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lui fit prêter le serment de fidélité, institua un sénateur, prit sous sa protection l'alliance lombarde, et en conclut également une avec les villes de la Toscane, résolues de défendre leur liberté et l'Église romaine contre l'empereur. Innocent reconquit ainsi les biens ravis à l'Église par Henri VI. Nommé tuteur de Frédéric II, par le testament de sa mère, morte le 27 novembre 1198, Innocent justifia la confiance de l'impératrice, en faisant donner à Frédéric une éducation brillante et libérale, et en administrant avec la plus haute sagesse le royaume de Sicile. Mais Frédéric II n'était qu'un enfant, et l'Allemagne demandait alors pour la gouverner un homme vigoureux et capable. Le pape et les grands de l'empire ne se souciaient guère d'ailleurs de voir tant de couronnes sur une même tête. On procéda donc à une élection, où combattirent de nouveau Guelfes et Gibelins (1). Ceux-là élurent Othon IV, fils de Henri le Lion, ceux-ci Philippe de Souabe. Innocent se prononça d'abord pour Othon [1201]; mais Philippe ayant gagné plus de partisans que son rival, le pape entrait déjà en négociation avec lui, quand ce prince fut assassiné par Othon de Wittelsbach. Ce crime fut hautement réprouvé par le pape et toute l'Allemagne [1208]. Othon, resté seul maître, s'engagea à épouser Béatiùx, fille de Philippe, et obtint la couronne impériale à Rome [1209], après avoir promis la liberté des élections ecclésiastiques, des appels à Rome, et garanti toutes les possessions de l'Eglise romaine. Mais, à peine couronné, le nouvel empereur fit valoir toutes sortes de prétendus droits en Italie, sans égard à la menace d'excommunication que le pape se vit enfin contraint de réaliser contre lui [1211].
Les princes réunis à Nurembei^g déclarèrent Othon déchu du trône. Alors Innocent se déclara de nouveau en faveur du premier élu, Frédéric II [1212], sous la condition ordinaire que celui-ci renoncerait à la Sicile, dès qu'il serait en possession de la couronne impériale. Frédéric proclama à la diète d'Éger [1213], Innocent, son défenseur et son bienfaiteur, fit vœu de prendre la croix et fut couronné à Aix-la-Chapelle [1215]. Quant à Othon IV, il avait perdu
(1] A la bataille de Weiusberg, 1140 : « Guelfes! Gibelins! »
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avec la protection de l'Église tous ses partisans, et il se trouva réduit à son duché héréditaire de Brunswick.
Presque tous les États de l'Europe étaient alors, comme l'Allemagne, soumis à l'influence d'Innocent. En France, il oblige Phihppe- Auguste à reprendre sa femme Ingelburge, en frappant son l'oyaume d'un interdit qui ne permettait que le baptême des nouveau-nés et l'absolution des mourants. En Espagne, il force Alphonse IX, roi de Léon, à rompre son mariage avec sa nièce ; Pierre d'Aragon à venir à Rome pour y recevoir la dignité royale, sous la promesse d"un tribut annuel ; Sanche I", roi de Portugal, qui tardait à payer l'impôt promis par son père Alphonse, au pape Lucius II et avait maltraité l'évêque de Porto, à mettre son royaume sous la protection du siège apostolique. En Pologne, il protège, en s'appuyant sur la loi d'hérédité du duc Boleslaw III (Krzwousty), Leszek le Sage, contre Ladislaw Laskonogi ; relève le clergé dégénéré en s'associant aux efforts du rigide archevêque de Gnesen, Henri, qui, contraint par les empiétements de Ladislaw de fuir à Rome (1), y est nommé légat apostolique et revient dans sa patrie. En Hongrie, il réconcilie, comme arbitre, les deux fils du roi, Emmerich et André. En Dalmatie, il reçoit la soumission de Vulcain. En Bulgarie et Valachie, il met la couronne sur la tête de deux rois. F-n Norwège. oii Phihppe, de l'ancienne famille régnante, et son adversaire Inge se disputent le trône, il est
(1) Cf. Hurler, 1. cit., t. II, p. 136-42. Pour l'hist. de l'Église de Pologne de ce temps : Starovoiscii, Hist. concilier, tam gênerai, quam provincial, prsec. in Polonia, lib. XXVI. Rorate, 1653. On donne le concile tenu en 1181, sous le pape Alexandre III, comme le premier de la Pologne. De là on lit dans Mansi, t. XXII, p. 581. Conc. Lanciciense, ann. 1188 : « Pontifex misso legato coUigi fecit décimas ab episcopiset sacerdolibus, pro expeditione contra Saladinum, Zdissao archiepiscopo concedente. » — Et plus bas, p. 589, Conc. Cracoviense, ann. 1199 : « Ann. Dom. 1199, inquit Mathlas Michoviensis, historiEe Polonicœ, lib. III, c. 27. Joannes, cardinalis cognomento Malabranca, a Clémente papa III missus, Poloniam venit, et facta synodo in Cracovia pro reformatione cleri, tam episcopis, quam universo clero, pro recuperatione Terrœ sanctfe decimam imposuit. » Voyez aussi Janoski, Extraits des ouvr. polon. rares qui se trouvent dans la bibliothèque des comtes de Zaluski. Dresde, 1747, 1. 1, p.72-79. Extraits des synodes d'après le récit de Starovolscius.