AMAURY DE BÈNE ; DAVID DE DINAN ; LES FEÊRES
panthéiste : « Tout est un et un est tout ; ce tout est Dieu, l'idée est la même chose que Dieu. » Il niait par la même la Trinité, et en effet, il ajoutait : ù II faut entendre par le Père la période réelle de l'histoire du monde dans laquelle la vie des sens domine, comme il arriva dans les temps de l'Ancien Testament et dans les formes du culte judaïque ; le Fils est la période ideelle et réelle, durant laquelle l'homme se convertit à l'intérieur, sans cependant que l'Esprit puisse encore triompher du monde extérieur et que l'idéel et le réel soient coordonnés. Enfin, l'Esprit se manifeste dans la période purement ideelle et remporte la victoire. Dès lors les sacrements institués par le Christ dans la nouvelle alliance, le Baptême, la Pénitence et l'Eucharistie, n'ont plus de sens, et désormais chacun trouve son salut par l'inspiration immédiate du Saint-Esprit et sans aucune pratique extérieure. » Amaury enseignait en outre que : « L'inspiration résulte du recueillement de l'esprit en soi : prophètes, apôtres, poètes, tous sont également inspirés. La sanctification n'est autre chose que la conscience de la présence de Dieu, la pensée dn un et du tout. Le péché consiste dans l'état de l'homme limité par le temps et l'espace. La troisième période devant absorber tout ce qui est extérieur, tout culte extérieur doit par là même être aboli. Quiconque, ajoutait-il enfin dans sa démence impie, quiconque est dans l'Esprit saint, ne peut plus se souiller, alors même qu'il se livre à la fornication ; chacun de nous est le Christ et le Saint-Esprit. »
David de Dinan s'éloigna déjà beaucoup de ce principe idéel de panthéisme, en faisant de Dieu le principe matériel de tout; plus hostile encore au Christianisme qu'Amaury, il cherchait son autorité surtout dans la philosophie païenne. Bientôt le torrent de la fausse philosophie se confondit avec celui de tous les systèmes hérétiques des Cathares, Albigeois et autres, dans la doctrine d'Amaury ; car les uns et les autres, partant du même principe, aboutissaient au même résultat (1). De cette école, frappée surtout par les décisions du concile de Paris [1210], dériva, on a tout lieu de le présumer, la secte en partie montaniste, en partie panthéiste,
(1) Cf. Slaudemnaier, Philosophie du christianisme, t. I, p. 629 sq.