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HISTOIRE DE LA PAPAUTE

Vitce Roman, pontif. par Pandulphus Pisan., cardinal, de Grégoire VIT à Alexandre III. Bernard Guido (dominicain français, et plus tard évêquede Lodève, -f- 1331), de Victor II à Jean XXII. Nicol. Ros^ selius, Aragonius card. sur Honorius III, et dans Murât. Script, rer. Ital. t. III, P. I, p. 273 sq. Amalricus Augerii, Augustin français, de S. Pierre à Jean XXII, important depuis Innocent lll (Eccard. t. II, et Murât., loco cit., t. III, P. II). — Parmi les travaux, ceux de Fleury, principalement de Dœllinger, Manuel de l'hist. ecclé.=iast., t. II, p. 131-276, plus explicite et plus exact que tous ses prédécesseurs dans des ouvrages de cette étendue. Cf. aussi Planck, Hist. des instit. soc. de l'Eglise chrét., t. IV, P. I (Hist. gén. du pontificat, du XP au XIIP siècle). Phillips, Droit eccl.,t. III, P. I.

A. De Grégoire VII à Caliite II : depuis le commencement de la querelle des investiture» jusqu'à sa conclusion par le concordat de Worms ]1122].

§ 214. — Le pape Grégoire VII [1073-1085] (1).

Greg. VIL Registri s. epp. libb. XI (lib. X manque), dans Mansi, t. XX, p. 60-391; Harduin. t. VL P. I, p. 1195-1515. Cf. encore Udalrici Babenbergens. Codex epistol. rassemblé vers 1125 (Eccard. Corp. hist. t. II). Dans le temps où l'on méconnaissait et méprisait le plus grossièrement Grégoire VII, un protestant s'éleva seul contre tous; ce fut Gaa6, Apologie du pape Grég. VII, essai.

(1) Parmi les contemporains pour Grég. Bonizo, voy. § 188. Paulus Bernridens, de vita Greg. VII (Mabill. Acta sanctorum ord. B. seec. VII, P. Il, et Murât. Scriptor. t. II. P. I; avec d'autres défenseurs danà Gretseri 0pp. t. VI; ; Bruno, Hist. bell. Saxon. 1073-82 (Freheri, 1. 1)'. Bernoldus, presb. Constant, (aussi Bernoldus et Berlholdus). Hist. sui temp. 1054-1100 contin. par Herrn. Contr. (Usserm. Monum. rès Allemann, illustr. t. II). — Contre Grégoire, Benno, card. de l'antipape Clém. III, de Vita et gest. Hildebr. libb. II, ouvrage plein da

Tub., 1792. Justification de Grég. VII. Presb. et Frib., l'TSß, 2J.

Voigt, Hildebrand ou le P. Grégoire. VII ("SVeimar, isis). Vienne, 1819, U'ad. en français par l'abbé Jœger, 1S37. On vante l'impartialité de l'ouvrage de l'Anglais Boivden sur Grégoire VII. Siolberg- Herz, P. XXXVI. Katerkamp, Hist. ecclésiast. P. V, p. 1-121. E.Noris, Istoria deile investiture délie digniià eccles. Mant., I74i, in-fol. Sdilosser, Hist. univ. t. II, P. II, p. G94-782. Lttde;?, Hist. du peuple aJlem. t. VIII, p. 463; t. IX. Gfrœrer, Hist. ecci,, t. IV, P. 2-5. Hefele, Hist. des C, t. V, p. 1-166.

Le calme sinistre qui précède l'orage régnait à Rome, au moment où mourut Alexandre II. A peine inhumé, le peuple et le clergé romains s'écrièrent d'une voix : « C'est « Hildebrand que Pierre élit pour son successeur. » Les cardinaux, pour se conformer au décret de Nicolas II, donnèrent leur consentement à l'élection populaire. Hildebrand, à qui sa position dans Rome et ses fréquents voyages politiques avaient révélé toutes les difficultés du gouvernement de l'Église pour un pape consciencieux, résista, sans feinte humilité, à son élévation. Il pria, comme « évêque élu de Rome, » le roi Henri IV de ne pas confirmer son élection, et le menaça même, s'il la confirmait, de ne pas laisser impunis, un jour, les vices et les crimes du prince (1). Le roi, néanmoins, ratifia ce qui s'était passé, et ce fut la dernière confirmation d'un pape par le pouvoir temporel.

Fidèle, même après sa mort, à son maître Grégoire VI, Hildebrand prit le nom de Grégoire VII. Plus actif que jamais contre l'abus des élections anticanoniques des évêques et des abbés par le pouvoir temporel, contre la simonie et le concubinage des prêtres, il se mit à l'œuvre de la réforme de l'Église, dont il déplore amèrement les scandales dans ses lettres (2). « J'ai souvent prié Dieu, dit-il,

contradictions ;Benzo, év. d'Albe, Panegyricus rhythmicus in Henric. III, imper. (Mcnken, Scriptor. rer. Germ. t. I, p. 957.) (>*<&«>•/, év. de Liège, de Vita et obitu Henrici IV {Goldasti Apolog. pro Henrico IV. Kann., icii, in-4). Les chroniqueurs Lambert d'Aschaffenb., Marianus Scotus, Otto de Freisengen et même Siegbert, impartial dans ses jugements. Cf. Stengel, Hist. d'Allem. et des empereurs franconiens, t. II, p. 55.

(1) « Ne assensum prœberet attentius exoravit. Quod si non faceret, certura sibi esset quod graviores et manifestes ipsius excessus nuUatenus impunitos toleraret. » Dans Baron, ad annum 1073, n" 27.

(2) Cf. Greg. Epp. lib. Il, ep. 49.

GRÉGOIKE VU. 271

« ou de me délivrer de la vie présente, ou de me rendre « utile à notre mère commune ; il ne m'a pas délivré de <( mes douleurs, et ma vie n'a pu être, selon mon désir, « utile à la tendre mère que j'aime. — L'Église d'Orient a « perdu la foi véritable et les infidèles l'attaquent de toute « part. Qu'on jette les yeux vers l'occident, le sud ou le « nord ; où y a-t-il encore des évoques qui soient arrivés à <c leur dignité par les voies légales, dont la vie soit cona forme à leur titre, qui soient animés de l'amour du Christ « et non d'une ambition mondaine? Oià sont les princes qui « préfèrent la gloire de Dieu à la leur, et la justice à leur « intérêt? Les hommes au milieu desquels je vis, et je le « leur dis souvent, Romains, Lombards, Normands, sont « tous pires que des juifs et des païens. Et, ajoute-t-il, si « je me considère moi-même, je me sens tellement accablé « du poids de mes péchés, que je n'ai plus d'espoir de « salut que dans la miséricorde du Sauveur. » Grégoire commença par renouveler, sous les plus fortes menaces, au concile de Rome, 1074, les anciens décrets concernant le céhbat. Ils excitèrent une réaction beaucoup plus vive que celle qu'avaient produite les ordonnances des papes antérieurs, Clément II, Léon IX, Victor II, Nicolas II, et Alexandre II, parce que Grégoire en appelait davantage à l'intervention du peuple pour l'exécution de ses décrets (1). Les prêtres mariés se soulevèrent; mais le peuple, désireux de voir un clergé plus pur, se rangea du côté du Père commun des fidèles (2). Il fallait, pour que le but fût complé-

