‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 120 sur 280 · GÉLASE II ; CALIXTK II · texte numérisé non relu

GÉLASE II ; CALIXTK II

n'y faisait nulle distinction entre le temporel et le spirituel, qu'on disait, en remettant la crosse et l'anneau (ce qui prouvait déjà la confusion) : « Reçois cette église, » et non pas : « Reçois les biens temporels de cette église. » Cette distinction d'ailleurs était impossible, le temporel et le spirituel dépendant l'un de l'autre comme le corps de l'âme. Du reste, la liberté de l'élection n'avait pour but ni d'en exclure entièrement les rois, ni de rendre les évoques complètement indépendants, ni de constituer l'Eglise comme un Etat dans TEtat. Le roi, ajoutait-on, doit mendre désormais part à l'élection, non comme seigneur et maître, mais comme fils de TEglise ; les évêques et les abbés doivent lui rester soumis sous le rapport civil et politique. Enfin on blâmait hautement la conduite du pape Paschal; Godefroy de Vendôme y opposait celle des martyrs et des deux apôtres, fondateurs de l'Église romaine. Que le pape, disait-il, revienne sur ce qu'il a fait, répare comme un autre Pierre, ses erreurs par ses larmes, et aspire au sort glorieux des apôtres, en imitant leur héroïque exemple. G 'est renier la foi, renoncer à la liberté de l'ÉgUse, tomber dans une véritable hérésie, que d'accorder aux laïques le pouvoir de transmettre une dignité ecclésiastique ; on peut supporter un pape vicieux, mais non un pape hérétique.

Le malheureux pape, tremblant à la pensée d'une nouvelle effusion de sang, trouva, contre les attaques violentes de Godefroy de Vendôme et de son parti, de zélés défenseurs dans Hildebert, évêque du Mans (Cenomanensis), et dans Ives de Chartres {C arnotensis) , tous deux cependant partisans des principes de Grégoire VII et d'Urbain II, dans la question de l'investiture par les laïques. Dieu n'at-il pas toujours permis, réphquaient-ils, que les plus grands et les plus saints personnages aient parfois des faiblesses qui, leur donnant conscience d'eux-mêmes, leur apprennent à ne s'attribuer que leurs misères, et à rendre gloire à Dieu seul de tout le bien qui leur est accordé? Qu'on ne fasse donc pas sonner si haut le mot d'hérésie ! L'hérésie a rapport à la foi et part du dedans ; l'investiture est une chose extérieure. Jean, archevêque de Lyon, leur répondait: « Sans doute la foi et l'hérésie partent du

cœur, mais la foi se révèle par ses œuvres et l'hérésie par les siennes. Alors même que le fait extérieur de l'investiture par les laïques n'a en soi rien d'hérétique, la prétention et la justification de l'investiture reposent sur des principes hérétiques. » Enfin Placide, prieur de Nonantule, exposa parfaitement le système et la situation des deux partis, et sut trouver le juste milieu entre les deux extrêmes. « Certainement, répliquait-il à ceux qui ne voulaient voir dans l'Église qu'une autorité spirituelle, l'Église est une communauté spirituelle, elle est la communion des fidèles, ornée de tous les dons du Saint-Esprit: mais elle doit être aussi honorée et respectée dans les dons terrestres dont elle peut jouir légitimement : ce qui lui a été donné ne peut, sans sacrilège, lui être arraché. Sans doute c'est le cœur qui adore Dieu, et cependant l'adoration en esprit et en vérité doit se manifester au dehors, et il faut des temples visihjes où l'on honore le Seigneur. Si l'âme ne peut subsister ici-bas sans le corps, le spirituel ne subsiste non plus sans le temporel : l'un sanctifie l'autre en l'élevant jusqu'à lui. Les grandes propriétés que l'Église possède aujourd'hui ne lui appartiennent pas moins que ses pauvres possessions d'autrefois, et les unes et les autres au même titre, comme chose consacrée à Dieu : c'est le même Seigneur qui jadis a formé l'Eglise dans sa pauvreté, et qui l'a plus tard enrichie et glorifiée. Que diraiton à celui qui prétendrait que l'empereur n'a aucun droit sur la maison de ses sujets, et que cependant nul n'y peut entrer sans sa permission ? Que les princes prennent part à l'élection desévêques, comme membres de la communauté, comme fils, mais non comme maîtres et seigneurs de TÉghse. Le roi reçoit l'onction sainte non pour régir l'Église, mais pour gouverner fidèlement l'empire. » Le pape, disait-il encore par rapport à l'engagement juré à Fempereur, le pape ne peut rester fidèle à ce serment, carie serment qui engage à l'injustice et au mal n'est jamais obhgatoire; il faut se repentir d'avoir fait inutilement intervenir le nom du Seigneur dans une promesse illégitime et non réalisable. »

