S. — AMAURY DE BÈNE J DAVID DE DINAX, ETC
générale du moyen âge devait entraîner les deux puissances à prendre, à l'égard des hérétiques, des mesures si contraires à celles des siècles antérieurs, et comment, faisant un pas de plus pour réduire complètement ces sectaires, on les soumit à une surveillance personnelle, et on en vint à l'établissement de l'Inquisition, si faussement jugée d'ailleurs. Il en sera question plus loin et plus en détail. Nous dirons seulement ici, en passant, qu'on a élevé dans ces derniers temps les doutes les plus fondés sur la manière dont, jusqu'à présent, on avait représenté et apprécié la conduite du confesseur d'Elisabeth, l'ardent inquisiteur Conrad de Marbourg (1) [1213-33]. Dans tous les cas, l'Église ne peut pas plus que l'État être responsable de tous les actes de ses ministres.
§ 238. — Amaury de Bène ; David de Dinan; les Frères et les Sœurs du Libi'e-Esprit ; les Frères apostoliques.
La secte fondée par Amaury de Bène (2) présente un caractère différent de celui des sectes décrites jusqu'ici. Amaury, égaré par la lecture de Scot Érigène et des Péripatéticiens arabes, répandit parmi ses contemporains une doctrine strictement panthéiste, écho fidèle des idées de l'abbé Joachim. Tant qu'Amaury professa la logique et l'exégèse à l'Université de Paris, on ne remarqua dans son enseignement que cette opinion : que tous les chrétiens sont membres du Christ, dans ce sens que tous, comme tels, ils ont supporté avec le Christ les souffrances de la croix. La Sorbonne rendit contre lui une sentence (fue le pape confirma, et qui fit mourir Amaury de douleur [1204]. A sa mort, on reconnut qu'il avait eu un certain nombre d'adhérents, parmi lesquels Guillaume, orfèvre de Paris, et David de Dinan, et qu'il avait positivement enseigné la proposition
(1) Sur Conrad de Marbourg, voyez vie de sainte Elisabeth, par le comte de Montalembert.
(2) Engelhardt, Amaury de Bène (Traité d'hist. ecclés., n« 3) Conc. Paris. Acta (Martene, Thesaur. anecd., t. IV, p. 103 sq. ; dans Mans!, t. XXII, p. soi sq.); Slaudenmaier, Philosophie du christianisme, 1. 1, p. 633 sq.; Kramlein. De genuina Amalrici a Renaejusque sectatorum ac Davidis de Dinanto doctrina. Gissse, 1842.