(1) Grégoire dit : Sed nec illi qui in crimine fornicationis jaceut, missas celebrare aut secundum inferiores ordines ministrare altari debent. Statuimus etiam (V. § 85) ut si ipsi fuerint contemptores nostrarum, imo SS. Pairum constitutionum, populi ntillo modo ïllorum officia recipiant. Ut qui amore Dei et officii dignitate non corrigantur, verecundia SHäculi et objurgalione popw/i resipiscant. (Ep. ad Otton. Episc. Cens.),

(2) Lambert Schafaah. ad an. 1074 : « Adversus hoc decretum infremuit tota factio clericorum ; hominem plane htereticum et ve?ani dogmatis esse clamitans, qui oblitus sermonis Domini qui ait : Non omnes capiunt hoc verbum, etc. » On faisait les objections les plus diverses contre l'obligationdu célibat. On en appelait à S. Paul, et le chap. 13 sq. conc. Rom. an. 1074, réfutant ces objections, dit : " Quidam etiam videntur sibi nimium sclioli (scioli ?), asserentes iucontinentiam sacerdotibus esse concessam in illo : unusquisque suam

lement atteint, déraciner avec l'incontinence du clergé la simonie qui en dépendait, et que favorisait surtout l'usage des investitures.

Un second concile de Rome [1075] décréta donc (1) : « Que quiconque accepterait de la main d'un laïque un « évêché, une abbaye ou une fonction ecclésiastique infé-

nxorem habeat; melius est nubere quam uri (1 Cor. VII, 2, 9) ; oportet ergo episcopum irreprchensibilem esse, unius uxoris virum, etc. (1 Tim. III, 2 ; et Matth. XIX, 11). » On apporte ici des preuves historiques de l'existence antérieure du célibat. L'histoire de Paphnuce au concile de Nicée, souvent citée par les ennemis du célibat et déjà démontrée apocryphe par Bernoldus; plus tard Baronius, Bellarmin et d'autres ont douté de la vérité de cette assertion (Bolland. Acta sanctorum mens. sept. t. III, p 784 sq.). Les ecclésiastiques des diocèses de Cambrai et de Noyon exposèrent, dans deux écrits de Tan 1076, leurs griefs contre Rome et contre leurs évêques, qui ne voulaient pas ordonner leurs enfants ; voyez un récit très-cru de ce mouvement par un contemporain inconnu dans Marlene, Thesaur. anecdot. t. I, p, 320 sq. Mais Grégoire, sérieux et décidé, tint ferme pour son idéal du prêtre, et publia, la même année, le vigoureux décret suivant: « Si qui sunt presbyteri, veldiaconi, vel subdiaconi, qui in crimine fornicationis jaceant, interdicimus eis, ex Dei parte omnipotentis, et sancti Pétri auctoritate, ecclesiœ introitum, usquedum pœniteant et emendent. Si qui vero in peccato suo perseverare maluerint, nullus vestrum eorum audire praesumat officium : quia benedictio eorum vertitur in maledictionem, et oratio in peccatum. Domino testante per prophetam : Maledicam, inquit, benedictionibus vêstris. (Mansi, t. XX, p, 433. Gratian. décret dist. 81, c. 15.) — Mais Grégoire savait aussi exciter l'enthousiasme pour le célibat par des .paroles pleines de noblesse et d'élévation : « Multum namque débet npbis videri pudendum quod quilibet saeculares milites quotidie pro Itêrreno principe suo in acie consistunt, et necis perferre discrimina ,vix expavescunt; et nos, qui sacerdotes Domini dicimur, non pro illo lidstro Rege pugnemus, qui omnia fecit ex nihilo, quique non abhorrait mortis pro nobis subire dispendium, nobisque promittit meriitiim sine fine mansurum ? » Greg. Epp. lib. III ep. 4 ; Mansi, t. XX, ■p. 190; Harduin, t. VI. P. I, p. 1326 sq. — Les évêques qui parta- ■géaient cette haute pensée de Grégoire ne manquaient pas, tels que Hahnon de Cologne, le Hildebrand allemand, que Lambert d'Aschaffenb. dépeint ainsi : « Eo moderamine, ea industria atque auctoritate rem tractabat, ut profecto ambigeres pontifical! eum an regio nomine digniorem judicares, atque in rege ipso, qui in cultu atque socordia pœne prteceps ierat, paternam virtutem et paternos mores brevi exsuscitaret. » Conf. Palma, Prœlection. bist, ecclesiast., t. III, p. 19 sq. c

(1) Sur les deux conciles, cf. Mansi, t. XX, p. 403 sq. ; Harduin^ t. VI, P. I, p. 1521 sq. Cf. Palma, loco cit., t. III, p. 8-18.

« rieure, serait déposé; que tout prince qui donnerait l'in- « vestiture de pareilles dignités serait exclu de la commu- » nion de l'Église. » La pensée secrète de ce décret était d'arracher les évêques au servage de la féodalité et de conquérir la liberté des élections ecclésiastiques. ^( Gela (( est nécessaire, dit Grégoire avec une franche hardiesse, « quelque dommage qu'en souffre la féodalité; ce n'est « d'ailleurs pas une innovation, ce n'est qu'un des plus « anciens droits de l'Église. » Il fallait donc aussi désormais déterminer les rapports et leslimitesdes deux pouvoirs, c'est-à-dire résoudre un des problèmes les plus difficiles de ce monde.

Grégoire ne pensait pas, comme on l'a dit trop souvent, fonder une monarchie universelle, dans laquelle tous les princes et les rois seraient les vassaux du pape ; car, même en demandant, après la mort de Rodolphe, au nouveau roi d'Allemagne, qu'on allait éhre, le serment de servir dans la milice du pape {militia), il prétendit, non pas faire du roi un vassal, mais l'obliger à garantir à l'Église romaine ses droits et ses possessions (1). L'impôt qu'il exigea des

(1) Greg. Epp. lib IX, ep. 3 ad episc. Pataviens. : « Qua de re quid promissionis sacramento sancta Rom. Ecclesia ab iUo (qui est eligendus in regem) requirat, in sequenti significamus : Ab hac hora et deinceps fidelis ero per rectam fidem beato Petro apostolo ejusqua vicario papœ Gregorio, qui nunc in carne vivit : et quodcumqua mihi ipse papa prœceperit, sub bis videlicet verbis : per veram obedientiam, fideliter, sicut oportet christianum, observabo. De ordinatione vero ecclesiarum, et de terris vel censu, quee Gonstanlinua imperator vel Carolus sancto Petro dederunt, et de omnibus ecclesiis vel praediis, quœ apostolicse sedi ab aliquibus viris vel mulieribus aliquo tempore sunt oblata vel concessa , et in mea sunt vel fuerint potestate, ita conveniam cum papa ut periculum sacrilegii et perditionem animée mese non incurram : et Deo sanctoqua Petro, adjuvante Christo, dignum honorem et utilitatem impendam : et eo die, quando illum priinitus videro, fideliter jjer manus meas mites sancti Pétri et illius efficiar. — Les historiens qui se sont beaucoup occupés de ce serment n'auraient jamais dû omettre que dans la même lettre à l'évêque de Passau, et comme s'il avait pressenti qu'on pourrait mal interpréter ce serment et s'en scandaliser, le papa ajoutait : « Verum quoniam religionem tuam apostolicae sedi fidelem et promissis tenernus, et experimentis non dubitamus, ,de his si quid rninnendum vel augendum censueris, non tamen prœtermissu integro ßdeidatis modo et obedienliœ promissione, potestati tuœ et fidei, rpiam beato Petro debes, commiltmus. » (Mansi, t. XX, p. 343 ; Harduin, t. VI, P. I, p. 14810

