LUCIUS II ; EUGÈNE III
Cependant, grâce aux Tiburtins, Eugène III était rentré dans Rome, dont il fut de nouveau contraint de sortir à la suite de troubles populaires. Il se rendit alors en France dans le couvent de saint Bernard, pour unir encore une fois ses efforts à ceux de son maître et rétablir avec lui la paix dans l'Église. Revenu à Rome, où Roger de Sicile le soutint, malgré les factions toujours régnantes, il y reçut de saint Bernard le célèbre livre delà Considération [1248-52] (1). Saint Bernard y recommande au pape, avec la hardiesse, qu'inspire un amour tendre et filial, de veiller à ce que la multiplicité des affaires du dehors n'affaiblisse ni son zèle pour la méditation ni l'amour qui doit la vivifier; il le rend attentif cà sa haute position dans la chrétienté, dont il doit être à la fois l'arbitre et le pacificateur, et lui rappelle l'étendue de ses devoirs comme successeur de saint Pierre, tout en reconnaissant combien la charge est lourde et difficile pour un être aussi faible que l'homme. Puis il dépeint avec la même franchise chrétienne, mais avec des couleurs souvent chargées et en méconnaissant parfois les besoins du temps, les abus du gouvernement pontifical d'alors, les appels trop fréqucntsàRome, les privilèges multipliés des couvents, les prétentions exagérées des légats. « Qui me donnera, dit-il en terminant, de voir « encore, avant ma mort, ces jours heureux de l'Église (2), u où les apôtres jetaient leurs filets pour gagner des âmes, « et non de l'or et de l'argent ! » Eugène et Bernard moururent à peu de distance l'un de l'autre [30 août 1153], sans avoir vu ni l'un ni l'autre Rome soumise et revenue de ses rêves républicains.
C Lutte de cent ans des Papes avec les Hoheastaufen
Frédénc 1, Henri VI, Frédéric II, Conrad IV, Conradin [^ 1268]
Manu. t. XXI, p. 785 sq. Harduin, t. VI, P. II, p. 1333 sq. Vita epp. Roman, pontificum et acta concilior. Raumer, Histoire des Hohenstaufen. Leipzig, 1823, 6 vol. Zimmermann, les Hohenstaufen, ou Combat de la monarchie contre le pape et la liljerté
(1) Dans Bernardi Opera ed. Venet.t. Il, p. 413 sq. Ici appartient aussi Gerhohi Exposit. in Psalm. LXIV, sive Liber de corrupt. Ecclesiœ stata ad Eugen. III (Galland. Biblioth. t. XIV, p. 549 sq.).
(2) « Quis mihi det, antequam moriar, videre Ecclesiam Dei sicut in diebus antiqais? » (Ep. ad Eugen. III.)
républicaine. Stuttg. et Leipzig, 1838, 2 P. Jean de Müller, Voyages des papes, n»" 6 et 7.
§219. — Adrien IV, Alexandre III [1159-81], en face de Frédéric /" et de Henri II roi d'Angleterre; saint Thomas Becket.
Adrien IV parvint enfin à dompter l'esprit démagogique qui agitait Rome. Ce chef suprême de la chrétienté, né en Angleterre, avait commencé dans sou enfance par être mendiant ; puis, parcourant touslesdegrés de lahiérarchie, il était parvenu à l'évêché d'Albano, et de là au trône pontifical. Adrien, élu, mit Rome en interdit. Cet acte vigoureux porta ses fruits. Les sénateurs effrayés abandonnèrent Arnaud de Rrescia, qui prit la fuite, tomba entre les mains de Frédéric P', et fut livré au pape (1). Le préfet de Rome le fit pendre, et l'on jeta les cendres de son cadavre brûlé dans le Tibre [H 55].'
