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LES ANTONISTES, LES TRINITAIRES ET LES HUMILIÉS

En 1100, il éleva deux nouvelles maisons à Foutevrault {Fons Ebimldi). De ces deux établissements l'un fut destiné aux hommes, l'autre aux femmes ; ils devinrent bientôt trop petits pour la foule qui y accourait, et il fallut en fonder de nouveaux. Paschal II confirma l'ordre en 1106 et H13. A l'exemple du Sauveur mourant, qui recommanda le disciple bien-aimé à sa mère, Robert confia ses monastères d'hommes et de femmes à la sainte Vierge, en les soumettant tousàl'abbessede Notre-Dame-de-Fontevrault. Enfin, il leur assigna la difficile et délicate mission de ramener au bien les femmes livrées au désordre : œuvre pénible à laquelle il avait dévoué les forces de sa vie, en oubliant trop souvent peut-être le soin de sa propre réputation. Robert mourut en 1117.

« Oh ! que tu es heureuse ! » s'écriait, à la vue d'une jeune fille entrant au cloître, un fidèle interprète des sentiments de son siècle : « Que tu es heureuse d'avoir repoussé les fils )) des hommes, et d'avoir choisi le Fils du Très-Haut pour )) ton époux ! Tu lui seras d'autant plus chère que ton ve- » tement sera plus pauvre, l'éclat de ta virginité plus pur. 5) Tu as bien fait de fouler aux pieds des richesses péris- » sables et des trésors perfides ; mais que désormais rien » de mondain n'entre dans ton âme ; offre-toi tout entière )) en sacrifice à ton céleste fiancé (1). »

§ 24o. — Les Antonistes, les Trinitaires et les Humiliés.

Il n'y a pas une répugnance de la nature, pas un sentiment de dégoût que la charité chrétienne ne sache vaincre. Aussi, dans les temps malheureux où d'épouvantables épidémies ravageaient des régions entières, cette charité enfanta des associations religieuses destinées à porter des secours spirituels et corporels aux malades, aux pestiférés. A côté de la lèpre, qui s'était glissé de l'Orient en Europe, on vit s'avancer une affreuse contagion appelée le feu sacré ou feu Saint-Antoine, qui emportait le patient après d'atroces douleurs, ou le laissait mutilé pour la vie.

tuos quoque convaluisse testatur, quando quilihet animabus languidis et leprosis suscitandis eonsulit et medetur. » (1) Petr. Blés., ep. 55.

B94 § 245. — LES ANTONISTES, LES TRIMTAIRES

Le fils d'un gentilhomme dauphinois, nommé Gaston, fut atteint de cette maladie. Le père eut recours à l'intercession de saint Antoine et conserva son enfant. Tous les deux, pleins d'une profonde gratitude, se rendirent en pèlerinage à Didier-la-Mothe, où le saint était particuhèrement vénéré, et consacrèrent leur fortune à la fondation d'un nouvel ordre, destiné à soigner les maladies du même genre. Ces religieux prirentle nom d' Antonis tes ou d'Hospitaliers, après avoir été confirmés par Urbain II, en 1096. Leur habit était noir, avec la moitié d'une croix bleue sur la poitrine; l'ordre fut composé d abord de laïques, et dans la suite de chanoines soumis à la règle do saint Augustin (!). Il se forma également une association de laïques et d'ecclésiastiques pour se vouer à la louable et pénible tâche de soigner , les lépreux. (( Ces frères, dit le contemporain Jacques de » Vitry [f vers 1240], se font une incroyable violence au » milieu d'une dégoûtante corruption et des plus nauséa- /) bondes odeurs; ilssoufiVent pourl'amourde Jésus-Christ » une pénitence à nulle autre pareille. On pourrait la com- » parer aux souffrances des saints martyrs. » Quant aux Trinitaires (2), on peut considérer comme leur fondateur le pontife Innocent III, qui, après avoir interprété un songe qu'avaient eu en même temps Jean de Matha, théologien de Paris, et Félix de Valois, dirigea leurs pensées vers la rédemption des chrétiens pris par les Sarrasins, traça les règles de l'ordre [ordo de Redemptione captivoru?n) , et lui donna la dénomination d'ordre des Trinitaires.. Leur vêtement était blanc, avec une croix rouge et bleue. La France les accueillit avec faveur, leur fournit de fortes sommes d'argent et un grand nombre de membres, dont plusieurs fort savants. En 1200, on vit arriver de Maroc une première troupe de deux cents chrétiens rachetés, qui regagnèrent leurs foyers paternels. Les membres de l'ordre, appelés aussi Mathurins, du nom de leur première église à Paris, s'étendirent avec rapidité dans la France méridionale et y fondèrent des établissements pour les femmes. Cerfroy

(1) Bolland. Acta SS. mens, jan., t. II, p. 160; Kapp, de Fratribus S. Antonii. Lipsise, 1737, in-4.

(2) Bonaven ura Baro, Ann. ordin. S. Trin. Rom., 16S4. Regula dans Höhten., t. III, p. 3 sq. Cf. Héluot, t. II; Hurter, t. IV, p. 213.

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