princes et des provinces n'était pas, non plus, le tribut d un feudataire, mais c'était un signe de fidélité, de dévouement et de soumission à l'autorité spirituelle du souverain pontife. Enfin, Néander, écrivain protestant, par conséquent parfaitement impartial dans la question, a trèsbien réfuté le reproche si souvent adressé à Grégoire, quant à l'origine du pouvoir temporel (1). Nous trouvons dans Grégoire et d'autres écrits de son parti, le développement d'une idée d'après laquelle le pouvoir sacerdotal est le seul pouvoir vraiment institué de Dieu, et capable de faire rentrer toute chose dans l'ordre. « Le pouvoir des princes, dit « Hildebrand, a pour origine l'arbitraire et le crime : l'é- « galité primitive des hommes a été violée par ceux que le n brigandage, le meurtre, les plus violentes passions ont « élevés au-dessus de leurs semblables. » Cette opinion devait singulièrement relever et fortifier le courage et la dignité des hommes, courbés sous le poids de la tyrannie dans le moyen âge. Cependant Grégoire, dans d'autres passages, et quand la controverse ne l'entraîne pas si loin, reconnaît aussi que la puissance royale est d'institution divine, qu'elle a ses limites légitimes et doit être subordonnée à la puissance papale, qui domine toutes les autres. Les deux pouvoirs, selon l'expression du pape, sont comme le soleil et la lune dans la nature, comme les deux yeux du corps humain. Et il complète et confirme cette idée par les expressions suivantes, dans lesquelles le pape démontre la nécessité de l'union et du concours sincère des deux pouvoirs. « La puissance temporelle, dit-il (2), s'accroît, « et la vie de l'Église se consolide d'autant plus que l'har- « monie et l'union sont plus intimes entre le sacerdoce et « l'empire. »

Nous pensons donc rendre exactement l'idée de ce grand pape en disant (3) : Grégoire, voyant le monde dans le

(1) Cf. Néander, Hist. ecclésiast., t. V, P. I, p. 112

(2) Gregor. Epp. lib. I, ep. 19 ad ann. 1073.

(3) hefele, dans la R.evue trim. de Tub., aim. 1836, livr. IV, p. 676 sq. Luden, Hist des peuples allem., t. VIII, p. 468 et 471, explique de la même maiiièie la principale tendance de Grégoire : « Ce qui, selon l'idée de Hildebrand, doit être réalisé par l'Église dans ce monde peut se résumer en trois propositions qui dépendent les unes des autres ; sainteté et unité de l'Église par le pape et sous

mal, et sentant que le pape seul pouvait sauver le monde, conçoit le vaste plan d'une théocratie universelle. Elle entbrassera dans son sein tous les royaumes chrétiens : l€s commandements de Dieu seront la base de sa politique. Le pape la présidera. Son pouvoir spirituel sera à l'égard du pouvoir royal ce que le soleil est à la lune, à laquelle il communique la lumière et la chaleur, sans que, cependant, jamais la papauté puisse détruire le pouvoir temporel ou enlever aux pinnces leur souveraineté. Mais aussi, ceux-oi s'abaisseront nécessairement devant la souveraineté sviprême de Dieu, dont ils tiennent leur royaume. Le refus du prince à cet égard l'exclura de l'alliance théocratique et le rendra incapable d'être le représentant de Dieu parmi les peuples chrétiens. Lorsque tous les trônes de la terre s'appuieront sur le siège apostolique, alors seulement la justice, l'harmonie, la paix et l'unité régneront sur la terre (1).

sa direction; liberté et indépendance de l'Église et de tout ce qui la concerne vis-à-vis de toute puissance temporelle ; subordination de tout pouvoir temporel et de tout ce qui s'y rapporte à l'Église et à son chef, le pape. — Dans tous les cas, le plan de Hildebraud est né du plus généreux sentiment qui puisse faire battre le cœur humain. Il est né d'une tendre commisération envers les malheurs des hommes, dn désir intime de détruire la cause de ces malheurs, et d'une intelligence capable d'exécuter ce plan miséricordieux. C'était un essai d'amélioration et de civilisation sous la forme religieuse et par la foi chrétienne. On fait injure à Grégoire quand on lui dénie l'amour des hommes, quand on doute même de sa piété ; il est bien plus vraisemblable que tout son plan était le fruit de la chanté et de la religion. » — Cf. aussi Ratisbonne, Vie de saint Bernard : « Son idée (de Grégoire VII), c'est la grande idée catholique; l'unité de son plan, c'est de catholiciser le monde en rattachant tous les pouvoirs sociaux à la hiérarchie ecclésiastique; sa mission, c'est de régénérer, par l'action centrale de la papauté, d'une part, la puissance spirituelle, de l'autre, la puissance politique, afin de les réharmoniser dans un foyer commun. » (Page 68, Introd., 2° ed., 1843.) (1) Ces conséquences sont en partie les Mngt-sept propositions de ce qu'on appelle le Dictatus Grég. VII (lib. II, ep. 55; Mansi, t. XX, p. 168 sq.; Harduin, t. VI, P. I, p. 1304), dans lesquelles le pape doit avoir réuni tout ce qui constitue la grandeur et la sphère d'autorité de la papauté, et avoir ainsi exposé au monde son système en quelques ^propositions claires et faciles à comprendre. B rron. ad. aun. 1076, n° 31, les tient pour authentiques, ainsi que Chr. Lupu.; in Kotis et diss. ad concilia; elles ne sont pas réputées authentiques par Laumi (Epp. lib. VI, ep. 13). Pagi Crit. in Baron, ad. ann.

En jugeant les actions de Grégoire d'après cette idée, tout s'explique et se coordonne. Son plan, consistant à fonder la vie politique des États sur les principes du Christianisme, apparaît dans sa grandeur, et l'on conçoit qu'il dut obtenir l'assentiment unanime des esprits généreux qui, dans ces temps de violences, sentaient vivement la nécessité d'une autorité morale capable de dominer et de dompter la force brutale des puissances temporelles. Du reste, cette idée de théocratie universelle n'était pas nouvelle. Seulement, Grégoire en exposa le système avec plus de précision et en poursuivit résolument l'exécution, La subordination du pouvoir temporel au pouvoir spirituel qui en resssortait, avait déjà été proclamée par Grégoire le Grand (1) et était devenue une conviction générale, fortifiée qu'elle était d'ailleurs par l'idée même de la féodalité. Les princes ne possédaient leur royaume que comme un fief qu'ils tenaient de Dieu. Se révolter contre Dieu ou son Éghse les rendait coupables de haute trahison et indignes de leur fief. Et c'était au pape, vicaire de Jésus-Christ et représentant de Dieu sur la terre, à prononcer le jugement dans ces cas.

