‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 154 sur 280 · REMARQUES SUR LES RIGUEURS EXERCÉES, ETC · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LES RIGUEURS EXERCÉES, ETC

aurait-il pu paisiblement endurer ces excès? Sous le point de vue même le plus favorable, ces sectes étaient loin de s'unir à l'Église pour combattre le mal reconnu par celle-ci : elles semblaient n'avoir d'autre but que de renverser l'Église elle-même. Or l'Eglise catholique étant, dans la conviction universelle du temps, la seule voie du salut, et de faibles écarts de sa doctrine étant considérés comme détournant de la voie entière, il n'est pas étonnant que le chef de la chrétienté, inquiet du salut des peuples, après avoir agi d'abord avec douceur et par la persuasion, finît par user de la plus grande sévérité contre les ennemis de l'Église. Le pouvoir temporel, alors intimement uni à la puissance spirituelle, se fit aussi un devoir de seconder TEglise, lorsqu'il vit que ses propres fondements étaient menacés. Cette étroite alliance de l'État et de l'Éghse explique comment le droit politique du moyen âge considérait l'hérésie comme un délit politique. C'est ainsi que, dans le Code siciUen de Frédéric II, analysé plus haut, et qui n'était certes pas rédigé dans un esprit favorable au clergé, les peines les plus sévères sont décrétées contre les hérétiques. Tout cela cependant ne justifie pas à nos yeux la peine de mort prononcée contre les hérétiques par la justice temporelle, car nous devons désirer, avec saint Augustin u que l'on convertisse, mais non pas qu'on im- » mole les hérétiques ; qu'on emploie contre eux toute » mesure de disc'pline sévère et répressive, mais non qu'on » les soumette aux peines mêmes qu'ils ont méritées. » Nous voulons donc simplement expliquer comment l'opinion

moyen de conciliation n'avait pu dissiper. Il y était poussé par la conviction qu'il n'y a pour l'honnnie qu'une voie de salut; que s'en écarter sur un point, c'est s'en écarter complètement. Il devait atteindre ce but d'après l'obligation qu'il avait de veiller sur tous les chrétiens, en employant tous les moyens, l'affection comme la sévéi'ité, la bienveillance comme le châtiment du père de famille; il le devait dans la conscience qu'il avait de sa mission, consistant, à ses yeux, bien plus à imposer des devoirs qu'à concéder des droits. Toutes les instructions données à ses légats, tous les rescrits adressés à ces provinces prouvent qu'il aurait mille fois préféré atteindre ce but sans employer des moyens durs et illégitimes, qui d'ailleurs lui semblaient bien mérités par ceux qui s'opposaient si opiniâtiéaient à ce qu'il considérait comme leur unique salut. » Cf. Leo, Manuel de l'histoire du moyen Age, p. 509 sq.

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