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BONIFACE VIII

concluait enfin par la canonisation, poursuivie depuis vingtcinq ans, de saint Louis, aïeul de Philippe. Edouard et Philippe finirent par remettre la décision de leur querelle, non pas au pape Boniface, mais à Benoît Cajétan [1298]. L'arbitre, jugeant en toute équité, décida que les choses devaient rester dans leur situation ancienne. Philippe n'y put consentir : il jura de rallumer la guerre dès la fin de l'armistice, et il la recommença en effet, avec une effrayante ponctualité, en faveur du comte de Flandre. Il se railla du pape en contractant avec le nouvel empereur Albert une alliance qu'il fit ironiquement annoncer à Boniface par son ministre, et continua à pressurer TEglise. Boniface, poussé à bout, ne sut plus se contenir. Sciarra Colonna ayant porté l'insolence jusqu'à piller le trésor du pape, Boniface fit détruire de fond en comble Palestrina, la principale place forte de Colonna [1299J; il choisit malheureusement pour négociateur Bernard de Saisset, évoque de Pamiers, qui, dans la première lutte avec Philippe, s'était déjà attiré la haine de ce dernier. Bernard, dit-on, réclamant la délivrance du comte de Flandre, parla au roi d'un ton d'autorité, en le meuaçant d'interdit, en cas de refus. Philippe le fit expulser de sa cour et de son royaume : le pape le renvoya dans son diocèse. Le roi résolut alors de pousser la querelle jusqu'à ses dernières conséquences, et mit en usage tout ce que la science du droit, alors florissante en France, put lui fournir de moyens pour faire de l'argent et soutenir sa cause. Il en avait principalement chargé Pierre Flotte, habile à trouver et à réaliser des ressources financières, et Guillaume Nogaret, professeur de droit à Montpellier, qu'il avait appelé à la cour, pour utiliser son savoir et son talent, désirant toujours cacher ses violences sous les formes de la légalité et du droit.

Ces deux juristes unirent leurs efforts dans l'instruction du procès intenté à l'évêque de Pamiers, accusé du crime de lèse-majesté, et ils firent preuve du savoir qu'ils avaient acquis dans l'étude du droit bysantino-romain. Nogaret, s'appuyant sur des motifs aussi ridicules que contradictoires, demanda la condamnation juridique et solennelle de l'évêque de Pamiers, qu'on arrêta en effet, pendant

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