Avec le chevaleresque Frédéric commence une lutte séculaire entre les papes et la race héroïque des Hohenstaufen. Frédéric venait réaliser le projet conçu par Conrad III, en se rendant à Rome, pour y réclamer le rétablissement des droits impériaux presque complètement tombés en oubli. Couronné roi des Lombards à Pavie, il s'approchait de Rome, quand Adrien inquiet de ses projets, lui envoya une députation, dont le prompt retour déterminale pape lui-même à aller au-devant de Frédéric. Les deux souverains se rencontrèrent à Sutri et eurent quelque peine à s'entendre. Frédéric refusa d'abord de tenir l'étrier du pape, conformément à l'ancien usage, sanctionné par la législation allemande et observé à Liège par l'empereur Lothaire, vis-à-vis du pape Innocent II (2). Il finit cepen-
(1) Voyez un jugement impartial sur Arnaud dans Raumer, Hist. des Holienstaufen, t, II, p. 31.
(2) Helmudii Chron. Slavor. lib. I, c. 80. Baron, ad an. 1155, n» 4. Cf. Raumer, t. II, p. 39 sq. On lit dans le Miroir de Souabe : « Le pape a les deux glaives; il garde pour lui le glaive spirituel, et donne à l'empereur le glaive temporel ; quand il monte sur sa blanche haquenée, il faut que l'empereur lui tienne l'étrier. » Art. 9 et 10 de la préf. On lit également dans le Miroir Saxon : « 11 est pres- -crit au pape, dans certaines occasions, de monter un cheval blanc ;
dant par céder sur ce point, mais rejeta, avec colère et menace, la prétention des Romains de lui faire accepter l'empire de leurs mains. Il fut couronné par Adrien ; les esprits prévoyants craignaient déjà ses desseins ambitieux, et pressentaient qu'il ne se servirait de la considération et de Tinfluence du pape que pour fonder politiquement une monarchie universelle (1).
Peu après ce couronnement, Adrien excommunia le roi Guillaume II, qui, de son propre chef, avait saisi le sceptre de Sicile, après la mort de Roger [1134]. Mais le pape fut bientôt obligé de céder et d'accepter la paix honteuse de Bénévent [1136], de lever l'excommunication, de donner à Guillaume l'investiture de la Sicile, de la Fouille, et de le reconnaître légitime seigneur de toutes les villes et provinces qu'il avait occupées depuis la mort de Roger. Guillaume, de son côté, promit de maintenir la paix, de payer la dîme des provinces reçues en fief, mais défendit tout appel à Rome sans son consentement, et se réserva la confirmation des évoques canoniquementélus (2).
Cette paix mécontenta Frédéric, qui, encouragé dans ses projets par quelques cardinaux, défendit aux ecclésiastiques soumis à son empire de recevoir aucun bénéfice de la main du pape, et, contrairemeut au concordat de Worms, donna l'investiture à l'évêque de Verdun, après en avoir déjà agi très- arbitrairement à l'égard de plusieurs autres évêchés. Il s'imaginait devoir prendre pour modèles Charlemagne, les Othon, Henri III, depuis le jour oii il avait vu le despotisme absolu des empereurs d'Orient, dans un voyage qu'il avait fait à Constantinople avec son oncle Conrad III. Le pape s'en plaignit [1158] dans une lettre
alors l'empereur doit lui tenir l'étrier, pour empêcher la selle de tourner. » P. 17, éd. Gœrtner. Leipzig, 1732.
(1) Jean de Salisburj dit, ep. 59 : « Scio quid Teutonicus moliatur. Eram enim Roms prœsidente beato Eugenio, quando prima legatione missa in regni sui initio, tanti ausi impudentiam, tumor nitolerabilis, lingua incauta detexit. Promittebat enim se totius orbis reformaturum Imperium, Urbi subjiciendum orbem, eventuque facili omnia subacturum, si ei ad hoc solius Romani pontificis favor adesset. Id enim agebat, ut in quemcumque demutatis inimicitiis materialem gladium Imperator, in eumdem Romanus pontifex spiritualem gladium exerceret. »
[2] Actes dans Baron, ad an. 1156, n» 4 sq.
