LKS PAPES, DEPUIS INNOCENT V
§ 225. — Les papes, depuis Innocent V [iTî%] jusqu'à l'abdication de Célestin F [1294].
Le pape Innocent V n'eut que le temps de réconcilier les Guelfes et les Gibelins en Toscane. Ses successeurs Adrien V et Jean XXI régnèrent peu de temps (1). Le pape Nicolas III [1277-80], déploya une grande vigueur contre la tyrannie de Charles d'Anjou, lui reprit le vicariat de Toscane, et le contraignit de renoncer au titre de sénateur de Rome.
Rodolphe de Habsbourg avait renoncé à tous les droits de l'empire sur les villes de la Romagne et' même à leur serment de fidélité. Par contre, Nicolas (2) négocia une paix favorable à Rodolphe en vue de ses prétentions contre
t. XXIV, p. S\-9.6;Hardmn, t. VII, p. 705-8) : « Quod (servato libero ad secretam cameram aditu) ita claudatur undique ut nullus illuc intrare valeat vel exire; nuUi ad eosdem cardinales aditus pateat vel facultas secrète loquendi cum eis; nee ipsi aliquos ad se venientes admittant, nisi eos qui de voluntate omnium cardinaliuni inibi prœsentium, pro iis tantum quae ad electionis instantis negotium pertinent, vocarentur. — In conclavi tarnen praedicto aliqua fenestra competens dimittatur, per quam eisdem cardinalibus ad victum necessaria commode ministrentur : sed per eam nulli ad ipsos patere possit ingressus. Verum si, quod absit, infra très dies, postquam, ut prfedicitur, conclave prsedictum iidem cardinales intraverint, non fuerit ipsi Ecclesiae de pastore provisum, per spatium quinque dierum immédiate sequentium, singulis diebus, tam in prandio quam in cœna, uno solo ferculo sint contenti. Quibus provisione non facta decursis, ex tune tantunimodo panis, vinum et aqua ministrantur oisdem, donec eadem provisio subsequatur. »
(1) Cf. sur tous les trois, Mansi, t. XXIV, p. 153-83.
(2) Vita Nicolai papœ III Mansi, t. XXIV, p. 191. Cf. quant aux possessions de l'Etat de l'Église, Raynaldus, ad ann. 1278, n° 51 sq,, et plus bas, n° G2 sq. On décrit ainsi la ratification des anciennes donations faites à l'Eglise romaine : « Ad bas pertinet tota terra quas est a Radicofano usque ad Ceperanum, marchia Anconitana, ducatus Spoletaniis, terra comitissae Mathildis, civitas Ravennœ, et .-EmiliajBobium, Caesena, Forumpopuli, Forumlivii, Faventia, Iniola, Bononia, Ferraria, Coniaclum, Adriam atque Gabellum, Ariminum, Monsfeltri, territorium Balnense, Pentapolis, Massa Traharia, cum adjacentibus terris et omnibus aliis ad Romanam Ecclesiam pertinentibus, cum omnibus finibus, territoriis atque insulis in terra manque ad provincias, civitates, territoria et loca praedicta quoquo modo pertinentibus, ut suprascriptas provincias, civitates, loca et territoria. »
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Charles d'Anjou [1280]. Malheureusement pour l'Église, il éleva outre mesure la famille Orsini, déjà trop puissante. Une élection orageuse, faite sous l'influence de Charles, lui donna pour successeur un Français, Martin IV [1281- 85], qui s'attira le grave reproche de n'avoir point opposé l'autorité pontificale à la tyrannie de Charles, d'avoir, pour ainsi dire, favorisé celle-ci en même temps que le parti des Guelfes, en partageant leur haine contre les Gibelins et en interdisant la ville de Forli, qui leur appartenait. Il paya cher sa partialité, en vivant assez pour être témoin de l'horrible massacre des Français durant les Vêpres Siciliennes [30 mars 1282] (1). La conspiration, tramée par Jean de Procida et le roi d'Aragon, Pierre III, époux de Constance, fille de Manfred, eut pour résultat l'union de la Sicile et de l'Aragon (2). Quoique le pape Martin excommuniât Pierre III, le déclarât déchu du trône d'Aragon, comme fief de la papauté, et, plus