‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 170 sur 280 · ET LES HUMILIÉS · texte numérisé non relu

ET LES HUMILIÉS

devînt la résidence du général {minister generalis). L'ordre pénétra en Espagne, où les guerres continuelles avec les Maures lui offrirent l'occasion de rendre des services éminents. Grâce à un Français de distinction, Pierre de Nolasque, et à Raymond de Pennafort, les Trinitaires obtinrent, en 1218, une constitution particulière, et furent placés sous la protection spéciale de la sainte Vierge (ordo B. Mariœ deMercede). Les Pères de la Merci devaient vouer non-seulement leur fortune, mais aussi leur personne au rachat des esclaves. Grégoire IX confirma un ordre qu'animait d'une façon si admirable l'esprit de dévouement.

Les Humiliés (1) formèrent comme un degré intermédiaire entre le monde et le cloître. Ce furent d'abord quelques pieuses personnes qui se réunirent pour prier en commun, telles par exemple qu'un petit nombre de familles chassées de Milan au XP siècle par Henri IL Les Humililiés se composaient généralement d'ouvriers; car ils avaient pour principe de vivre du travail de leurs mains; ils s'occupaient surtout de préparer les laines et de fabriquer du drap. Chaque membre travaillait, non pour lui-même, mais pour la communauté qui pourvoyait à tous ses besoins. On compensait ainsi le travail plus faible des valétudinaires et des vieillards par celui de la jeunesse et de l'âge mûr, et l'on évitait le mécontentement et les soucis. Plus tard, des moines et des prêtres se joignirent à cette association. Innocent III modifia pour elle la règle de saint Benoît. Grégoire IX adoucit la rudesse des travaux à cause des jeûnes rigoureux observés par lesHumiliés, qui obtinrent un grand maître en 1246, L'activité et la pureté de moeurs qui les distinguaient leur attirèrent le respect général, et quelquefois la voix publique les porta à des fonctions eminentes. Néanmoins, dans la suite, l'ordre s'étant laissé envahir par des préoccupationsmondaines, Pie V le supprima en 1571.

§ 246. — Les trois grands ordt^es militaires et religieux.

Au rapport de Tacite, la cavalerie formait déjà chez les Germains l'élément essentiel de la nation. Sous le régime

(1) Tiraboschi. Vetera Hurailiator. Monumenta. Mediol., 1766 sq., 3 vol, in-4; Hurler, t, IV, p. 235.

396 § 246. — LES TROIS grands ordres

féodal, et surtout sous les Carlovingiens, les grands propriétaires qui servaient à che val formèrent une classe à part et distincte des bourgeois. L'Eglise eut besoin de toutes ses forces pour mettre des bornes aux duels des chevaliers et à la barbarie de leurs tournois ; elle parvint par les croisades à donner à la chevalerie une direction plus noble et plus bienfaisante. Désormais, pour être admis dans ses rangs, il fallut faire preuve d'une parfaite connaissance de l'usage des armes et d'une conduite chrétienne. En effet, à partir de la première croisade, ceux qui avaient donné des preuves de leur habileté à manier les armes, et avaient mené une vie honorable et chrétienne jusqu'à l'âge viril, prirent un rang supérieur dans leur propre classe {milites équités)^ et subirent une sorte d'initiation précédée d'un serment public et solennel. Dès lors les chevaliers furent entourés d'une considération d'autant plus grande qu'on attribua à leur prudence, non moins qu'à leur audace, l'heureux succès de la croisade. Ce noble exemple éveilla, dans ceux qui n'avaient point pris part à l'entreprise, un héroïque désir de se signaler par des prouesses analogues, et créa ces brilantes assemblées de la chevalerie qui fournirent un si vaste ehamp à l'imagination et à la poésie. L'Occident s'élança dans une carrière nouvelle, comme autrefois la Grèce aux jeux de Némée et de Gorinthe. Puis, quand l'enthousiasme religieux, nourri parles croisades, fut éteint, la chevalerie dégénérée ne se signala plus que par de rudes et inutiles combats.

Les ordres militaires combinant, dans leur organisation, l'existence du religieux et celle du guerrier, ajoutèrent aux trois vœux monastiques celui de combattre les infidèles. Le régime féodal étant fondé sur la possession du fief par le fils aîné, les cadets purent trouver dans le nouvel ordre une position convenable, assortie à leur rang et sanctifiée par la religion.

Au temps où florissait le califat du Caire, plusieurs marchands d'Amalfi bâtirent une église à Jérusalem et la placèrent sous l'invocation de la sainte Vierge [1048]. Peu à peu ils y joignirent un premier hôpital, puis un second pour les pèlerins. Ceux qui y faisaient le service sous Gérard prirent le nom de Frères Hospitaliers de Saint-Jean-

Page 1