‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 146 sur 280 · TANCHELME, EON. PIERRE DE RUIS · texte numérisé non relu

TANCHELME, EON. PIERRE DE RUIS

Éon (l) (Eude de Stella), qui errait en Bretagne et en Gascogne, se donna aussi pour le fils de Dieu et voulut fonder un royaume. Il semblait qu'on allait voir renaître toute la série des hérétiques qui autrefois s'étaient élevés en Samarie pour y jouer le rôle du Messie. Le concile de Reims [1148] condamna Eon à une prison perpétuelle. Pierre de Bruis, prêtre dégradé, fit grand bruit dans le sud de la France [depuis 1104] ; il rejetait le baptême des enfants, le sacrifice de la messe comme continuation du sacrifice de J.-C, et ne considérait l'Eucharistie que comme un signe coramémoratif : pour les adorateurs en esprit, disait-il, il n'est pas besoin d'Église. Il brûla, en conséquence, à Saint-Gilles, près d'Arles, toutes sortes d'images, excita contre lui la fureur du peuple, qui finit par le tuer {Petrobrusianï). Après lui vint un moine nommé Henri de Lausanne [1116-48], qui, dans son zèle fanatique contre toute espèce de culte, proscrivait même les chants d'éghse. Ses emportements contre un clergé tiède et immoral et son éloquence lui gagnèrent beaucoup de partisans en Suisse et en Savoie {Henriciani). Hildebert, évêque du Mans, chercha en vain à l'accueillir avec bienveillance; Henri continua à prêcher publiquement contre le clergé, se prétendant animé d'un esprit supérieur; le concile de Pise, et plus tard celui de Reims [1148], le condamnèrent à un emprisonnement perpétuel dans un couvent où il mourut. Le nom présomptueux de Cathares (Kaôa^oi) se rapporte à diverses sectes, dont quelques-unes présentent les caractères des sectes gnostiques et manichéennes (2). Les plus austères et les plus instruits de tous ces Cathares enseignaient que ce n'était pas le Dieu de la lumière, mais bien le dieu des ténèbres, le diable, qui est l'auteur de toutes les choses visibles; que son fils Lucifer a séduit une partie des anges dans le ciel et les a emprisonnés dans les corps ; que les anges captifs forment une classe particulière et choisie parmi les hommes pour la déhvrance desquels un autre

(1) On prétendait que son nom avait été prédit dans cette formule des prières de l'Église : per eum, qui venturus est judicare vivos et mortuos.

(2) T. Schmidt, les Cathares dans le sud de la France dans la dernière partie du Xlir siècle. Strasbourg, 1847.

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