tard, du royaume de Valence, qu'il offrit à Philippe de France pour ses fils, ses censures ecclésiastiques restèrent sans effet; Pierre s'empara même du fils unique de Charles, et laissa en héritage l'Aragon à son fils aîné Alphonse, la Sicile à son deuxième fils Jacques. En vain le pape Honorius IV, successeur de Martin, renouvela l'excommunication contre Jacques [1285-87] ; en vain il voulut limiter la puissance royale dans l'établissement des impôts dont elle écrasait les Siciliens. La puissance de Charles d'Anjou (f 1285) et celle de son fils Charles II fut restreinte à la possession de Naples. Après Honorius on élut, malgré lui, le général des Franciscains, Jérôme d'Ascoli, sous le nom de Nicolas IV [1288-92], qui parvint à délivrer Charles II, enfermé dans Naples, et vit tomber, sous son règne, Ptolémais [18 mai 1291], le dernier boulevard de l'Église d'Orient. L'Occident paraissait avoir recueilli tous les fruits possibles des croisades (3], et les chrétiens se trouvaient,
(1) Raynaîdus, ad ann. 1282; Schlosser. Hist, univ., t. III, P. II, sect. 2, p. 81 sq.
(2) Gesta Pétri régis {Muratori, Thesaur. Ital., t. X, P. V). Cf. Mart. IV, ep. dans d'ylc/terj/ Spicileg., t. III, p. 684.
(3) Heeren, Développement des conséquences des croisades pouif«. l'Europe. Gcelt., ISOS (Œuvres historiques, t. II); Mœlkr, Précis
jtisqu'a l abdication de CELESTIN V. 33&
en grande partie par leur faute, exclus désormais des contrées dont la conquête les avait si longtemps occupés.
Les penseurs sérieux, qui comparent l'état général de l'Europe à la fin et au commencement des croisades, s'accordent à reconnaître les innombrables avantages qu'en a tirés la civilisation. Les progrès de la navigation, du commerce, de l'industrie, sont des résultats évidents du contact de l'Occident avec un monde plus cultivé ; mais ce ne sont pas les seuls et les plus importants. La société européenne, toujours menacée dans son existence par des invasions dévastatrices, s'en délivre en devenant conquérante et envahissante à son tour. Les foyers isolés, que la féodalité a élevés au sein de l'État, se fondent dans une action et un intérêt communs et puissants, et la liberté politique, dégagée de son esprit inquiet et hostile, peut désormais, sans violence, sans briser l'unité sociale, s'établir et se développer. Enfin, outre les avantages politiques, les translormations sociales et les progrès matériels de la civilisation, les croisades accrurent le triomphe de l'idée religieuse. Cette idée n'est pas un produit de la raison : elle est plutôt dirigée contre les calculs de la raison, qu'elle étonne en la dépassant, et déconcerte par l'action subite, vivante et profonde qu'elle exerce sur la foi. C'est cette influence morale surtout qui justifie les croisades et en explique la portée. Le réveil de la foi et son triomphe sur la raison égarée, précisément au moment où le rationalisme se prépare à dessécher les cœurs et à détourner l'intelligence de sa vraie direction, tel est le résultat direct, immédiat et étonnant des croisades, résultat qui seul explique l'enthousiasme des prédicateurs, l'intérêt énergique que prennent les apôtres de la foi et les hommes les plus pacifiques au succès de ces entreprises héroïques et chevaleresques, pendant qu'Abélard et ses disciples , froids et indifférents, n'y voient qu'imprudence et folie, et les combattent avec l'opiniâtreté de la prudence humaine. La sagesse du rationalisme chrétien, comme autrefois la sagesse de la raison païenne, devait être confondue par la folie de la croix. Rien, en effet, ne pouvait mieux réveiller
p. 383-86. Voir aussi les vues judicieuses et profondes de Ratisbonne^ Vie de saint Bernard, p, 4l-4ü.