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qui semble rétablir en apparence le royaume de' Jérusalem (1). L'empereur 'entre dans la ville sainte, le 17 mars 1229, et se met lui-même la couronne sur la tête. Il fait annoncer pompeusement ses succès en Europe, tandis que, en réalité, le traité conclu défendait la restauration des murs de Jérusalem, et que le sultan avertissait les musulmans qu'il n'avait livré à l'empereur que des églises ruinées, des murs délabrés, et n'avait conclu qu'une paix équivoque contre laquelle murmuraient presque tous les chrétiens de Palestine, Frédéric, de retour, approchait de Brindes; le pape, après de longues hésitations, consentit à la paix de San-Germano [28 août 1230] (2), sur les instances du Dominicain Qualo, des évêques et des princes allemands. Frédéric promit de se soumettre, dans les points qui lui avaient attiré Texcommunication, de rendre au pape tout ce qu'il lui avait pris, de réintégrer les évêques bannis dans leur siège, de conserver intacts les droits de l'Église de Rome et de Sicile, et de payer enfin une somme d'argent. Mais l'empereur ne tint aucune de ses promesses ; n'ayant d'autres règles que l'arbitraire, il ne songea plus qu'à fonder en ItaUe la domination despotique de quelques petits tyrans, et blessa par sa conduite les sentiments et les opinions de tous ses contemporains. Ce fut dans cet esprit que Pierre des Vignes fit, d'après ses ordres, le nouveau Recueil des lois de Sicile [1231], qui méconnaît l'inflence alors si générale et si puissante de l'Eglise, et étabHt, d'une manière étonnante pour l'époque, son absolutisme législatif. L'analyse de ce code fait clairement connaître la position prise par Frédéric et explique sa longue lutte contre le Saint-Siège :
Dans l'introduction, l'empereur établit en termes pompeux sa double obligation de protéger et de défendre l'Eglise romaine, et de conserver la paix publique ; la puissance royale n'est plus une transmission du pouvoir spirituel, c'est au Christ, et non à son Eghse, qu'est rapporté
(1 Faits défavorables à Frédérid de Gerold, patriarche de Jérusalem, dans Raynaldus, ad ann. 1229, n« 3 sq., et ad universos Chr. fidèles, dans Matth. Paris, p. 359 sq,
(2) Reynaldus, ad ann. 1230, n°' 3 sq. Raumer, Hist. des Hohenstaufen, t. III, p. 458 sq.
tout honneur ; c'est du Christ que l'empereur prétend tenir tout son pouvoir. Toutes les violences faites à ceux qui sont au service de l'empereur sont doublement punies, d'après le texte, titre 39, ut parûcipatio condecens honoris et oneris inducatur. La source de la justice est dans le roi, tout devoir a sa sanction dans son autorité.
Tous les pouvoirs sont subordonnés au pouvoir royal, la légitimité des uns ressort de leur dépendance même de l'autre. Mais il passe légèrement sur les rapports du pouvoir temporel avec l'EgUse et de sa responsabilité vis-à-vis de celle-ci. Le titre 32 donne bien un certaine priorité aux affaires litigieuses de l'Eglise, mais comme grâce et non comme droit. Cette prétention à l'omnipotence blessait toutes les opinions de l'époque, celles de l'Eglise et celles du peuple, les unes parce que le pouvoir ne cherchait sa base et sa sanction qu'en lui-même, les autres parce que l'empereur prétendait gouverner de plein droit et presque mécaniquement l'Etat, toutes enfin, parcequ'en dépit de l'histoire et de tout sentiment national il se substituait avec violence à tout ce qui avait existé jusqu'alors (1). Elle paraissait bien plus extraordinaire encore, quandla on comparait aux principes des docteurs de l'Eglise, de saint Thomas d'Aquin, par exemple, interprète si fidèle de l'esprit de son temps. « Si, dit le profond docteur (2), au Hv. II,
(1) Frédéric I, quoique Hohenstaufen, reconnaissait le droit de l'Eglise romaine aux deux glaives {Goldast. Const. imperator.l V, 73), et dans sa lettre à Adrien IV il dit : « Quod in Passione sua (Luc. XXII, 38) Christus duobus gladiis contentus fuit, hoc in Romana Ecclesia et in imperio credimus mirabili Providentia déclarasse, cum per haec duo rerum capita et principia totus mundus tara in divinis quam in humanis ordinetur. » {Baron, ad ann. 1159, n» 52.) Frédéric II disait: « Gladius materialis constitutus est in subsidium gladii spiritualis. » (Constit. Frider. II, ann. 1120, c. 7.) Le code saxon luimême, peu favorable à la papauté, reconnaissait dans son vieux langage que : « Dieu laissa deux glaives sur la terre pour défendre la chrétienté : au pape le glaive spirituel, à l'empereur le temporel. — Ce que le pape ne peut obtenir par le glaive spirituel, l'empereur le poursuit par la justice temporelle : ainsi, à son tour, celui-là aide celle-ci, etc. « (Lib. I, Code saxon, recueilli par Eiko de Repchowe, échevin à Salpke. près Magdebourg, 1216, publié par Gœrtner. Leipzic, 1732. in-fol. Cf. Liiden, liv. XII, p. 467 sq.)
