête du Mexique.

pays lui-même, et en formant peu à peu, des paroisses chrétiennes du Paraguay, un État indépendant. Ils en obtinrent l'autorisation de Philippe III, roi d'Espagne [1610], avec cette clause, qu'ils avaient demandée, qu'aucun Espagnol ne pourrait, sans le consentement des Jésuites, pénétrer dans les Réductions fondées par l'ordre. Ils formèrent rapidement de leurs néophytes dociles, des ouvriers, des artistes, des agriculteurs, des soldats; ils leur procurèrent des armes et de l'artillerie pour se défendre contre leurs voisins, et les amenèrent ainsi peu à peu, aux habitudes régulières de la famille et de la vie civile ; l'exécution des lois était confiée à des confréries religieuses. Les Jésuites s'étaient réservé le soin des malades ; leurs connaissances médicales, l'ingénieuse et prudente charité des Pères au milieu des épidémies fréquentes et dangereuses du pays, leur assurèrent rapidement l'empire des âmes. La colonie prospéra pendant cent vingt ans, la population s'accrut peu à peu de 200 âmes à 280,000 partagées en trente réductions. Malheureusement cette prospérité fut troublée par les discussions qui s'élevèrent entre eux, l'évêque Berrnadin de Cardenas [1640], et Jean de Palafox, évêque d'Angélopolis [1647]. On ne leur épargna aucune espèce d'incrimination, et on alla jusqu'à les accuser de n'avoir cherché autre chose dans le Paraguay, que des trésors.

Leur mission dans la province voisine de Ghiquitos n'était pas moins florissante que celle du Paraguay. On y déplore encore aujourd'hui la malheureuse expulsion des Jésuites, qui a certainement arrêté pour des siècles la civilisation indo-américaine (\).

En Afrique, la religion chrétienne fit bien moins de progrès, et l'activité des Capucins y fut restreinte aux colonies portugaises le Mozambique, le Monomotapa et Quiloa à l'Orient, le Congo, Angola, Benguela, Cacongo et Loango à l'Occident, et aux îles françaises de Bourbon et de France. Les missionnaires y furent entravés surtout par les difficultés du climat et la dépravation des races saunages qu'ils rencontrèrent.

(l) Bach, les Jésuites et leur mission de Chiquitot, dans l'Amérique du Sud, publ. par Kriegh. Leipzig, 1843.

§350. — Science théologique dans ? Église catholique.

Cf. du Pin, Nouv. Biblioth des auteurs ecclés. Schrœckh, Hist. de l'Église depuis la réforme, P. IV, p. 1-127. Richard Simon, Hist. crit. des principaux commentaires. Voyez t. II, p. 577-591.

Tout se tient d'une manière vivante dans l'histoire. ïl ne se fait pas un mouvement dans un sens qui ne retentisse dans toutes les directions. C'est ainsi que la lutte contre le protestantisme, les discussions qui s'élevèrent dans le sein même de l'Église, et l'institution des ordres nouveaux, excitèrent un mouvement scientifique très-prononcé. Les attaques des protestants dirigèrent l'attention vers la dogmatique, dont on s'occupa sérieusement, non pas, comme jadis, au point de vue spéculatif, mais surtout au point de vue historique, le plus nécessaire dans la cause contre les prétendus réformateurs. Si les Jésuites rendirent des services signalés à la science théologique, les autres ordres ne furent ni moins actifs ni moins utiles. Les Dominicains espagnols se glorifièrent avec raison des travaux de Melchior Cano, que ses remarquables connaissances littéraires firent envoyer par l'université de Salamanque au concile de Trente, où il se distingua parmi les plus savants [*j- 1560]. Les douze livres intitulés Loci theologici sont un des ouvrages les plus éminents de ce fécond écrivain. C'est une excellente introduction à la dogmatique. On y trouve d'utiles recherches sur les sources, l'importance, l'usage delà dogmatique, ses rapports avec les autres branches de la science, l'application delà philosophie à la théologie (1).

Le plus savant théologien de la Compagnie de Jésus fut sans contredit, Denys Petau, d'Orléans [1583]. Ses travaux sont si solides, si complets, si pleins de sagacité, que quiconque étudie la théologie doit les consulter avec le plus grand soin. Outre la publication des écrits de plusieurs historiens ecclésiastiques et de quelques philosophes (Épiphane, Synésius, Nicéphore, l'empereur Julien, Thémistius), et son ouvrage historique et astronomique intitule

(l) Cf. Dict. ecclés. de Frib. s. v. Cano.

dans l'église catholique. 245

Rationale temporum, qui a fait époque, ses Dogmata theologica, éveillèrent la plus vive attention. C'est une exposition de la vraie doctrine professée par l'Eglise catholique dans tous les temps, opposée aux enseignements variables des hérétiques, malheureusement restée incomplète par suite de la mort de l'auteur [1652]. On a de la peine à croire que la vie d'un homme ait pu suffire à des œuvres aussi considérables, aussi consciencieuses, aussi exactes et aussi remarquables sous tous les rapports. La latinité du Père Petau est en général facile et heureuse, son exposition claire et méthodique ; il associe d'une manière large et ingénieuse l'histoire et la dogmatique, et sa profonde connaissance de la philosophie platonicienne lui a permis de relever les nombreux emprunts faits à Platon parles Pères de l'Église.