Tout, dans Grégoire, concourait à la réalisation de son idée : volonté ferme, qu'animait un dévouement sans bornes aux intérêts de l'Église ; intelligence eminente, qui comprenait rapidement les affaires les plus difficiles et trouvait non moins vite le moyen de les résoudre ; caractère vigoureux et fier, sans jactance ni présomption. Toujours digne dans ses paroles et ses actions, il n'était ni vain de son propre mérite, ni orgueilleux de son pouvoir, et ses ennemis mêmes rendaient justice à la pureté de ses mœurs, à sa vie irréprochable. Il donna la pi'euve la plus évidente de son désintéressement sincère dans sa réponse à la pieuse Mathilde, reine d'Angleterre (2), qui lui offrait tout ce

1077, n° 7, Kf Natal. Alex. Hist. ecclesiast. saec. XI et XII, diss. III. — D'autres enfin, et peut-être avec raison, y voient en grande parlie les vrais principes de Grégoire, rassemblés par un compilateur assez inhabile. — Ainsi Schrœckh, Hist. ecclés., P. XXV, p. 519-21, et Néander, Hist. ecclés., t. I, p. 157.

(1) Gregor. M. epist. lib. III, ep. 65 : « Ut terrestre regnum cœlestl regno famuletur. » Cf. Lingard, Hist. d'Angleterre, t. III.

(2) Greg. Epp. lib. VII, ep. "ZQ : « Quod, filia carissima, quœ susce-

qu'il lui demanderait de ses biens : « Ce que je préfère à Vor, aux diamants, aux trésors de ce monde, ce que je veux de vous, c'est une vie chaste, charitable envers les pauvres, pleine d'amour pour Dieu et votre prochain. » Enfin Grégoire était aussi libre des préjugés de son siècle que profondément pieux; ainsi on le vit supplier le roi de Danemark d'empêcher de toutes ses forces qu'on persécutât dans ses Etats de pauvres innocentes femmes, accusées de sorcellerie, et auxquelles on attribuait tous les orages et toutes les épidémies. Cherchant partout des instruments capables de l'aider dans sa prodigieuse activité, il tira souvent, contre leur gré, de la solitude des monastères, les hommes les plus austères et les plus prudents, pour les mettre sur le chandelier et faire briller leur lumière dans le monde. Il avait toute autorité dans la haute Italie, car la margrave Beatrix et sa fille Mathilde le respectaient comme leur père spirituel, et se trouvaient heureuses de mettre à sa disposition leur pouvoir, leurs forteresses et leurs trésors (1). Mais c'était surtout l'Allemagne qui attirait son attention et son activité. Résolu de réaliser l'idée qui dominait sa vie, Grégoire rencontra bientôt les plus violents obstacles dans la personne de Henri IV, dont une vicieuse et déplorable éducation avait fait un prince irrésolu, fantasque, débauché et despote. Plus qu'aucun autre prince, Henri tenait aux investitures. Il avait élevé à l'épiscopat presque tous les chanoines du chapitre de Goslar, parmi

pimus dilectione, et quae munera a te optamus, sic intelligas. Quod enim aurum, qiue gemmœ, qufe muiidi hujus pretiosa mihi a te magis sunt exspectanda, quam vita casta, rerum tuarum in pauperes distributio, Dei et proximi dilectio? Htec et his similia a te munera optamus : ut intégra et siraplicia diligas Nobilitatem Tuam precamur, dilecta obtineas, habita nunquam derelinquas. » Cf. lib. VII, ep. 21 ad Aconum, regem Danorum.

(1) Leur promesse dans Baron, ad. ann. 1074. n° 10: « gaod non tribulatio, non angustia, non famés, non periclum, non perseeutio, etc., poterit eam separare a charitate Pétri in Christo Jesu Domino nostro. » — Schlosser dit : « Sa vie (de Grégoire) resta pure comme elle l'avait toujours été, au dire même de ses plus violents ennemis, et la calomnie, qui plus tard voulut faire de ses rapports avec Mathilde un commerce illégitime, est aussi misérable que ridicule. » (Hist. Univ., t. II, P. II, p. 720.) Neander, Hist, ecclés., t, V. P. I p. 197, juge de même.

n. is

lesquels il se plaisait à séjourner, et dont ses mœurs dissolues avaient fait des courtisans corrompus, Grégoire prit d'abord le ton de la bonté et adressa au roi des remontrances paternelles. Henri promit humblement de s amender, et ne tint point parole. Mais lorsque le pape vit les conseillers impériaux, bannis par Alexandre II pour crime de simonie, réinstallés dans leurs charges, les maîtresses de Henri se parer impudemment des pierreries enlevées aux églises (1), les Saxons indignement opprimés par leur vainqueur, il éleva la voix et devint menaçant [janv. 4076], Cité à Rome pour se justix^ier, Henri répondit au pape en le faisant déposer par une diète composée de lâches et serviles évoques, qu'il réunit à Worms [24 janv. 1076]. Adalbert, évêque de Wurtzbourg, et Hermaara, évêque de Metz, se prononcèrent seuls contre cet acte inouï et contraire à tous les canons : « Preuve évidente, dit Néander, de la « nécessité d'un chef qui gouverne l'Église, et qui seul « peut empêcher les évêques et les abbés de devenir les « instruments aveugles de la puissance temporelle, n Les griefs que ces évêques imputèrent au pape étaient ridicules et indignes : Fempereur so fit une coupable joie de les reproduire dans la lettre qu'il adressa sous ce titre à Grégoire : « Henri à Hildebrand, non pape, mais moine aposu tat. » A son tour, Grégoire prononça un anathème terrible contre Henri, en présence de cent dix évêques, qui firent le vœu de mourir pour le pape et sa dignité méconnue (2). Alors se formèrent divers partis, qui bientôt se

(1) « Gemmœ (ecclesiarutn) autem distractae quibvisdam meretriculis donatae sunt, » est-il dit dans Hist. archiep. Bremensium de Lindenhrog, p. 94; et dans Bruno, Hist. belli Saxonici, on lit: « Binas vel ténias concubinas simul habebat ; nec his contentus, cujuscumque filiam vel uxorem juvenem et formosam audierat, si seduci non poterat, sibi violenter adduci prcecipicbat. Aliquando etiam ipse, uno sive duobus comitatus, ubi taies esse coïnoverat, in nocte pergebat, et aliquando acti sui mali compos etlicitur, aliquando vero vix effugiebat, ne a parentibus amatée sive marito occidereur. Uxorem suam, quam nobilem et pulchram suasicnibus principiim invUus duxerat, sic exosani habebat ut post nuptias celebratas eam a se separare quœreret, ut tune quasi licenter illicita faceret, quum hoc quod licebat conjugium non haberet. » {Struve, t. I, p. 176.) A ces reproches les amis de Henri ont levé les épaules, mais ils ne les ont jamais niés.

(2) Cf. Voigt, I. cit., p. 410-424. Vienne.

GRÉGOIRE VII. 27f

combattirent avec ardeur, la plume à la main et l'cpée au poing (1).

Les partisans de Henri reprochèrent au pape, comme un crime inouï, de s'être élevé au-dessus de toute loi divine et humaine, en essayant de délier les sujets du serment de fidélité envers leur souverain. La puissance des princes est d'institution divine, disaient-ils en s'appuyant sur les textes du Nouveau Testament qui font un devoir de Tobéissance envers ces puissances (2) ; aucune autorité sur la terre ne peut s'altribuer le droit de rompre ce lien d'obéissance, puisque les Apôtres eux-mêmes se sont soumis aux empereurs païens, môme à un Néron, et ont recommandé cette soumission.