(2) Les Constitutiones regum regni Siciliœ utriusque, publiées â Naples en n&s. L'analyse de ce Code dans Buss, Influence da chris-
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ch. 14, de son ouvrage de Regimine Principum, on fonde un Etat, le modèle de son gouvernement doit être celui de la Providence même. Gouverner, c'est mener ceux qu'on gouverne à leur destination véritable. Vivre conformément à la vertu semble la destination des peuples. Mais cette destination n'est que préparatoire ; il en est une autre pour les peuples comme pour tout homme : c'est d'arriver, par la vertu, à l'union avec Dieu. Or ce n'est pas l'affaire du gouvernement temporel, c'est l'affaire du gouvernement divin, la chose du Christ, que de conduire les hommes à ce but sublime ; et de là procède le royal sacerdoce. Ce gouvernement des peuples appartient, non aux rois de la terre, mais aux prêtres, au pape d'abord, auquel tous les rois chrétiens doivent être soumis comme au Christ même. Il n'en était pas ainsi, sans doute, du sacerdoce pa'ïen, soumis avec raison aux rois, parce que le culte pa'ïen n'avait d'autre but que le bien-être terrestre de la société. Mais dans la nouvelle loi le sacerdoce a une autre mission : il doit mener les hommes à la possession des biens célestes, et c'est pourquoi la loi du Christ soumet les rois aux prêtres. »
Cette étrange législation de Frédéric n'alluma pas d'abord, comme on aurait pu s'y attendre, le feu de la guerre ; Grégoire, et c'est une preuve de son caractère doux et pacifique se contenta de combattre nettement tous les principes du Code sicilien, dans les cinq livres de décrétâtes qu'il promulgua (1). Il prouva encore la noblesse de ses sentiments, au moment oii il apprit la rébellion du fils de Frédéric, à qui l'empereur avait confié le gouvernement de l'Allemagne (2) ; loin de profiter des avantages que pouvait lui donner la situation critique de Frédéric, il écrivit contre Henri et sa révolte [13 mars 1235] à tous les princes et prélats de l'Allemagne. La magnanimité du pape n'émut point l'empereur, et ne put le faire revenir de s sentiments hostiles qu'il nourrissait à l'égard du pontife ;
tj'an. (Gazette théolog. de Frib., t. IV, p. 348-00.) Idem sur S. Thomas d'Aquin, p. 379-405. Sur d'autres plaintes contre Frédéric' cf. Raumer. 1. cit., t. III, p. 692 sq.
(1) Cf. § 227.
(2) Cf. Raumer, Hist. des Hoheustaufen, t. III, p. 692 sq.
il semblait que désormais il ne pût plus y avoir de grandeur pour Frédéric que dans l'abaissement et l'humiliation du pape ; sa violence ne connut plus de bornes. Vaincus à la bataille de Cortenuova [27 novembre 1237] et prêts à accepter les plus dures conditions, les Lombards, sommes par Frédéric de se rendre à merci, s'écrièrent dans leur désespoir (l) : «Mieux vaut mourir l'épée à la main, que de voir notre ville anéantie, et de périr de faim, de misère, dans l'esclavage ou parla main du bourreau. » La prise de Milan porta au comble l'orgueuilleux dédain et les violences de Frédéric, et contraignit le vieux pontife à combattre à toute outrance. Grégoire forma alors une ligue avec les Génois et les Vénitiens contre l'empereur et l'excommunia de nouveau (2), au moment où il venait de donner la couronne de Sardaigne à son fils naturel Enzius [1238]; le pape, en même temps, délia du serment de fidélité tous les sujets de l'empire [20 et 24 mars 1239]. Frédéric proclame la nullité de cette excommunication ; une vive controverse s'engage par écrit ; de part et d'autre on s'attaque avec violence (3) : le pape, protecteur de Milan, où se trouvaient beaucoup de Cathares, est accusé d'hérésie, l'empe-
(1) Cf. Raumer, 1. cit.. p. 753 sq.
