REMARQUES SUR LES RIGUEURS, ETC
§ 237. — Remarques su?' les rigueurs exercées contre ces sectes.
On a prétendu, par des témoignages historiques tout à fait insuffisants, prouver qu'une filiation secrète rattache toutes ces sectes aux Pauliciens grecs, ou encore aux Manichéens, dont ils auraient connu la doctrine par les ouvrages de saint Augustin. Ce qu'il y a de plus certain, dans tous les cas, c'est que la source la plus profonde de toutes les hérésies se trouve dans le caractère spécial de certains hommes, et dans leur situation particulière vis-à-vis de rÉgUse. Tous ces hérésiarques ont cherché un prétexte à leur prétendu zèle, dans l'indifférence, quelquefois trop réelle, du clergé à satisfaire les besoins religieux des peuples. Ils ont puisé dans leur orgueil et leur ignorance leur mépris de tout mystère et leur ardeurfougueuse contre tout ce qui tenait à l'Église. Arnaud de Brescia, dans la haute ItaUe, et les troubadours, toujours prêts à se moquer de tout ce qui tenait à la hiérarchie ecclésiastique, frayèrent la voie à ces fanatiques sectaires.
Quand on songe au blâme universel qui retomba sur la condamnation à mort des Priscilliens, on s'étonne justement des rigueurs exercées contre les Albigeois. Cependant il ne faut pas oublier, en jugeant ces faits, le caractère spécial de ces hérésies, dont les partisans, loin de se restreindredans les limites de la sphère spirituelle, tiraient de leur opposition dogmatique des principes qu'ils répandaient partout, qui ébranlaient toutes les relations sociales et ouvraient la carrière à la plus honteuse immoralité, lorsqu'ils déclaraient le mariage une fornication, qu'ils brûlaient les temples bâtis par la piété des fidèles, et saccageaint tous les objets d'un culte cher aux populations, au point que saint Bernard s'écriait avec douleur : « Les églises sont désertes, les peuples sans prêtres, les sacrements profanés : le chrétien meurt abandonné par l'Éghse sans pénitence, sans conversion (1). » Gomment le moyen âge, avec sa rudesse,
(1) Hurter juge de même : « Innocent n'avait qu'un but : délivrer la France méridionale des erreurs qu'aucun avertissement, aucun