Les partisans du pape admettaientlasainteté du serment, mais prétendaient que, dès qu'il se rapporte à des choses contraires à la loi divine, il perd sa force obligatoire. Ja-

(1) Le scolastiqae Guenrich, dans la lettre écrite au nom de Dietrich, évèque de Verdun, à Grégoire, se place au point de vue le plus extrême :,« Non est novum homines Sceculares saeculariter sapere et agere; novum est autem, et omnibus rétro sœculisinauditum, pontifices régna gentium tam facile vellc dividere. » Il en appelle au précepte de saint Paul, quant au devoir envers les puissances et à la prétendue inviolabilité du serment, Hebr. VI, 16-18 (Martene et Durand, Thesaur. novus anecdot., t. I, p. 220 sq.). On trouve, au,. contraire, l'explication du point de vue de Grégoire dans Gregor. VII, Epp. lib. IV, ep. 2, surtout lib. VIII, ep. 21, ad Herimaniium, episc. Metensem (Mansi, t. XX, p. 331 sq. ; Harduin, t. VI, P. I, p. 146» sq.). Cf. suppl. dans Maasi, t. XX, p. sn. — Gieg. ep. adGermanos: « Audivimus inter vos quosdam de excommunicatione, quam in regem fecimus, dubitare, ac quœrere utrum juste sit excommunicatus, et si nostra sententia ex auctoritate legalis censurae, ea qua debuit deliberatione, egressa sit. Les défenseurs de Grégoire, dans Gehliardi, archiep. Salisburg. ep. ad Herimann. episc, Motcnsem [iOSi], dans Tengnayel, Vet. Monum. cont. schismaticos. Inglost., i612, in-4. — Les paroles suivantes sont aussi caractéristiques dans l'exposition de l'opinion des parties qui se combattaient. Bernold. Const. : « Recte faciendo nomen régis tenetur, alioquin amittitur; unde est hoc vêtus elogiura: Rex eris si recte facis ; si non facis, non eris (Usserm. Monum., t. II, p. 57); comme plus tard Gei'hoh (Geroch) de Reichersb. [-j- 1169] dit: « Ordo clericalis cujus nimirum est officium, non solum plebeios, sed etiam reges increpare, atque egibus aliis decedentibus , alios ordinäre. » (Exposit. in Ps. XXXIX.) Pez, Thesaur. anecdot. noviss., t. V, p. 636. Waltram. Naumburg, de Unitate Ecclesiœ et imperii ronservanda. vers 1093 (Freheri Si'ipt , t. I).

(2) Rom. XIII. 1 sq.; Pierre II, 13-17; Tite III, 1.

mais, disaient-ils, un serment ne peut obliger les sujets à obéir à un prince, dans sa révolte contre celui que Dieu a préposé à la conduite de toute la chrétienté. Le prince excommunié devient incapable de toute fonction civile ; personne ne peut plus communiquer avec lui.

Rien ne put ébranler Grégoire dans la conviction de son droit et la légitimité de ses actes. Il en appela à la conduite du grand saint Ambroise vis-à-vis de Théodose, du pape Zacharie à l'égard du dernier des Mérovingiens, lorsqu'il délia les Franks du serment de fidéhté envers Childéric. Le Christ, demandait-il, a-t-il fait une exception en faveur des princes, lorsqu'il donna à Pierre la mission de paître tout son troupeau, et le pouvoir de lier et de délier ? — On répondait, ainsi que le répéta plus tard Waltram, évêque de Naumbourg, le défenseur passionné de Henri IV, qu'Ambroise, en excommuniant l'empereur, n'avait puni que le chrétien, sans troubler par là les rapports entre le prince et ses sujets, et qu'il avait rendu à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui appartient à César. Néanmoins, l'anathème lancé contre l'orgueilleux Henri produisit un effet prodigieux ; car, sans pouvoir encore s'étayer de preuves historiques, on sentait généralement que, dans le principe, l'Eglise avait eu une pleine autorité sur la Germanie encore païenne, et que l'empire d'Allemagne, sorti pour ainsi dire du giron de l'Église, reposait sur une base chrétienne et devait nécessairement continuer à s'appuyer sur elle. Henri se vit bientôt délaissé de tous côtés. Les Saxons reprirent courage. Les grands vasseaux d'Allemagne abandonnèrent le roi, les évêques eux-mêmes, qui l'avaient servilement secondé d'abord, se soumirent à Rome et témoignèrent leur repentir. La diète de Tribur [octobre 1076] obhgea Henri à s'abstenir de l'administration du royaume et à se faire relever del'anathèmc du pape dans le courant de l'année. Henri, profondément humilié, entreprit, avec sa femme lierthe, son fils et un ami fidèle, le pèlerinage de Canossa, pour faire pénitence (1). Grégoire, peu confiant dans le caractère irrésolu du roi, et par considération

(1) Lanwert. Schrifnaburg. ad ann. 1076 en parle en détail; cf. Kutzen, le pape Gii'goire VII et le roi Henri IV à Canossa (Gazetî® de théol. et de philos, cath, de Bonn, livr. II, p. 90).

GREGOIBE VII. 281

pour les princes d'Allemagne outrés contre 1 empereur, ne voulut pas l'entendre d'abord. On s'interposa, on intercéda avec force ; il consentit alors à lever l'excommunication, si l'empereur promettait de se justifier devant un concile d'Allemagne, présidé par le pape, justification d'après laquelle on lui rendrait ou non l'empire. Grégoire célébra le saint sacrifice en signe d'une réconciliation complète et sincère, et, comme gage de réintégration dans l'Église, donna à l'empereur le corps sacré du Seigneur (1).

Que si Grégoire ne poursuivit pas tout d"abord son plan avec la même rigueur à l'égard de Guillaume le Conquérant en Angleterre, et de Philippe, roi de France, qui avait répudié sa femme Berthe et vivait illégitimement avec Bertrade, c'est que, homme d'Etat aussi prudent que pontife zélé, il avait pesé les circonstances graves où il se trouvait, et ne voulait pas exciter à la fois et tout d'un coup tous les rois contre lui. Quand une décision prompte devenait nécessaire, Grégoire ne la faisait point attendre, comme il le montra dans les affaires de Boleslaw de Pologne (2).

Les doutes du pape à l'égard de Henri n'étaient que trop fondés. L'empereur, séduit par les flatteries et les promesses des seigneurs lombards et de quelques évêques d'Italie, oublia ses serments. L-rités de ce parjure, les princes allemands élisent à Forchheim, et malgré l'opposition de Grégoire, le duc Rodolphe de Souabe. L'archevêque de Mayence, Siegbert, couronne le nouvel élu qui reconnaît à l'Allemagne seule le droit de l'élire. Henri prend les armes : il est de nouveau excommunié par Grégoire, qui, après avoir hésité longtemps, reconnaît Rodolphe [nov. 1077]. Cependant le pape désire entendre dans un concile tenu à Rome [1078] les députés des deux partis qui déchirent et ensanglantent l'Allemagne. Mais les plaintes contre

(1) Et non pas, selon le récit tout à fait suspect de Lamb. d'Achaffenb. : « Que Grégoire aurait consumé le corps du Christ comme jucfement de Dieu, dans les accusations dont il était l'objet, et aurait provoqué Henri à en agir de même. » Voyez Luden, Hist. des peuples allem., t. IX, p. bSO, contre Stenzel, Hist. des emp. francon., t. I, p. 4H. Cf. Dœllinger, 1. cit., p. 145.