(2) La bulle d'excommunication avec les motifs, dans Raynaldiis, ad. ann. 1239, n° 2 sq.
(3) D'abord, les lettres de l'empereur aux Romains, aux cardinaux, à tous les princes, dans Pétri de FfneisEpp. lib. I, ep. 6, 7, 21. Par contre, Grpgrorii ep. ad omnes principes et prselatos terrœ, dans Mansi, t. XXIII, p. 79 sq., où il est dit entre autres: « Ascendit de mari bestia, blasphemias plena nominibus, qu« pedibus ursi et leonis ore desieviens, ac membris formata cœteris sicut pardus, os suum blasphemias divini nominis aperit, tabernaculum ejus et sanctos, qui in cœlis habitant, similibus impetere jaculis non omitlit. » — Pacmi beaucoup d'autres griefs, on lui reproche : « Iste rex postilentiœ a tribus baratoribus, ut ejus verbis utamur, scilicet Christo Jesu, Moyse et Mahometo^ totam mundum fuisse deceptum : et duobus eorum in gloria mortuis, ipsum Jesum in lignum suspensum manifeste proponens, insuper dilucida voce afiirmarevel potins mentiri prœsumpsit, quod omnes fatui sunt, qui credunt nasci de Virgine Deum, qui creavit naturam et omnia, potuisse. » La réponse de Frédéric dans Pétri de Vineis, Epp. I, ep. 31. qui appelle le pape, en faisant allusion à l'Apoc. VI, 4: « Ipse draco magnus, qui seduxit Universum orbem, Antechristus, cujus non dixit esse preambulum, et alter Balaam, conductus pretio, ut malediceret nobis, princeps per principes tenebrarum, qui abusi sunt prophetiis. »
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reur de parjure, de tyrannie, et d'avoir dit publiquement (l'accusation n'est pas sans fondement) que l'univers a été trompé par trois imposteurs, Moïse, le Christ etMahomet(l). Frédéric marche sur Rome [1240], bat les Romains, chasse de la Fouille les Vénitiens, les ecclésiastiques et les moines qui ne sont pas sujets de l'empire, et s'empare de Bénévent. Grégoire convoque un concile à Rome; un grand nombre de prélats s'embarquent à Gênes pour se rendre par mer à l'appel du pape, Enzins attaque leur navire, les fait prisonniers, en tue quelques-uns. Grégoire meurt de douleur à cette nouvelle [21 août 1244]. Frédéric, de crainte d'irriter davantage l'opinion publique, permet aux évêques prisonniers de se réunir en conclave à Naples pour y éUre un nouveau pape. Leur choix tombe sur Célestin IV, qui meurt au bout de dix-huit jours, et a pour successeur, après unelongueet vive lutte. Innocent IV, élu à Anagni. En apprenant son élection, Frédéric dit: « Fiesque était > mon ami, mais le pape sera mon ennemi. » Le pape promet à l'empereur de lever l'excommunication, à condition qu'il se justifiera dans un concile œcuménique. Mais Frédéric prétend tout d'abord être relevé de l'anathème, refuse toute condition, marche sur Rome en pillant tout sur son passage. Le pape persiste à ne vouloir lever l'excommunication qu'après que Frédéric se sera acquitté de ses obUgations envers le Saint-Siège; l'empereur veut s'emparer de sa personne et l'oblige de se réfugier, avec ses cardinaux, à Gênes d'abord, et de là à Lyon, où le pape convoque le premier concile de ce nom, ou
(1) La justification de Frédéric contre ce reproche dans Gieseler, Hist. ecclesiast., t. Il, P. II, p. 129, ne nous paraît guère probante. Déjà en 1201 Simon de Tournay, professeur de théologie à Paris, doit avoir dit : « Très sunt qui mundum sectis suis et dogmatibus subjugarunt, Moyses, Jesus et Mahometus. Moyses primo Judaicum populum infatuavit, Jesus Christus a suo nomine christianos, gentilem populum Mahometus.» Cf. Tliom, Cantipratayms {Domimca.m, -}- 1263], Bonum universale de apibus, lib. II, c. 40, n° 5 : et un homme d'esprit, comme Frédéric, devait s'être approprié après cela une pareille frivolité ! Ce qui paraît d'ailleurs très-décisif contre Frédéric, c'est que le fait est affirmé par un contemporain musulman, à savoir l'iman de la grande mosquée de Jérusalem, dans Reinaud, Extraits des historiens arabes relatifs aux guerres des croisades. Paris, 1829, p. 431. Schlosser dit aussi de Frédéric (Hist. universelle, t. VIII,
le Treizième Concile œcuménique. [1245] (1).