remise à l'empereur par les députés Roland et Bernard, dans laquelle il lui reprochait aussi ses mauvais procédés à l'égard de l'évêque Eskyl Je Lund, et lui rappelait les bienfaits {bénéficia) (1) qu'il tenait du Saint-Siège. Frédéric s'irrita de l'expression et bien plus encore de la hardiesse des légats qui lui demandaient : De qui, si ce n'est du pape, l'empereur tient-il sa dignité? De là une querelle nouvelle bien plus vive que la première. D'abord les légats furent renvoyés, puis l'empereur publia un rescrit adressé à tous ses sujets, a Puisque c'est de Dieu seul, disait-il, parl'élec- « tion des princes, que dépend l'empire; puisque le Sei- (( gneur lui-même, au milieu de ses souffrances, a désigné « les deux glaives qui doivent gouverner le monde (2), et « que l'apôtre Pierre prescrit aux hommes de craindre (( Dieu et d'honorer le roi, il est évident que celui-là s'op- « pose à l'ordre établi de Dieu, à la doctrine de Pierre, et (' n'est qu'un menteur, qui prétend que nous tenons la « couronne impériale des bienfaits du pape. » En même temps il écrivit au pape d'un ton arrogant : « L'Empire a (( relevé l'Église dans la capitale du monde ; ce n'est pas « sans doute en vue de Dieu qu'aujourd'hui l'Église de « Rome cherche à troubler l'Empire. Plutôt déposer la
(1) Cf. Radevlcus, De gestis Frider. lib. I, c. 8-10 {Urstitius, t. I, p. 480), dansMansi, t. XVI, p. 790 : « Debes enim, gloriosissimefili, ante oculos memis reducere quam gratanter et quam jncunde alio
aiino mater tua sancta Pvoni. Ecclesia te susceperit, quantam tibi
et digiiitatis plenitudinem contulerit et honoris, et qualiter, imperialis insigne coronœ Ubentissime conferens, benignissimo gremio suo Tuœ sublimitatis apicem studuerit confovere... Neque tarnen pœnitet nos desideria tuœ voluntatis in omnibus implevisse ; sed si majora bénéficia Excellentia Tua de manu nostra suscepisset, si fieri posset, considérantes quanta Ecclesiœ et nobis per te incrementa possint et commoda provenire, non immerito gauderemus. » Dans Harduin, t. VI, P. II, p. 1335. — Adrien répondit à Frédéric : « Licet hoc nomen, quod est beneßcium, apud quosdam in alia significatione quam ex impositione habeat, assumatur, tune tarnen inea significatione accipiendum fuerat, quam nos ipsi posuimus, et quam ex instilutione sua noscitur retinere. Hoc enim nomen ex bono et facto est editum, et dicitur bencficium, apud nos, non feudum, sed bonum
factum Per hoc vocabulum contulimus, nihil aliud intelleximus,
nisi quod superius dictum est, imposuimus. » {Mansi, t. XXI, p. 793; Harduin, 1. cit., 1336 sq.)
(2) Luc. XXir, 38.
« couronne que de la laisser ravaler dans ma personne. » Mais la discussion s'apaisa, grâce à la dignité plus réelle que le pape mit dans sa réponse et à l'explication qu'il donna du mot bienfait {beneficium).
En II085 l'empereur revint en Italie, soumit Milan révolté, et sut, dans l'assemblée de Roncaglia, faire déclarer, par les quatre plus célèbres jurisconsultes de Bologne (1), que, d'après le droit romain, la toute-puissance absolue des anciens empereurs romains lui appartenait. En conséquence de cette déclaration, singulièrement contraire aux usages de la Germanie, monnaies, impôts, contributions, tout fut réglé comme droits régaliens, appartenant et restitués à l'empereur. Ces empiétements sur les privilèges des villes, des évéques et des couvents, excitèrent un mécontentement général, auxquels s'ajoutèrent bientôt de nouveaux griefs, dont plus que personne le pape eut à se plaindre, quand, malgré son vœu solennel de protéger les possessions et les droits du Saint-Siège, Frédéric donna à Guelfe l'investiture de l'héritage de Mathilde, chargea d'impôts les biens de l'Eglise romaine, disposa arbitrairement des sièges archiépiscopaux de Cologne et de Ravenne, et, tout en violant ainsi ses promesses, continua de relever avec aigreur jusqu'aux moindres infractions de la part du souverain pontife. Adrien, excédé, fit nettement déclarer à Frédéric qu'il était décidé à maintenir les droits, les possessions et la Uberté de l'Église romaine (2); il allait ana-
(I) Leurs noms : Bulgarus, Martin Gosia, Jacques (de Porta Ravenate), Hugues (de Alberico, aussi de Porta Ravennate). Cf. sur l'easembie et pour les détails, Savigny. 1. cit., t. IV, p. 69-171 ; leur décision en faveur de Frédéric, p. 151 sq.
