‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 131 sur 280 · II. W · texte numérisé non relu

II. W

menacé longtemps le royaume de Jérusalem, finit par s'emparer de la ville sainte [1247]. Louis IX, le saint roi de France, était alors sérieusement malade. Il fit vœu, s'il se rétablissait, d'entreprendre une croisade. Il sut communiquer son pieux désir aux chevaliers que, durant les fêtes de Noël, il avait à leur insu armés de la croix [1248]. Persuadé qu'on ne pouvait conquérir la Palestine sans s'être emparé d'abord de TÉgypte, saint Louis dirigea la sixième croisade vers les côtes d'Afrique et prit Damiette [1249]. Mais la témérité du comte d'Artois fit tomber le roi au pouvoir des Sarrasins, près de Mansourah [1250]. Il reçut durant sa captivité une lettre de condoléance du pape, qui l'encourageait à prendre patience et à adorer humblement les insondables arrêts de la Providence. Le souverain pontife ordonna des prières dans toutes les églises de France pour les captifs. « Orient trompeur ! s'écriait-il , fatale « Egypte ! ô Jérusalem dont la délivrance a coûté tant de « sang, quand consoleras-tu enfin l'Eglise de toutes les « douleurs que tu lui imposes ! » En même temps, il fit un appel aux royaumes d'Occident, pour que tous les chrétiens vinssent personnellement ou pécunairement au secours de leurs frères captifs. Malgré ces efforts généreux, ce ne fut qu'au bout de quatre ans que Louis put revenir en France. Le malheur n'avait affaibli ni sa royale dignité ni l'amour de ses sujets.

Le pieux et sage roi se mit alors à travailler avec d'autant plus de zèle au bonheur de son royaume et spécialement à l'élévation du tiers état. A cet effet, il publia la célèbre Pragmatique-Sanction [mars 1269] (1), pariaquelle il voulut à la fois garantir la liberté des élections ecclésiastiques et arrêter la vente des bénéfices dont l'usage avait reparu, garantir l'Église nationale de France contre l'abus des impôts établis par les papes et confirmer les privilèges obtenus jusqu'alors (2). Il ne put résister au désir d'entre-

(1) La Pragmatique-Sanction en six articles, dans Mansi, t. XXIII* p. 1259-62; Biblioth. Patrum (Paris), t. VI, p. 1273, seul texte exact. Cf. Raynald. ad ann, 1268, n. 37, et Sponda7ius ad ann. 1268, n. 9.

(2) L'authenticité de cette pragmatique a été, non sans raison, révoquée en doute. {Note des Traducteurs.)

prendre une nouvelle croisade, quand il connut la prise d'Antioche, par Bibar, Soudan d'Egypte [1268]; la couronne dépines à la main, le saint et chevaleresque héros parvint à gagner encore une fois la noblesse de France à sa cause. L'expédition devait en même temps attaquer le royaume de Tunis et y établir une colonie. Mais la peste éclata dans l'armée et enleva Louis [24 août 1270]. Avec lui s'évanouirent les derniers élans de l'amour des peuples pour la Terre-Sainte. L'empire latin ne put s'y maintenir ; les Grecs, sous Michel Paléplogue, reconquirent Constantinople [1261], et Ptolémaïs, malgré les efforts de Grégoire (1) et une défense glorieuse, tomba au pouvoir des infidèles [10 mai 1291].

D. Commencement de l'iniluence irançaise; lenteur des élections papales.

§ 224. — • Grégoire X [1271-76], Le concile de Lyon; Mort de saint Thomas d'Aquin et de saint Bonaventure ; Rodolphe de Habsbourg.

A la mort de Clément IV, le siège apostolique resta vacant pendant près de trois ans. Après d'opiniâtres divisions parmi les cardinaux, Grégoire X fut élu à Viterbe [1" septembre 1271], et consacré à Rome [mars 1272]. Il venait de quitter Louis IX, captif en Palestine, et lui avait promis de travailler à sa délivrance. Aussi ses premiers efforts se dirigèrent-ils vers une nouvelle croisade. Il assembla à cette fin le deuxième concile de Lyon, ou

le Quatorzième Concile œcuménique [1274]

Saint Thomas d'Aquin était mort en s'y rendant, saint Bonaventure mourut pendant les sessions. Outre la croisade, le concile s'occupa de l'union des Églises d'Orient et

(1) Humbertus de Romanis (général des dominicains), De his qiice tractanda videbantur in conc. generali Liigd. dans Mansi. t. XXI, p. 109 sq. Grégoire avait quitté Jérusalem en s'écriant avec le Psalmiste : « Si oblitus fuero tui, Jerusalem, oblivioni detur dextera mea : adhaereat lingua faucibus meis, si non nieminero tui, si non proposuero Jerusalem in principio laetitise me«e. »

d'Occident, et l'on vit les Grecs, au moment où l'on chantait le Credo, à la messe du pape, répéter trois fois le Filioque (1). Le Concile publia aussi des décrets sur les élections ecclésiastiques et la réforme de la discipline (2).

Après la mort de Richard, l'Allemagne avait élu, selon le désir du pape et d'après l'indication de l'archevêque de Mayence, Rodolphe de Habsbourg [1273-91], qui s'était fait remarquer et aimer de tout le monde, tout jeune encore, à la suite de l'empereur Frédéric II. On pouvait espérer de ses sentiments et de son courage connus qu'il relèverait le trône de son abaissement, qu'il rétablirait l'unité de l'empire et l'union entre l'Église et l'État. Son chancelier Otbon vint à Lyon et y promit avec serment, au nom de Rodolphe, que l'empereur maintiendrait les droits concédés à l'Église romaine par Othon IV et Frédéric II, n'attaquerait jamais les États de l'Église, et ne ferait point la guerre au roi de Sicile.

Grégoire et Rodolphe se rencontrèrent, après le concile, à Lausanne [1275]. L'empereur y renouvela le serment prêté par son chancelier, et fit encore de plus grandes concessions à l'Église romaine (3). Par contre, le pape excommunia tous ceux qui ne reconnaîtraient pas Rodolphe. Grégoire mourut à Arezzo, avant d'être revenu à Rome, et après avoir prédit au tyrannique Charles d'Anjou que le jour de la vengeance arriverait. Pour empêcher à l'avenir les retards qui avaient précédé son élection, il avait ordonné la tenue d'un conclave dans lequel les cardinaux devaient rester enfermés jusqu'à la fin de l'élection, et au bout de ti'ois, ou tout au plus de cinq jours, ils devaient recevoir moins de nourriture, à mesure que l'élection se prolongerait (4).

(1) La formule de conciliation est ainsi conçue : « Fideli ac devota confessione fatemur, quod Spiritus sanctus reternaliter et Paire et Filio non tanquam ex duobus principiis, sed tanquam ab uiio principio, non duobus spirationibus, sed unica spiratione procedit.

(2) Les actes dans Mansi, t. XXIV, p. 38 sq. ; Harduui, t. VII, p. 670. Les Epp. Grcgorii X, dans Mansi, t. XXIV, p. 27 sq., 107.

(3) Gerbert, Cod. cpistolar. Rudolphi I. S. Blasii, 1772, in-fol. ; Bodniann, Cod. Rudolphi I epp. 230 anecdotns continens. Lipsiœ, 180G. Cf. Raijnaldus, ad ann. 1274, n" 5 sq.

(4) Gregorii Constitulio II de electione et electi polestate (Mausi,

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