II
pensée du ciel qui pendant deux cents ans, remua les nations de l'Europe, profita autant à l'honneur qu'à la foi des chrétiens, et fit triompher la folie de la croix du rationalisme chrétien, comme jadis elle avait triomphé de la raison païenne.
La foule belliqueuse et indisciplinée dont Pierre l'Ermite fut le chef était déjà à moitié fondue, quand elle arriva en Bulgarie ; là, les Turcs la détruisirent complètement. Mais une croisade mieux conduite triompha des Sarrasins; les chrétiens conquirent Jérusalem [15 juillet 1099] et fondèrent le royaume de Godefroy de Bouillon. Le pieux monarque ne voulut point porter la couronne royale dans les lieux mêmes où le Christ avait porté sa couronne d'épines. Urbain, l'auteur de cette glorieuse croisade, n'apprit la délivrance de la Jérusalem terrestre que dans la Jérusalem céleste; car il mourut [29 juillet 1099] avant que la nouvelle de cette précieuse conquête arrivât en Occident.
§ 217. — Paschal II [1099-1118; Gélase //[1119]; Calixte in\i^-U].
Paschal. Vita et ep. (Mansi, t. XX, p. 977 sq.; Harduin, t. VI, P. Il, p. 1763 sq.)- Udalrici Cod. epist. dans Mansi, t. III, P. I. Gelasii et Calixti II Vita et epist. (Mansi, t. XXI; dans Harduin, t. VI, P. II, p. 1941 sq.). Gervais, Hist. polit, de l'Allem. sous Henri V. Leipzig, 1S41.
Cependant, et malgré le mouvement généreux qui poussait les peuples vers l'Orient, la querelle des investitures continuait sans interruption. On disputait non plus seulement pour des symboles, mais pour la liberté des élections chrétiennes, pour la pureté de la discipline violée par la simonie. On continuait à nommer des successeurs à l'antipape Clément III. Urbain, à la suite d'une lutte assez longue, avait eu pour successeur le cardinal Rainer, que Grégoire YIl avait déjà remarqué et tiré de Cluny. Le nouveau pape, Paschal II, aussi actif que Grégoire, mais moins ferme et connaissant moins le monde, avait pour principe que, lorsqu'on veut relever un homme qui est à terre, il faut se baisser soi-même, mais sans perdre l'é-