(2) Couf. Vita S. Stanisl. dans Bandtkie, 'éd. chronic. Martini Gall., p. 319-80.

Henri redoublent, et, pendant que le pape l'excommunie une troisième fois, dans le concile de Rome [1080], et proclame derechef Rodolphe, la faction de Henri élit, de son côte, l'antipape Clément HI (Guibert, archevêque de Ravenne), qui anathématise à son tour Rodophe et Guelfe, duc de Bavière. Grégoire alors en appelle aux Normands, donne l'investiture à leur duc, Robert Guiscard, qui renouvelle entre les mains du pape son serment de fidélité. Sur ces entrefaites, Rodolphe meurt à la suite de ses blessures. Henri marche aussitôt sur Rome, l'assiège à plusieurs reprises [1081-84], et finit par s'en emparer. Grégoire, réfugié dans le château Saint-Ange, demeure ferme et invincible au milieu du péril, et convoque un nouveau concile, auquel il demande de désigner le véritable auteur de tous les maux qui affligent l'Etat et l'EgUse. Fier de ses succès à Rome, Henri fait rééhre son antipane, en reçoit la couronne impériale pendant qu'en Allemagne on élit le comte de Salza, Hermann de Luxembourg. Cependant les évêques des deux partis, fatigués de ces troubles inouïs, se réunissent au synode de Gerstungen [1085], et prétendent y terminer cette lutte longue et sanglante, non plus par le sort des armes, mais par les arrêts de la science et l'autorité des livres (1).

Robert Guiscard accourt au secours de Grégoire, le délivre et l'emmène à Salerne ; là le pape renouvelle, dans un dernier synode, l'excommunication de Hem-i, et, s'adressant pour la dernière fois à la chrétienté : « Tout s'est 3) soulevé et conjuré contre moi, dit-il, parce que j'ai dû » me résoudre à arracher l'Église à la servitude. Quoi ! )) tandis qu'il est permis à la plus pauvre femme de sema- » rier suivant les lois de son pays et selon son gré, il ne )) serait pas permis à FÉglise, l'épouse du Christ et notre » mère, de rester attachée à son époux ! Non, jamais je )) n'ai pu consentir à ce que des hérétiques, des intrus, des 1) parjures soumissent à leur pouvoir des enfants de l'É- » glise et souillassent celle-ci de leur déshonneur et de » leurs crimes (2). » J'ai aimé la justice, dit-il enfin en

(1) Kunstmann, le Synode de Gerstungen (Gazette de ihéol. de Frib., livr. IV, p. lie sq.) (âj Conservé dans la Chronique de Verdun, où il a été pris par

» mourant [23 mai 1085], j'ai haï Finiquité, et c'est pour- » quoi je meurs dans l'exil (1) ! Admirable commentaire de son héroïque vie !

Vaincu en apparence, Grégoire meurt dans son triomphe; car sa grande pensée lui survit tout entière, et l'Église ne songe plus qu'à s'affranchir par l'indépendance des évoques de toute puissance temporelle. L'autel devient un asile contre les violences du trône ; peu à peu les villes, instruites aux leçons de Grégoire, s'affranchissent et préparent de loin la liberté du genre humain. En admettant que le plan et la conduite de Grégoire ne furent pas toujours exempts d'exagération, qui ne reconnaîtrait néanmoins qu'ils méritent, parleur grandeur, autant d'admii-ation et de respect que les victoires des Romains ? Quiconque exalte Grégoire s'élève lui-même ; le louer, c'est fonder sa propre gloire, et c'est pourquoi les plus nobles esprits de son temps, les plus hautes intelligences de tous les temps l'ont apprécié à sa juste valeur et l'ont admiré comme il le mérite (2). Le pape Benoît XIII le canonisa en 1728.

§ 215. — Victo)^ ///[1086-87[; Urbain II [1088-89].

Yiclor ni, Chron. monast. Cassin. (Muratori, Script, rerum Ital, t. YI p. 151); Mansi, t. XX, p. 630. Les biographies de Pantmlpfu

Mansi, Appendix altera, epp. 15 ad omues fidèles, t. XX. p. 628-30.

(1) Paul Bernried (et tous les chroniqueurs sont d'accord avec lui presque mot pour mot) Vita Greg. VII, c. 108 : « Adstantibus ei eiîiscopis et cardinalibus, eumque pro laboribus sauctae conversationis et doctrinfe beatificantibus respondit: Ego, fratres mei dilectissimi, nuUos labores meos alicujns moment! facio, ia hoc soluramodo confidens quod semper dilexi justitiam et odio habui iniquitatem, propterea morior in exilio. »

(2) Cf. le même manifeste contre Grégoire, l'Ep. Theoderici, episcopi Virdunensis, édita ex persona ipsius a Guenrico, scholastico Trevirensi, dans Marlene et Durand, Thesaur. novus anecdot. t. I p. 215. L'Église le glorifie en ces termes dans son office : Universam Ecclesiam mirifice illustravit. — Sicut sol effulsit in Ecclesia Dei : — libertati Ecclesiœ restituendse, extirpandis erroribus et corruptelis tanto studi'j incubait, ut ex apostolorum aetate nul! us pontificium fuisse tradatur qui majores pro Ecclesia Dei labore? niolesiiasque pertulerit, aut qui prorsus libertate acrius pugnaverit. — Vir vere sanctus, criminum vindex etacerrimus Ecclesiae defeusor — pluribus iil vita et post mortem miraculis clarus.

284 § 215. — VICTOR inj

Pisan et Bernard. Guidon. (Muratori, t. III, P. I, p. 351); d'après et avec ces sources, Riùnarl, dans MabiUon, et Ruinart Opera posth. Paris., 1724, iu-4. Cf. surtout Bernoldus Constant, dans Ussermann, Monumenta rerum Alem., etc., t. II. — Urbani H Epist. et docum. dans Mansi, t. XX, p. 642 sq.; Harduin, t. VII, P. II, p. 1627 sq.