Il s'y trouva cent quarante [250?] archevêques et évoques, les patriarches de Constantinople, d'Antioche et d'Aquilée. Les décrets du concile portèrent sur les rapports des Eglises d'Orient et d'Occident, sur la situation de l'Église vis-à-vis des Sarrasins, l'invasion des Tartares en Hongrie, la querelle avec l'empereur et les mœurs du clergé. Frédéric, défendu par son chancelier Thaddée de Suessa, dans un discours plus éloquent que solide, fut déclaré excommunié et déchu de l'empire, comme convaincu d'hérésie, de sacrilège et de criminelle connivence avec les Sarrasins.
Frédéric fit parvenir sa protestation à tous les princes, mais les preuves par lesquelles il prétendit établir que le pape ne pouvait punir les princes eurent aussi peu de succès que les déclamations des partisans de son absolutisme impérial. La papauté trouva alors de puissants auxihaires dans les nouveaux ordres mendiants, les Dominicains et les Franciscains, qui balancèrent heureusement l'influence des Minnesœnger^ trop souvent adversaires spirituels et caustiques de toute vérité sérieuse. Les princes allemands élurent à la diète de Hochheim près de Wurtzbourg [1246], le landgrave de Thuringe, Henri Raspe, et après sa mort [1247] Guillaume, comte de Hollande. Conrad IV, fils de Frédéric, lutta contre tous deux, pendant que l'empereur combattait en personne dans la Fouille et contraignait les moines et le clergé à ne tenir aucun compte de l'excommunication du pape. Enzius fut pris par les Bolonais ; l'empereur marcha à sa délivrance ; mais il mourut [13 décembre 1250], après un règne souillé par les plus affreuses cruautés, telles que le supplice de son
p. 200) : « Il était du reste plus célèbre chez les Mahométans des contrées les plus éloignées que parmi ses contemporains d'Europe, et non sans raison. Ses meilleurs soldats dans les Deux-Siciles étaient mahométans : lui-même pratiquait une philosophie plus conforme à l'islamisme qu'au christianisme, et sa passion pour les femmes lui fut aussi funeste qu'autrefois à Salomon. » Sur l'écrit postérieur De tribus impostoribus, cf. De impostura religionis brève compend. sive Lib. de tribus impostoribus, publié par Genthe. Leipsig, 1833. (1) Mansi, t. XXIII, p. 605 sq.: Harduin, t. VII, p. 375 sq.
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conseiller Pierre des Vignes [1249] (1), auquel il avait fait crever les yeux.