Dans la polémique religieuse qu'entraînaitnécessairement la controverse des protestants, on remarqua de bonne heure Eck (Enchiridion locorum communium adv. Lutherum et alios hosles ecclesiœ, Landeshuti, 1525), Cochlaeus, Stanislas Hosius. On connaît moins l'excellente Théologie allemande publiée par l'humble et pieux Bertold, évêque de Chiemsée (lac de Chiem), à Munster, en 1528. Ce traité polémique et dogmatique est un des ouvrages le plus intéressants de la littérature catholique allemande (1). Mais le plus éminent de tous ces théologiens est certainement Robert Bellarmin né dans le Florentin [1542], entré dans l'ordre des Jésuites [1560]. Sévère à l'excès envers lui-même, infatigable au travail, ne s'écoutant jamais, il parvint à composer des écrits dont on ne peut comprendre le nombre et la solidité qu'en se rappelant la vie sainte et dévouée de l'auteur. Après avoir prêché avec distinction, il professa avec plus de succès encore les diverses parties de la théologie, et composa une grammaire hébraïque, une biographie des écrivains ecclésiastiques très-estimée (De scripioribus ecclesiasticis), et le grand et célèbre ouvrage de controverse intitulé: Disputationes de controversis christianœ Hdei articulis libb. IV (2). Bel-

(l) Le mérite d'avoir rappelé l'attention sur ce traité presque oublia appartient aux Feuilles hist. et polit., t. VII, p. 113-124.

(3) Parut à Rome en 1581-92, 3 vol. in-fol . Recudi curavit Fr. Sausen. Mogunt., 1842.

larmin connaît à fond toute la littérature protestante, les oeuvres de Luther, Mélanchthon, Calvin, Bèze, des Sociniens, et en général de tous les ennemis de l'Église cathot lique. Son élévation au cardinalat ne lui fit point changer de mœurs et d'habitudes, et sa vie simple et laborieuse était une critique vivante de celle du pape et des hauts dignitaires de l'Église. Aussi l'éloigna-t-on de Rome en le nommant archevêque de Capoue [f 1620J. Le livre qu'il adressa à son neveu (Admonitio ad episcopum Thean.) prouve de quelle manière sérieuse il embrassa ces nouvelles fonctions, comma son livre Scala ad Deum nous fait connaître les profonds sentiments de piété, de dévouement et de résignation de sa belle et sainte âme. A la même époque Pierre Canisius fut aussi utile au clergé qu'aux laïques par la publication de son grand et de son petit Catéchisme [15o4] sous le titre de Summa doctrinœ Christianœ. Le catéchisme romain (1) publié en 1666 ne fit pas oublier ceux de Canisius.

Des ouvrages polémiques moins volumineux furent composés par les Jésuites Grégoire de Valencia [7 1603], François Coster [-{-16 19] Enchiridion controversarium nostri temp.) et Martin Becanus {Manuale controv. libb. V), don, les deux derniers jouirent d'une grande faveur. Les travaux sur les dogmes en particulier ne manquèrent pas non plus. Les jansénistes Nicole et Arnauld se distinguèrent par leur défense de l'Eucharistie contre les théologieus réformés (Perpétuité de la foi catholique).

Ces temps de controverses dogmatiques n'avaient pas été très-favorables aux ouvrages de Morale proprement dits. Cependant on en vit paraître un assez grand nombre sous les diverses formes de la scolastique, de la casuistique, de la mystique ou de l'ascétisme. Outre quelques opuscules d'Érasme et de Louis Vives, on dut aux Jésuites des traites complets ou partiels de morale tels que ceux de Toiet [ti596j,Sanchez[+1610],Vasquez[1604],Leymann[fl63o], Escobar [fl669] et Busembaum [-f 1668], dont le livre intitulé : Medu/la theolog/'œ moralis facili ac perspicua methodo resolvens casus conscientœ, etc. Monast.lQ45, fut le plus ré-

(i) Catech. romanusex decreto conc. Trid.ad et priucipem Manutianam ann. 1566, ed. Ritter. Vrat., 1837; ed. Rom., 1845.

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