CONTROVERSE SUR LE FILTOQUE
énergie au projet de faire entrer par force l'impératrice et ses filles dans un couvent. L'empereur et Bardas, furieux de cette résistance, firent, sur de fausses accusations, déposer le patriarche et ses adhérents, et nommèrent à sa place Photius, parent de l'empereur et laïque encore [858], Un concile de Constantinople [8o9] déposa à son tour Photius ; mais de serviles évêques, partisans de la cour et soutenus par elle, cherchèrentà justifier la déposition d'Ignace. La cour impériale s'adressa à Nicolas 1", dans l'espoir de faire reconnaître Photius et disparaître le schisme de l'Eglise de Constantinople. Photius lui-même déplora hypocritement la contrainte qui lui avait imposé le patriarcat. On ne put tromper le pape qui envoya des légats à Constantinople ; ceux-ci, privés de tout moyen de parvenir à la vérité, incessamment poursuivis par Photius, finirent par déclarer son sacre valahle. Mais tout ce qu'ils avaient fait fut annulé par le pape Nicolas, qui les excommunia et déposa de nouveau Photius [863]. L'aigreur et la désunion entre les deux Églises augmentèrent encore lorsque le roi des Bulgares, dont les sujets avaient été convertis par les Grecs, entra en rapport avec Rome [866]. Photius mit alors en avant qu'avec l'empire le siège de la primauté avait passé de Rome à Constantinople ; il réveilla tous les sujets de discussion qui s'étaient élevés entre les deux églises (1), et parmi lesquels, selon la remarque faite plus tard par l'archevêque Théophylacte, il n'y eut d'important que
la Controverse sur le Filioque (2).
C'est par là que Photius parvint à aveugler les Grecs. Ceux-ci, en effet, en étaient restés à la décision du deuxième concile œcuménique de Constantinople [381] : « le Saint- -Esprit procède du Père ; » tandis qu'en Occident, les écrits de saint Augustin et de Léon le Grand(3) avaient fait mieux
(1) Phot'à ep. 2, dans Montacutius, p. 247 sq.
(2) Le Quien, Dissert, de processione Spiritus sancti (avec son éd. 0pp. Joh. Damasceni, t. I); Walch, Historia controvers. Grocor. et Latinor. de process. Spiritus sancti. Jena, 1757.
(3) Aurjuslin. da Triait. IV, 20 : « Nec possumus dicere quod Spiritus sanctus et a Filio non procedat, neque enim frustra idem Spiri-
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connaître et comprendre la doctrine des rapports du Père avec le Fils et lo Saint-Esprit, et qu'on y enseignait, d'après les grands théologiens cités tout à l'heure, que le Saint- Esprit procède du Père et du Fils. Les Pères de l'Église d'Orient étaient, en ce point, d'accord avec ceux de l'Occident (1) ; seulement ils se servaient plus volontiers de l'expression : lo Saint-Esprit procède du Père par le Fils (otâ ToO Y'ioü). Dès le V siècle, on introduisit en Occident, ei surtout en Espagne, contre les Visigoths ariens, l'expression Filioque (2) dans le Symbole, de sorte qu'on professait : le Saint-Esprit procède du Père et du Fils (3). Au VHP siècle on adopta également, en France, cette formule. Les Grecs, d'ailleurs mal disposés, crurent voir dans cette formule une erreur de foi, malgré l'unanimité de l'Occident ;
tus et Patris et Filii Spiritus dicitur. Nec video quid aliud significare voluerit, cjuum sufflans in faciem discipulorum ait : « Accipite Spiritum sanctum. » Neque enim featus ille corporeus substantia Spiriritus sancti fuit, sed demonstratio per congruam significationem, non tantum a Pâtre, sed et a Filio procedere Spiritum sanctum. » Cf. V, 14; XV, 29, 47. « Si quidquid habet de Pâtre habet Filius : de Pâtre habet utique, ut de illo procedat Spiritus sanctus. »
(1) H ßaatXf/r] àyaOo'ir]; xat ô •/.atà çuaiv àyia^ixô; y.al to ßaatX'.zöy à|iwp.a £■/. ~a.xrjj- otà too [iovoysvoj; in'. -6 7:v£ij[J.a oirjxît. Basil, de Sp. S. c. 18. A'Çtwjj-aTi [jlÈv yip os'j-rEps'JS'.v TOij utoj Tcap' aoToù' sîvat iyjov TCap' auTou Aarjiöavov zaï àvayysXov fj[j.îv.,. Id. Adv. Eunom. III, 1. — E y. ToD' -a-pô; £x-opsuo'[j.cvoy y.a\ toO' uiou Xap.6avd;jtîvov . Epiph. heer. 79, n. 18, 52, et en d'autres endroits, — h mxxpôi r/.-opcuo[i.£vov, Ix-oS uiou >.ap.6avo[i.£vov. Greg. Nyss. de Sp. S. in Mai. collect. VII, II, p. 15. Il y a aussi des Pères grecs qui nomment le Fils la source du Saint- Esprit, T.riyri -ou àyiou 7:v£'j[j.axoîj, comme ils nomment le Père la source du Fils, Tcrjy}) toC! uiou. Conf. Petav. Theolog. doginat. de Trinit., lib. VII, c. 3-7. Hergenrœther, Doctrine de la sainte Trinité, d'après Grég. de Naz. Ratisb., 1850, et Dict. ecclés. de Frib., t. lY, p. 766. Un jugement très-remarquable est celui de Holden, analysis , fidei : « Qui ex pâtre iilioque procedit » hac formula explicatior et | magis exquisita videbatur Concilii Patribus, quam Gnccorum loquendi modus — qui a pâtre per füium procedit — tametsi forsitaii haec discrepentia in verbis magis quam in re ipsa sita sit, seposita malevola hœreticorum intenlione, qua Spiritus sancli Deitatem impetere conati sunt, quod Patribus Concilii suspectum fortasse notum fuit. »
(2) Conc. Tolet. I, an. 400; Tolet. III, an. 581 : « Credimus et in Spiritum sanctum. Dominum et ^Wiucàiovem, ex Paire et Filio iwocedentem, cum Pâtre et Filio adorandum et conglorificandum. » (Harduin, t. III, p. 472; Mansi, t. IX, p. 9Sl.)
(3) Saint Jean, XIV, 15.