LES PRÉMONTRÉS
Norbert de Gennep naquit à Santen, dans le duché de Glèves. D'abord chapelain de Henri V, puis chanoine à Cologne, il avait une grande fortune, et sa position lui permettait d'aspirer à tous les honneurs ecclésiastiques. Mais, pendant qu'il se laissait bercer par ses illusions mondaines et ses brillantes espérances, la foudre vint un jour tomber à ses pieds. Ce coup du ciel lui montra le néant des choses humaines. N'ayant pu faire adopter ses idées aux chanoines de plusieurs cathédrales, qu'il essaya de réformer, il distribua ses biens aux pauvres, et se mit à prêcher la pénitence en France et en Allemagne. Les clochettes des bergers servaient à rassembler les auditeurs autour de lui. Son éloquence grave et mâle produisait une profonde impression : à sa voix on vit quelquefois des chevaliers armés suspendre leurs hostihtés et s'embrasser. Tous se disputaient l'honneur de recevoir chez eux l'homme de paix. En 1H9, au concile de Reims, Calixte II lui donna l'autorisation de fonder un ordre, et l'année suivante Norbert réalisa ses projets dans une vallée fort insalubre, au fond de la forêt de Coucy, près de Laon. On la nommait Prémontré. Les constitutions des Augustins servirent de base à la règle des chanoines réformés, qui furent soumis aux rigoureux devoirs des moines (I), et durent joindre la vie contemplative aux travaux de la science.
Honorius II confirma cette organisation [1124]. Quoique Norbert recherchât avec le plus grand zèle la prospérité de son ordre, il était si loin d'en vanter les avantages ou d'en vouloir imposer les obligatio t s aux autres, qu'il repoussa les avances du vieux Théobald, comte de Champagne, qui voulait s'attacher à lui avec toutes ses richesses. « Loin de « moi, s'écria-t-il à cette occasion, de vouloir détruire en « vousl'reuvre de Dieu. Songez donc que votre démarche (( anéantirait le bien que vous faites comme prince. » Lorsque le saint chanoine vint prêcher à la diète de Spire en 1126, on le choisit pour archevêque de Magdebourg. Saré-
(1) Il s'éleva une discussion entre les moines et les chanoines, pour savoir lesquels étaient supérieurs aux autres. Voyez, pour les derniers, Latnb. abb. S. Rafi. ep. ad Ogerium (Marlene, Thesaur., t. I, p. 329 sq.). Pour les premiers, Abœlardi ep. III; RuperliTuit. sup. quaed. capitula reg. Ben. (0pp., t. II, p. 965).