Il avait malheureusement fallu, durant ces longues luttes et le séjour de dix années d'Innocent IV en France, faire peser de forts impôts sur toutes les églises. L'amour et la confiance envers le Saint-Siège en avaient été affaiblis; car on ne sentait que trop qu'il s'agissait ici, non plus uniquement, comme dans la querelle des investitures, de la liberté et de la sainteté de l'Église, mais bien de ses possessions territoriales. Innocent était venu à Rome après la mort de Frédéric II. Ayant déclaré la maison des Hohenstaufen déchue de l'empire, et s'étant allié aux Lombards, il se hâta de prendre possession de la Sicile, comme d'un fief vacant appartenant à l'Église, et, à cette occasion, entra successivement en pourparlers avec le comte Richard, frère de Henri III, roi d'Angletere, Charles d'Anjou, frère de Louis IX, roi de France, et Edmond, prince d'Angleterre, pendant que Conrad IV, fils de Frédéric, élu dès 1234 roi des Romains, faisait de son côté valoir ses droits sur l'Italie. Conrad mourut bientôt [1254]. Le pape se montrant disposé à protéger les droits de son fils Conradin, âgé de trois ans (2), Manfred, frère naturel de Conradin et son tuteur, se soumit [septembre 1254]. Mais de nouveaux différends ayant éclaté, Manfred prit les armes, en apparence pour Conradin, et envahit la Fouille et la Calabre. Sur ses entrefaites. Innocent mourut à Naples [13 décembre 1254]. Alexandre IV, élu à sa place, ne parvint pas mieux que son prédécesseur à rendre la paix à l'Église, et fut contraint de prononcer l'excommunication contre Manfred, qui ne s'en fit pas moins couronner à Palerme roi des Deux-Siciles [1258], menaça le pape dans ses États, et le força d'entrer en conférences ; mais Alexandre mourut avant leur conclusion. L'influence d'Alexandre avait paru se fortifier en Allemagne, où l'élection pour l'empire se balançait entre Richard de Cornouailles et Alphonse le Sage, roi de Castille. Cependant les aff'aires traînèrent encore en longueur sous son successeur Urbain
(1) Son testament dans Muratori, t. IX, p. 6G1. Cf. Raumer. t. IV, p. 263 sq. ; sur Pierre des Vignes, p. 256-60 et 632-38.
(2) Raynaldus. ad ann. 1254, n° 46. Cf. Raumer, t. IV, p. 351 sq.
§ 223. — CROISADE DE SAINT LOUIS (ix). 333
IV, et Richard mourut [127:2] avant que rien ne fût terminé. Urbain, ayant en vain cité Manfred à Rome et prêché une croisade contre lui, résolut enfin de donner, malgré l'opposition de Louis IX, la couronne de Sicile à Charles d'Anjou, que Clément IV, successeur d'Urbain, couronna à Rome [janvier 1266], après l'avoir soumis à de rudes conditions. La Sicile tomba au pouvoir de Charles, après la victoire de Bénévent, où Manfred fut tué. Charles, malgré les sages avertissements du pape, régna en tyran ; son joug devint plus intolérable encore aux Sicihens que celui des Hohenstaufen. Les mécontents appelèrent alors à leur tête Conradin, que le pape avertit et menaça d'abord et qu'il finit par excommunier, quand il le vit entrer en Italie [1267]. Conradin fut vaincu à la bataille de Tagliacozzo, aubord du lac Celano [2 octobre 1268]; pris danssafuito avec son ami, Frédéric d'Autriche, tous deux eurent la tète tranchée à Naples [29 octobre 1268], malgré les vives réclamations adressées à Charles, pour le disposer à la clémence, par le pape, et par Louis IX, dont Clément avait réclamé le concours (1).
§ 223. — Croisade de saint Louis (IX). — Pragmatique- Sanction.
Ludovici Vita et conversatio per Gaufred. de Belloloco, confessor., et Guil. Carnotens. capellan. ejus, et Ludov. Ep. de Captatione et liberatione sua (du Chesiie, t. V). Wilken, les Croisades, t. VII. Rqurnev, Hist. des Hohenstaufen, t. IV. p. 269-312.
Les déplorables querelles du sacerdoce et de l'empire firent tomber l'enthousiasme qui avait poussé les peuples chrétiens en Palestine. La tribu farouche des Khowarismiens, engagée au service du soudan Egypte, après avoir
(1) Reijnaldus. ad ann. 1268, n° 34 sq. : « Perperit sibi ea severitateCarolus non modo illius œtatis hominum, sed etiam futurorum sœculorum, invidiam et odia collegit; gravissimeque, ut asserunt Ricoi'danus et Joannes Villanus, a pontifîce increpitus est : tantuni abest, quod aliqui commenti sunt, qui tanto pontifici, ac re ipsa clementissimo, crudelitatis maculam aspcrgere voluerunt, atque illi hoc famosum dictum impegere. » Vita Conradini mors Caroli : mors Conradini vita Caroli. Cf. Raumer, t. IV, p. 613-20.