ÉLASE II ; CALIXTE II. S
quilibre. Il renouvela avec vigueur la défense des investitures (1) dans un concile tenu à Latran en 1101; mais il déploya moins d'énergie à l'égard de Philippe roi de France, que sa luxure avait deux fois fait excommunier, et que, sur son simple serment d'abandonner Bertrade, le pape releva de l'anathème [1104]. Philippe fut parjure sans que le pape s'en vengeât. Anselme de Canterbury avait aussi engagé, au nom du pape, contre Henri I", roi d'Angleterre, une lutte très-vive pour conquérir la liberté et le droit d'élire les évêques et d'abolir l'usage de l'investiture par la crosse et l'anneau. Cette lutte se termina par la permission que le roi accorda d'élire librement les évêques et les abbés, par la renonciation à l'investiture, et par le serment de fidélité imposé aux élus et qu'ils devaient prêter au roi avant la consécration, contrairement à une défense d'Urbain (2). L'anathème avait été renouvelé contre Henri d'Allemagne, qui, après lu mort de son fils Conrad [1101], avait vu s'insurger contre lui son plus jeune fils, Henri V [1104], à peine désigné par lui comme son successeur. Henri V, paraissant vouloir se rapprocher franchement du pape, avait été relevé des censuies ecclésiastiques relatives au schisme, et couronné en Allemagne [1106]. Quant à Henri IV, il avait renoncé à toute réconciliation avec l'Église et mourut dans ces tristes dispositions. Henri V tint une conduite équivoque, continuant toujours à investir, par la crosse et l'anneau, les évêques et les abbés, et à violer en d'autres point encore les décrets des conciles. Aussi le pape refusa-t-il prudemment de se rendre en Allemagne, et fit-il répondre, par l'évêque de Plaisance, aux députés de Henri, qui étaient venus le trouver en France, pour réclamer le droit d'investiture : (( L'Église rachetée et libérée par le sang » du Christ ne doit plus être rabaissée au rang d'une ser- » vante (3) : or elle retomberait dans une servitude indigne
(1) Conc. Rom. an. llOl ; dans Mansi, t. XX, p. 1135, rappelé dans les Synod. Guastalens. [1106], Trecens. [1107], Benevent. [UOS], Lateran, [llio]. Cf. Mansi, t. XX, p. 1209-31; l. XXI, p. 7.
(2) Cf. sur cette querelle Mœhler, Anselme de Canterbury (Œuvres complètes, t. I, p. 97-121). Hasse, Ans. de Canterb. Leips., 1843,
(3) Voici les propres paroles d'Urbain : « Ecclesiam pretioso Jesu-
» et un abaissement honteux, si les évêques n'étaient élus » que suivant le caprice des rois, s'ils devaient mettre » leurs mains consacrées entre des mains laïques souillées » de sang, et en recevoir le symbole de leur dignité » spirituelle.
Le pape continua à publier divers décrets relatifs à la liberté des élections de l'Église, à Troyes [1107] et dans plusieurs autres conciles; il excita ainsi l'irritation de Henri, qui, à la tête d'une armée, marcha sur l'Italie [lllOJ pour y terminer la querelle. L'empereur envoya une députation à Sutri, où le souverain pontife, cédant eu partie aux menaces de ce souverain, et bien plus à ses sentiments apostoliques, consentit à ce que l'Eglise renonçât aux biens temporels si l'empereur se désistait de l'investiture (1). Paschal préférait voir TÉglise pauvre et libre plutôt que riche et asservie. Les prêtres, écrivait-il, redeviendront des ministres de l'autel, au lieu d'être des courtisans (2). Mais ses vues étaient encore trop élevées et
Christi sanguine redemptam et liberam constitutam nuUo modo itcrato ancillari oportere : si Ecclesia eo inconsulto prfelatiim eligere non possit, cassata Christi morte ei serviliter subjaccre; si virga et annulo investiatur, quura altaria ejusmodi pertineant, contra Deum ipsum usurpari; si sacratas Dominico corpori et sanguini manus laici manibus gladio sanguinolentis obligando supponant, ordini sac et sacrœ unctioni derogare. » Sugerii, abb. S. Dionysii, de Vita Ludovici Grossi (Louis VI, roi de France), dans du Ckesne, t. IV, p. 289; Bouquet, t. XII. p. 20.
(1) Le récit de Henri dans son ep. ad Parmenses, dans Udalrici Cod. ep. n» 261, avec les pièces 2G2-G3, qui sont à compléter dans Vita Paschal. II du card. Aragon. Muratori, Script, t. III. P. I, p. 360 et Baron, ad an. 1111, n" 2 sq. Récit complet dans Chronic. Cassin. lib. IV, c. 35 sq. (Muratori, t. IV, p. 513 sq.); plus abrégé dans Annalista Saxo ad an. 1111 {Eccard. t. I, p. Giô). Cette pensée .si étrange de Paschal avait d'ailleurs déjà occupé bien des esprits : Gieseler désigne Urbain II; le Conc. Melfitan. an. 1090, can. 11, demandait: « Ne gravamen aliquod sancta patiatur Ecclesia, nuUum us laicis in clericos esse volumus et censemus. Unde cavendum est ne servilis conditionis aut curialium officiorum obnoxii ab episcopis prornoveantur in clerum... Quod si forte clericorum aliquis cnjuslibet laici possessionibus usus fuerit, aut vicarium qui debitum reddet invoniat, aut possessionc careat, ne gravamen Ecclesiœ Inferatur. » (Mansi, t. XX, p. 723;Harduin, t. VI, P. II, p. 1686).
{■>) Paschal. ep. 22 ad Henricum V, imperat. (Harduin, t. VI, P. II, p. 1790; Mansi, t. XX, p. 1007) : « Ministri vero altaris ministri curite facti sunt, quia civitates, ducatus, marchioaatus, nio-