(•2) Hadriani Ep. ad Frider. et la réponse dans £aron. ad an. 1159, n" 5 et 6. Aussi dans Urslisius, t. I, p. 562. C'est sans fondement que leur authenticité est niée par Muralori, Annal, t. VI, p. 536. Nous en extrayons le passage important qui suit. Dans ce court écrit, Adrien reproche entre autres à l'empereur : « Quid dicam de fidelitate beato Petro et nobis a te promissa et jurata ? quomodo eam observes, quum ab iis, qui Dei sunt, et filii excelsi omnes, episcopis videlicet, homagium requiris, fidelitatem exigis, et manus eorum sacratas maaibus tuis innectis, et, manifeste factus nobis contrarius cardinalibus a latere nostro directis non solum ecclesias, sed civitates^ regni tui claudis? »—L'empereur, dans sa réponse, pense que les évèques, malgré leur caractère sacré, peuvent prêter le ser-
thématiser l'empereur, quand il mourut [le 1" septembre 1159).
Malgré la position critique de l'Église et la nécessité de l'union, les cardinaux ne purent s'accorder sur le choix du nouveau pape. Le parti de l'empereur élut Victor IV, en faveur de qui Frédéric convoqua une sorte de synode à Pavie [HGO[. Le cardinal Roland, Alexandre III, élu par le parti de l'Égtise, refusa de paraître à cette assemblée illégale, et fut peu à peu reconnu dans presque toute la chrétienté, même à Rome, grâce à l'influence des Chartreux et des moines de Giteaux (1). Aussi put-il après la
ment féodal, et en appelle au Christ : « Qiium 111e noster et vester institutor ab homine rege nihil accipiens, sed omnia bona omnibus conferens, qui pro se et Petro censum Ca^sari persolvit, et exemplum vobis dédit, ut ita faciatis, doceat vos dicens : Discite a me quia mitis sum et humilis corde. Aut igitur regalia nostra nobis demittant, aut si hœc utilia judicaverint, qua? DeiDeo, quae Caesaris Ctesari persolvant. » — Godof, de Viterbe développe plus encore les vues de l'empereur; il avait été secrétaire et chapelain de la cour des empereurs Conrad III, Frédéric I et Henri VI (Panthéon, P. XYI). D'après lui, Frédéric prétendait que l'empereur Constantin n'avait, dans sa donation à Sylvestre, concédé au pape aucun droit de souveraineté sur l'Italie. Outre la parole du Christ : « Rendez d César, etc., ') outre l'exemple du Christ faisant payer le déniera Pierre, il citait les paroles de saint Paul et de saint Pierre sur le respect dû aux puissances, en ajoutant que parmi ces puissances se trouvait cependant un Néron (Muratori, Script, t. VII, p. 360).