L'influence que Grégoire avait exercée sur l'élection de ses prédécesseurs s'étendit sur celle de ses successeurs. Il avait désigné Didier, abbé du Mont-Cassin, Othon, cardinal-évêque d'Ostie, et Hugues, archevêque de Lyon. Didier fut élu, malgré le parti puissant qu'avaient à Rome le roi Henri et l'antipape Guibert. Mais ce ne fut qu'au bout d'un an d'interrègne que, vaincu par la triste situation de l'Eglise et les instances du concile de Capoue, le pieux moine consentit à quitter sa solitude et à succéder à son saint ami, sous le nom de Victor III. Le principal fait de son court pontificat fut un concile des évoques deCalabre etd'Apulie, qui excommunia l'antipape et condamna sous peine d'anathème toute investiture temporelle. Victor désigna, comme Grégoire, le cardinal-évêque d'Ostie, qui, après une résistance de six mois, lui succéda sous le nom d'Urbain II. Quoique la puissance de Henri et de l'antipape Clément dans la haute et moyenne Italie no permissent pas à Urbain d'entrer à Rome, il fit connaître son élévation à toute la chrétienté par une encyclique qui proclamait les principes de Grégoire. La comtesse Mathilde seule alors était restée fidèle au pape et à l'Église. Elle espéra fortifier sa puissance en épousant le duc Guelfe de Bavière ; mais il se sépara d'elle dès qu'il apprit qu'elle avait depuis longtemps légué entre les mains de Grégoire ses biens à l'Éghse, pour le salut de son âme (1). L'Allemagne était toujours dévastée par dos guerres religieuses et civiles ; partout on voyait les hommes, effrayés des scènes sanglantes du monde, se réfugier dans les cloîtres pour y

(1) L'acte de donation après la Vita Mathildis a Donizonc scripta (d'abord Baron, ad an. 1102, n» 20; Muratori, Script, t. V, p. 384) : « In nomine sanctae et individuae Trinitatis,... ego Mathildis, Dei gratia comitissa, pro remediis animée meœ et parentum meorum, dedi et obtuli Ecclesiœ sancti Pétri, per intervcntum domini Gregorii VII, omnia bona mea, jure proprietario, tam qute tune habueram, quam ea quœ in antea acquisitura eram, sive jure successionis; omnia, sicut dictum est, periuaaum domini Gregorii VII,

rîiBAiN ir. 283

trouver le repos et le calme (1). A peine la lutte entre Henri et le roi Hermann fut-elle apaisée parla renonciation de ce dernier [1088], que Conrad, fils aîné de Henri, s'éleva contre son père [1093], tandis que Praxède, seconde fe::3me de l'empereur, dévoilait, au concile de Plaisance (2), les infâmes turpitudes de ce prince, et le rendait plus odieux et plus méprisable que jamais. Ce même concile fit de sévères menaces contre les prêtres incontinents et simoniaques. Le concile de Clerraont [nov. 1095] se prononça plus résolument encore contre V hommage rendu au princes et aux seigneurs féodaux parTÉgiise : cet hommage fut déclaré dangereux à la liberté de l'Eglise, par cela qu'il obligeait l'évêqueà être, sous tous les rapports, au service et sous la dépendance absolue de son seigneur suzerain, et qu'une opposition, née même de causes toutes religieuses, pouvait être considérée comme une violation de l'hommage et une félonie. Nul prêtre, nul évêque ne devait, par conséquent, prêter l'homraage-lige entre les mains d'un roi ou d'un laïque quelconque (3). On voulait que désormais, en

Romanse Ecclesiee dedi et tradidi, et chartulam inde fieri rogavi. Sed quia chartula nusquam apparet, et timeo ne donatio et oblatio mea in dubium revocetur, ideo ego, quœ supra comitissa Mathildis, iterum a prœsenti die dono et offero eidem Roman?e Ecclesiae, par manum Bernardi, cardinalis et legati ejusdem Rom. Écilesiae, sicut in illo tempore dedi per manum domini Gregorii omnia bona mea, etc. » Cf. Raumer, Hist. des Hohenst., t. I, p. 289, 295 sq. L'appendix récemment publié ad Ph. L. Dionysii opus de Vaticanis

cryptis auctoribus in Rom. Achigym. professoribas Sarti et Set-

telenis, Romae, 1844, démontre par des documents l'authenticité de ce célèbre acte de donation.

(1) Bernold de Constance en donne la preuve en parlant de deux couvents souabes : « Eo tempore duo Teutonicorum monasteria, cum suis celhilis, regularibus disciplinis instituta egregia poUebant quippe cœnobium sancti Blasii in Nigra Silva et sancti Aurelii, quop Hirsaugia dicitur. Ad qure monasteria mirabilis multitudo nobilium et prudenlium virorum hac tempestate in brevi confugit, et depositis armis evangelicam perfectionem sub regulari disciplina exsequi proposuit, tanto, inqusm, numéro ut ipsa monasteriorura œdificia necessario ampliarent, eo quod non aliter eis locum coramanenûj^haberent. In his itaquo monasteriis nec ipsa exteriora officia per seeculares, sed per religiosos fratres administrantur. » Cf. surtout ad an. looi (Ussermann, t. II, p. 148).

(2) Cf. Bernold. Constant, ad an. 1095.

(3J Synod. Clarom. can. 17: « Ne episcopus vel sacerd...s régi vel

place du lien de vasselage entre les rois et les évêques, il n'y eût que l'obligation générale qui lie les sujets au prince. Tel en effet avait été le but de tous les efforts de Grégoire : arracher les évêques à la servitude féodale, conquérir la liberté de l'Église, la liberté des élections ecclésiastiques, la liberté de l'administration des fonctions cléricales.

Une nouvelle circonstance vint alors singulièrement rehausser l'autorité du pape et faciUter l'exécution de ses plans. Urbain publia la première croisade. L'Europe entière se voua, corps et biens, à la réalisation de cette idée : le pape, qui ne luttait contre la violence des rois, la barbarie des mœurs, la corruption du clergé, que pour le triomphe d'une idée, avait donc tout à gagner dans ce triomphe nouveau des esprits. Aussi put-il sans danger, au sein même de la France, excommunier Philippe et Bertrade, dont Ives de Chartres, avec une hardiesse tout apostolique, avait déjà cherché à réprimer les désordres en s'écriant (1): « Que le roi fasse contre moi tout ce qu'avec la permission )) de Dieu il voudra et pourra ! Qu'il m'emprisonne, qu'il » me proscrive ! J'ai résolu de souffrir pour la loi de Dieu, )) et nulle considération ne pourra me contraindre à parta- » ger la faute de celui dont je ne veux point partager le » châtiment. » Le retour d'Urbain en ItaUe et à Rome devint un véritable triomphe. Le dernier acte important de ce pape fut l'investiture du comte Roger comme légat perpétuel de Sicile [monarchia ecclesiastica Siciliœ), et cette délégation devint le germe de longues discussions entre les papes et les rois de Sicile (2).

§ 216. — Les croisades.

Willehn. Tyr-us [f après 1188], Hist. belli sacri, lib. XXIII {Bongars, t. I). Anonymi belli sacri historia in Mablll. muséum, t. I, P. II, p. 130. Boiujars, Gesta Dei per Francos, etc. Hann., 1611, 2 t.

alicui laico in raanibus ligiam fidelitatem faciat. » (Mansi, t. XX, p. 817; Harduin, t. VI, P. II, p. 1719.) C'est ce que dit déjà Grégoire VII. Cf. de Maren, de Concord. sacerdot. lib. I. Mêmes décisions du concile de Clermont, can. 15, 16, 18.

(1) Jvo Carnotens., pp. 15 et ep. 20.

(2) Cf. Mansi, t. XX, p. 6c9. Gaufred. Malaterra, dans son Hist. Sicula, lib. IV, c. 29 (Muratori, t. V, p. 601 sq.).

in-lol. Michaud, Hist. des Croisades. Paris, 1830. Wilken, Hist. des Croisades d'après des docum. orient, et occident. 1807-1832, y vol. Sybel, Hist. de la première croisade. Dusseld., 1841. Cf. aussi Räumer, Hist. des Hohenst. 1. 1, p. 37-231. Ralisbonne, Vie de saint Bernard.