Aussi fallut -il que Paschal se justifiât formellement au concile deLatran de l'an 1112, et y reconnût sa faute. Il

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était trop consciencieux pour excommunier l'empereur (1), après lui avoir promis de ne jamais rien entreprendre de nuisible contre lui ; mais les évêques de France (2) qui n'étaient pas liés excommunièrent le prince, en vue même des violences exercées par lui contre le pape, et les évêques d'Allemagne confirmèrent cet arrêt au concile de Cologne [lllo]. Henri ne marcha pas moins sur l'Italie, entra, sous de faux prétextes, à Rome, en chassa le pape et s'empara de force des biens que la comtesse Mathilde avait légués à TÉglise romaine. Les Normands ramenèrent le pape, qui mourut avant la fin de la querelle. La situation était plus que jamais critique : on se hâta d'élire le cardinalJean de Gaëte, qui prit le nom de Gélase IL A

(1) Cf. Annalista Saxo ad an. 1112; là ont puisé Chronic. Usperg. et Vita Pasehal. ex cardin. Aragon. (Muratori, t. III, P. I. p. 363). D'après la dernière, Pasehal dit : « Quamvis conditio juramentis

prœposita ab ipso et suis minus observata sit, ego tamen eum

nunquam anathematizabo et nunquam de investituris inquietabo

Habet jLuUcem Deum. »Les actes du concile ex variis auctoribus, collecta, dans Mansi, t. XXI, p. 49-70; Harduin, t. VI, P. II, p. 1899- 1914. Cela se trouve même dans la formule de foi du pape : « Fidei suœ veritatem SS. Patribus per omnia congruentem domnus papa Paschalis in audientia totius concilii exposuit,.... dicendo : Amplector

omuem sacram Scripturam, seil. V. et N. T sanctos canones

apostolorum, quatuor universalia concilia sicut quatuor Evangelia, Nicœn., Constant., Ephes. et Chalced., décréta SS. Patrum Roman, pontif. et prœcipue décréta domini mei, papai Gregorii, et beatee memorife papaeürbani. Qute ipsi laudaverunt laudo, quœ ipsi tenuerunt teneo , quœ confirmaverunt confirme , quœ damnaverunt

damno, etc Privilegium illud, quod non est Privilegium (neque

vero débet dici Privilegium, sed pravilegium) pro liberatione captivorum, et Ecclesite a domno papa Paschali per violentiam Henrici régis extortum, nos omnes, in hoc sancto concilio, cum eodem domno papa, congregati, canonica censura et ecclesiastica auctoritate judicio S. Spiritus. damnamus, et irritum esse judicamus: atque omnino cassamus, et ne quid auctoritatis et efficacitatis habeat, penitus excommunicamus. » L'évèque d'Angoulême, Gerhard, apporta cette décision à la tète d'une députalion au camp impérial en Allemagne. Il se fit là-dessus un violent mouvement, et l'archevêque de Cologne, Frédéric, dit à Gerhard, son ancien maître : « Maître, tu as préparé un terrible scandale dans notre cour; » et Gerhard répondit -• « A toi le scandale, à moi l'Évaugile. » L'empereur parut mettre peu d'importance à cette décision. Cf. Planck. Acta inter Henricum et Paschalem II. Gœtt., 1783.

(2) Conc. Viennen. dans Mansi, t. XXI, p. 73 sq.

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