G. — LES ALBIGEOIS
l'opinion que le mal est l'auteur du monde sensible, et rinipureté la voie de toute génération, les uns s'abstenaient de toute chair, les poissons exceptés, rejetaient le mariage, comme une impureté, ou ne le permettaient qu'avec une vierge, les époux devant se séparer après la naissance du premier enfant. Les autres donnaient toute carrière aux passions charnelles et tombaient dans les plus abominables excès ; aussi bien, disaient-ils, l'homme vient non de Dieu, mais du péché. Les âmes, toutes créées en même temps, sont des esprits déchus qui doivent se purifier à travers les différents corps qu'ils revêtent, pour revenir à leur état primitif. Cette purification ne peut se faire que par les bonnes œuvres. Il n'y a pas de péchés rémissibles ; tous sont également dignes de la mort, mais leur châtiment se termine avec cette vie. (Juelques-uns allant plus loin encore, niaient limmortalité et tout ce qui ne tombe pas sous les sens ; quelques autres déduisaient de la prescience divine une sorte de fatalisme, et refusaient la hberté, non-seulement à l'homme, mais à Dieu même, qui ne pouvait ni connaître ni empêcher le mal. Quoique Alexandre III eût déjà fait prêcher la croisade des Albigeois [1164], cependant on n'agit vigoureusement contre eux que sous Innocent III, qui jugeait leur doctrine la ruine de l'Église et de ia société, et les déclarait « pires que des Sarrasins. » Il leur envoya d'abord, avec plein pouvoir [1198], deux moines de Cîteaux, Rainier et Guido, chargés de les ramener, par la prédication et la discussion, à l'Église catholique. Leur tentative n'ayant pas eu de résultat, ils reçurent de l'évêque espagnol Diego d'Osma [1206] et du sous-prieur de la cathédrale, Dominique, le conseil de renvoyer leur suite, de marcher dans la pauvreté apostolique et d'essayer de nouveau par là de convertir les hérétiques. Cette pensée, inspirée de Dieu, fut embrassée avec ardeur par les nouveaux légats, Pierre de Castelneau et Raoul, qui s'avancèrent, les pieds nus, dans un appareil tout évangelique, sans réussir beaucoup mieux que leurs prédécesseurs. Pierre de Castelnau fut même assassiné, et on eu accusa, non sans fondement, Raimond VI, comte de Toulouse, généralement reconnu comme le protecteur de ces hérétiques et qui avait eu quelques différends avec Pierre. C'est