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KT LES SŒURS DU LIBRK-ESPRIT ; LES FRÈRES APOST

des Frères et des Sœurs du Libre-Esprit (1), qui tiraient leurs noms de la doctrine qu'ils professaient, ens'appnyant sur les textes de saint Paul, Rom. viii, 2, 14 ; de saint Jean, iv, 28 : (( L'esprit de vie qui nous domine nous a » délivrés du péché : délivrés de la loi, nous sommes de- » venus enfants de Dieu. » D'après leur panthéisme mystique, analogue à celui des Pauliciens, ils considéraient toute chose comme une émanation immédiate de Dieu, et s'appliquaient à eux-mêmes les paroles du Christ : u Moi et mon Père nous sommes un. » Quiconque est arrivé à cette conviction, disaient-ils, n'appartient plus au monde des sens (Jean, viii, 23), ne peut plus en recevoir de souillure, et n'a, par conséquent, plus besoin de sacrements. Séparant absolument le corps et l'esprit, ils prétendaient que les excès de la sensualité n'ont aucune influence sur l'esprit, et quelques-uns d'entre eux s'abandonnaient ainsi, en toute sécurité, aux plus grossières impuretés. Vêtus d'une façon bizarre, ils erraient çà et là en mendiant ; ilsfurent nommés Bégards, et en France, probablement par dérision, Turlupins. Leurs femmes les accompagnaient comme sœurs (d'où Scfnvestriones, de l'allemand schivester, sœur). Au milieu du XIIP siècle, ils excitèrent, surtout en Souabe, des moines et des religieuses à quitter leur règle et à ne plus se laisser conduire que par Dieu et son libre esprit. On prit alors de sévères mesures contre eux.

Les Frères apostohques (2) appartiennent à la même famille. Gérard Ségarelli, jeune fanatique de Parme, repoussé par les franciscains, fut leur fondateur. Comme beaucoup de sectaires antérieurs, il se crut appelé à faire renaître l'ère apostolique de l'Eglise. Il parut en 1261, accompagné de ses frères, mendiant, chantant et annonçant

(1) Voyez dans Engelhardt, Hist. ecclés., t. IV, p. 151, les ouvrages sur la matière.

(2) Hist. Dulcini et addimentum ad Hist. Dulc. (Muratori, t. IX, p. 423). Danle, Div. Comœd. inferno, cant. XXVIII, v. 25, place fra Dolcino à côté de Mahomet, probablement parce qu'ils défendirent tous deux leurs doctrines l'épée à la main. Le poëte commence par ces mots : « Qui pourrait raconter ces scènes de sang et de carnage, quand il recommencerait toujours à nouveau? Mosheim, Hist. de l'ordre des Frères apostol. (Essai d'une hist. des hérésies, p. 143 sq.) Schlosser, Abailard et Dulcin. Gotha, 1807; Krone, Fra Dolcino et les Patarins, épisode historique des guerres religieuses. Leipzig, 1841,

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que le royaume de Dieu était proche. Les frères apostoliques firent longtemps un mystère de leur doctrine, mais on finit par découvrir leur tendance complètement hostile à l'Eglise, et Gérard, s'opiniâtrant dans ses erreurs, fut puni de mort [1300]. Il eut pour successeur un Italien très-intelligent, nommé Dulcin (Fra Dulcino de Prato, dans le comté de Novare), qui se mit h écrire à toute la chrétienté « qu'une ère nouvelle commençait » pour TEghse, que lui et les siens étaient les derniers » prophètes précédant les jours du jugement [1303], »

Il distinguait le royaume de Dieu en quatre périodes : dans la première vivaient de pieux Juifs avant le Christ ; dans la deuxième, du Christ à Constantin, des chrétiens pauvres et chastes ; dans la troisième, après Charlemagne, l'avarice et les richesses envahirent l'Église, malgré l'opposition de saint Benoît et des ordres mendiants; mais ceux-ci dégénérèrent également. Dans la quatrième, la vertu et la chasteté renaissent ; Rome sera renversée avec le pape Boniface, et le Christianisme primitif rétabli dans sa pureté. Dulcin eut le malheur d'être souvent obligé de proroger sa période victorieuse, mais les retards de son triomphe ne le troublaient pas. Après diverses pérégrinations en Tyrol et en Dalmatie, il rassembla ses partisans ù Novare, dans le Piémont, et déclara ouvertement la guerre à Rome [depuis 1304]. Son parti fut anéanti, sur le mont Zébello, par la famine et le glaive des croisés de l'évêque de Ycrceil [1307] ; lui-même fut pris et mis à mort, ainsi que sa sœur spirituelle Marguerite ; il resta cependant quelques débris de sa secte jusqu'au XV" siècle.

On ne peut méconnaître la parenté de cette doctrine fanatique avec les idées de l'abbé Joachim de Floris en Calabre [f 1202] (1), recueillies dans l'Introduction à l'Évangile éternel du Franciscain Gérard [vers 123-4], ami intime du général de l'ordre, Jean de Parme, déposé plus tard (2).

(1) Il n'est pas certain que le traité de l'Evangile éternel existât au moyen âge. Cf. Engelhardt, Traité d'hist. ecclés. Erlangen, 1832, p. 1-150 : « Joachim et l'Evangile éternel. » Par contre, on a de Joachim : De concordia utriusque Testamenti, lib. V. Ven., 1549, in-4. Exposit. Apocal., psalterium decem chordarum (sur la Trinité). Ven., 1527, in-4.

(2) Introductorius in Evangelium œternum, dont les morceaux

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