(1; Dans BoUand. Acta SS. mens, junii, t. V, c. 3. p. 232, on raconte d'abord : « Quum universa paene anceps Ecclesia vacillaret, » l'ordre des Chartreux aurait d'abord agi en faveur d'Alexandre : « Prœcedentibus itaque Cartusiensibus et Cisterciensibus, Alexander papa ecclesiarum in partibus Galliae, Britanniae atque Hispanite, cito meruit obedientiam habere. » Tous ceux qui étaient bien disposés reconnaissaient dans Alexandre le défenseur de la chose de Dieu, dans Victor la créature de la puissance impériale. Cf. Thomas Becicet, ep. 48: et Jean de Salisburij dit, dans une lettre au roi Heiu'i II d'Angleterre, que l'empereur cherchait à gagner au parti de A'ictor : « Absit ut in tanto periculo Ecclesite pro amore et honore hominis faciatis nisi quodcredideritis Domino placiturura, nec decet Majestatem Vestram, si placet, ut in tota Ecelesia regni vestri superponatis hominem, qui sine electione, ut publice dicitur, sine gratia Domini, per favorem unius imperatoris tantum honorem ausus est occupare. Nan tota fere Ecclesia Romana in parte Alexandri est. Incredibile aut'jm est quod pars illa possit obtinere, prtevalere, per hominem, oui jnstitia deest, cui Dominus adversatur. » — Il désigne ici les papes depuis Urbain II, qui avaient faiblement commencé, mais qui,
mort de Victor [1164], quitter la France, où le roi Louis s'était hautement prononcé en sa faveur, et revenir par la Sicile à Rome. Frédéric, dont la fureur contre le parti d'Alexandre éclatait partout, et qui cherchait à tout prix à faire reconnaître son antipape, voulut contraindre les évêques et les abbés, réunis à Wurtzbourg, à proclamer le nouvel antipape Paschal III et à rejeter Alexandre ; mais il ne parvint qu'à augmenter le nombre des adhérents de ce dernier, qui, profitant de la haine croissante des Lombards, conclut une alliance avec eux (1), contre les prétentions de Frédéric à la monarchie universelle. L'empereur se remit en marche, à la tête d'une armée, pour soumettre les villes de Lombardie, et voulut, arrivé à Rome, obliger Alexandre et Paschal de renoncer tous deux au siège apostolique. Alexandre, résistant toujours, anathématise l'empereur et s'enfuit à Bénévent, [1167]; Paschal, resté à Rome, couronne l'empereur et sa femme Beatrix. Mais une maladie contagieuse éclate dans l'armée de Frédéric et l'oblige de se retirer dans la haute Italie ; il y attaque en vain les Milanais, y perd son armée, et fuit en Allemagne [1169], Les Lombards construisent alors, pour leur servir de boulevard contre l'empereur, la forteresse d'Alexandrie. Frédéric, impatient de se laver de sa honteuse retraite, revient pour la cinquième fois en Italie, met le siège devant Alexandrie, est obligé de le lever, perd la bataille de Legnano [1176], et reconnaît enfin le pape Alexandre III, par la paix de Venise [1177] (2). Le souffle de la grâce touche
depuis leur reconnaissance en France, triomphaient de leurs rivaux. Il se prononce fortement contre le concile de Pavie : « Universalem Ecclesiam quis particularis Ecclesiae subjecit judicio? Quis Teutonicos constituit judices nationum? Quis hanc brutis impetuosi? horainibus, auctoritatem contulit, ut pro arbitrio principem statuant super capita filiorum hominura? »
{ïj J. Voigt, Histoire de l'alliance lomb. et de sa lutte avec Frédéric I. Kœnigsb., 1818.
(2) Les actes se trouvent dans Baron, ad an. 1177, n"^ 13 sq. Plus complet dans Vita Alex. III, cardin. Aragon. (Muratori, t. III, P. I, p. 467) et Romuald. Chron. (Muratori, t. VII, p. 217 sq.) Cf. Alex. III Epp. dans Baron., loc. cit., n" 24-26; Mansi, t. XXII, p. 178 sq.; 3Iuratori, Aiitiq. t. IV, p. 275 sq. Cf. Alexandre III et Frédéric I à Venise » (Feuilles historiques et politiques, livr. I, p. 48-56). RauteVf le pape Alexandre III et son siècle, Leips., 1845.
le cœur de Frédéric dans l'église de Saint-Marc ; maîLisé par une émotion profonde, il reconnaît la puissance de Dieu dans l'augnste pontife qu'il a si longtemps combattu, rejette de ses épaules le manteau impérial et se pi'écipite aux pieds du pape. Alexandre le relève et lui donne le baiser de paix; le sacrifice s'achève; Frédéric consent enfin à tenir l'étrier du pape et à conduire son cheval. Il promet de ne plus garder à son profit l'héritage de Mathilde que durant quinze ans, de conclure une paix de quinze ans avec le roi Guillaume, une trêve de six années avec les villes de Lombardie. Une députation de la ville éternelle invite Alexandre à replacer son siège à Rome. Les sénateurs réunis à Anagni lui prêtent serment de fidélité, jurent de lui restituer tous les droits régaliens appartenant à l'Église romaine. Alexandre afin de prévenir pour l'avenir le retour des désordres produits par les antipapes, convoque le troisième concile de Latran, ou
te Onzième Concile œcuménique [1279].