Les croisades furent le second mouvement général de l'Europe germanique. Elles caractérisent parfaitement cette période de l'histoire du monde, et méritent à ce titre une attention particulière. Elles sont une preuve merveilleuse de l'influence que l'Église exerça, au milieu des circonstances les plus difficiles, sur les peuples germains, en répandant, parmi les grands comme parmi les petits, l'esprit chrétien, en leur faisant préférer la possession des biens invisibles à celle des biens terrestres, accomplir leurs devoirs en conscience et non plus par contrainte, et en les remplissant d'un enthousiasme religieux tel que tout à coup les princes et les peuples se précipitèrent à la conquête de la ville sanctifiée par la présence et la mort du Sauveur. Elles sont une des plus belles victoires du Christianisme ; car elles nous montrent les descendants de ces Barbares, qui autrefois abandonnèrent les contrées solitaires et glacées du Nord pour conquérir des régions plus douces et plus fertiles, animés aujourd'hui d'un esprit de conquête tout opposé à celui de leurs ancêtres, abandonnant leurs biens, leurs terres, leurs possessions, en un mot tout ce que l'homme terrestre aime et désire, pour réaliser au prix des plus dures privations, des plus rudes épreuves, de la plus complète abnégation, une grande et féconde idée chrétienne. Cet esprit nouveau, qui durant les migrations des peuples, avait porté jadis les princes a, entrer dans l'i^lglise et à y entraîner leurs sujets à leur suite, dans l'espoir de consolider à la fois le trône et l'ordre public, va pousser maintenant les peuples eux-mêmes à suivre les exhortations de l'Éghse et l'exemple des princes, sans qu'aucune contrainte soit plus nécessaire, là où la voix de Dieu môme semble commander au cœur de l'homme (1). Cette lutte magnanime, dans laquelle le

(1) Cf. Vr'illelm. Tyrius, Hist. belli sacri, lib. I {Bongars, t. I, p. C40}.

pieux enthousiasme des chrétiens se trouvera en présence du fanatisme religieux des Sarrasins, avait été préparée de loin, par une série d'événements liés les uns aux autres.

Depuis la mort du Christ, de toutes les contrées du monde on n'avait cessé d'affluer à Jérusalem. L'exemple de sainte Hélène, mère de Constantin le Grand, avait particulièrement encouragé les chrétiens. L'église bâtie sur l'emplacement même du saint Sépulcre était devenue le lieu de pèlerinage le plus fréquenté du monde. Une multitude de chrétiens s'étaient rendus en Palestine dans le X^ et le XP siècle, les uns par dévotion, les autres par crainte et pour fuir les désordres de l'Etat et de l'Église qu'agitait la querelle des investitures. Dès 999, Sylvestre Il avait imploré le secours de l'Eglise au nom de Jérusalem dévastée. Déjà Grégoire VII, en apprenant les vexations infligées aux pèlerins [1074], se voyait en pensée à la « tête d'une armée délivrant le saint Sépulcre. Nos pères, » écrivait-il (2), ont souvent visité cette terre sacrée pour » consolider la foi catholique, et nous aussi, soutenus par » les prières de tous les chrétiens, nous irons y défendre )) notre foi et nos frères, dès que la voie s'en ouvrira pour » nous, parla grâce du Christ; car la voie des hommes )) n'est pas entre leurs mains, et c'est le Seigneur qui les » conduit. » Au concile de Plaisance [1095], on entendit les plaintes et les prières de l'empereur grec Alexis ; à son tour, mais plus éloquent, plus confiant, plus enthousiaste qu'aucun autre, Pierre l'Ermite vint raconter les angoisses des chrétiens d'Orient et proclamer, au nom du Christ, l'ordre de les sauver. Pierre et Urbain II se rencontrent au concile de Clermont. Le pape, tout ému, y parle au peu-

(2) Greg. Epp. lib. II, ep. 31 : « Jam ultra quinquaginta millia ad hoc se préparant, ut si me possuiit in expeditione pro duce ac ponîifice habere, armata manu contra inimicos Dei volunt insurgere, et usque ad sepulcrum Domini ipso ducente pervenire. » Une seconde lettre dans la même circonstance ad omnes christianos lib. I, ep. 49; une troisième au comte de Bourgogne, lib. I, ep. 46. Il est dit de Victor III [108(3] dans Chronic. Cassin. lib. III, c. 71 : « De omnibus fere Italife populis christianorum exercitum congregans atque vexillum beati Pétri apostoli illis contradens, sub reraissione omnium peccatorum contra Saracenos in Africa commorantes direxit. » ■

» pie (1) : « La terre où s'est levé le soleil de la vérité, où I) le Fils de Dieu a daigné vivre, où il a enseigné et souf- » fert, où il est mort et ressuscité après avoir accompli » l'œuvre de la Rédemption, cette terre sacrée est tom- » bée entre les mains des Gentils; le temple de Dieu a été » profané, les saints ont été tués et leurs corps sont dc- » venus la proie des bêtes ; le sang des chrétiens a coulé » comme de l'eau dans Jérusalem et autour de ses murs, )) et nul ne vient les ensevelir. Plein de confiance en la t) miséricorde divine, et en vertu de l'autorité de saint 0 Pierre et de saint Paul, dont je suis le dépositaire, je » donne indulgence pleine et entière (2) à tous les chré- » tiens qui, animés d'une sincère dévotion, prendront les » armes contre les infidèles; quiconque mourra, durant « ce saint pèlerinage, dans les sentiments d'une vraie » pénitence, obtiendra la rémission de ses péchés et la vie » éternelle, »Dieu le veut! s'écria le peuple d'une voix. Une croix figurée sur l'épaule droite (3) devint le symbole de l'oîuvre acceptée par l'enthousiasme général. Ce signe, toujours sous les yeux des croisés, devait leur rappeler que les sentiments et les pensées de chacun étaient les pensées et les sentiments de tous, et qu'ainsi il n'y avait plus de distinction dami et d'ennemi, dans cette milice pieuse et libre que les chevaliers devaient conduire à la conquête de la ville sainte.

Telle fut la grande pensée des croisades : des considérations humaines ont pu s'y mêler; ce n'en fut pas moins une

(1) Ce discours est dans Willclm. Tyrius, Hist belli sacri, lib. I (Bongars, t. I, p. 640).

(2) Can, 2 : « Quicumquc pro sola devotione, non pro honoris vel pecuniœ adeptione, ad liberandam Ecclesiarn Dei, Jerusalem profectus fuerit, iter illud pro omni pœnitentia repuletur. » (Mansi, t. XX, p. 810; Harduin, t. VI, P. II, p. 1718.) Outre cela il est dit dans le discours d'Urbain (dans ]Villelm. Tijrias) : « Nos autem, de misericordia Domini et beatorum Pétri et Pauli apostolorum auctorilate confisi, fidelibus christianis, qui contra eos arma susceperint, et onus sibi hujus peregrinationis assumserint, injunctas sibi pro suis delictis pœnitentias relaxamus. Qui autem ibi in vera pœnitentia decesserint, et peccatorum indulgenliam et fructus feternœ mercedis se non dubitent habituros. » (Bongars, t. I, p. o50.)

(3) Cf. le récit du témoin oculaire Balderici Hist. Jerosolimitana (Bongars, t. I, p. 88).

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