composé de 300 évêques venus de toutes les parties de l'Occident et de Syrie, qui décrète que : Désormais celui-là seul sera reconnu pape qui aura été élu par les deux tiers des cardinaux ; tout autre qui s'en arrogera le titre sera excommunié. Le concile anathématise en même temps l'hérésie des Yaudois et des Albigeois qui menace FÉglise, et promulgue plusieurs canons pour relever la discipline ecclésiastique (1).
Le clergé d'Angleterre était parvenu à se rendre assez indépendant de l'État, sous les prédécesseurs de Henri II. Celui-ci, cherchant à revenir sur les faits accomplis, pensa pouvoir se servir, dans ce dessein, de l'ancien chancelier d'État, Thomas Bocket (2), actuellement archevêque de
(1) Les actes de ce concile dane Mansi, t. XXII, p. 209-467; Harduin, t. VI, P. II, p. 1673-1775. Conf. Nat. Alex. Hist. ecclesiast., sœc. XII, diss. XI.
(2) La biographie de quatre de ses partisans. Qnadrilogus de Vita S. Thomie et Ep. Thomœ Cantuar. éd. Chr. Lupus. Brux., 1G82, in-4; Lingard, Hist. of England, t. II, Le Catholique, 1827, t. XXVI, p. 257-319.
Cantei'bury. Mais Thomas, revêtu d'un caractère sacré, était devenu un homme nouveau ; il avait renoncé à sa vie mondaine, avait acquis dans le peuple la réputation d'un saint et combattait avec zèle pour les droits de l'Église. Cependant, cédant aux violences du roi, il avait consenti, dans l'assemblée de Clarendon [1164] (1), à abandonner à Henri la distribution des dignités ecclésiastiques, à soumettre aux tribunaux séculiers les procès civils du clergé, à renoncer à tout appel à des autorités étrangères sans le consentement du roi, également nécessaire à tout ecclésiastique pour sortir du royaume, et à déclarer enfin que les conseillers du roi ne pouvaient être excommuuiés. Il promit par serment de suivre ce qu'on appelait les coutumes royales {consuctudines regias), et les évêques le promirent avec lui. Cependant des remords de conscience succédèrent bientôt à sa faiblesse, et, dans son angoisse, il supplia le pape Alexandre de le relever de ses engagements envers le roi, et fit proclamer son appel jusque dans le palais de Henri. Obligé dès lors de fuir, il trouva un accueil favorable à la cour de Louis VII, roi de France, un appui affectueux auprès du pape Alexandre, des imitateurs de sa conduite dans la plupart des évêques d'Angleterre. Henri II se vit, à son tour, contraint de céder aux réclamations de Beckctet de permettre son retour, qui devint un triomphe [1170]. L'archevêque crut devoir user de sévérité envers les prélats qui avaient pris le parti du prince; il ralluma ainsi la haine mal éteinte du roi, qui, dans un moment de colère, laissa échapper quelques paroles imprudentes, dont quatre chevaliers s'emparèrent, pour se croire autorisés à égorger le pieux évêque, au pied même de l'autel [29 décembre 1170]. Ce crime fut imputé au roi d'Angleterre, aussitôt excommunié par le pape, en même temps que l'archevêque était déclaré saint. L'excommunication ne fut levée que lorsque Henri eut fait pénitence publique sur la tombe de saint Thomas et donné des gages de son repentir [117-4] (2). A dater de cette
(1) Les actes dans Mansi, t. XXI, p. 1187 sq.
(2) Gervasii Cantuar. Chron., et Roger de Hoveden, ad an. Ii72 Charta absolutionis régis Henrici.