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LES TROIS GRANDS ORDRES MILIT. ET RELIGIEUX

chesses de FOccident, rendireat les plus grands services à la chrétienté contre les Turcs et les Sarrasins. Lorsque Ptolémaïs fut arrachée aux chrétiens [1291], ils s'établirent dans l'île de Chypre, et, peu de temps après, on les vit revenir en Europe, où ils se fixèrent dans les immenses domaines qu'ils avaient acquis comme association générale de la noblesse. Paris devint le centre de l'ordre.

Les Frères Hospitaliers offraient leurs soins aux pèlerins de toutes les nations, mais il leur était souvent impossible de se faire comprendre par les Allemands. Cette circonstance donna l'idée d'un hospice germanique [1128], qui fut soumis à la surveillance du grand maître de Saint-Jeande-Jérusalem [1143]. Mais comme, malgré cette améUoration, les pèlerins allemands furent négligés pendant le siège de Saint-Jean-d'Acre, les bourgeois de Brème et de Lübeck formèrent dans la ville sainte, un nouvel établissement national auquel se joignit bientôt le premier. Telle fut l'origine de l'ordre Teutonique, placé également sous l'invocation de la sainte Vierge, dont Walpot de Bässen fut le premier chef [1190], et dont le vêtement consistait en un manteau blanc orné d'une croix noire (1). On ne tarda pas à obtenir la double confirmation du pape Clément III et de l'empereur Henri VI. L'ordre compta bientôt deux mille membres, et lorsque avec leur concours Damiette fut prise en 1219, on leur assigna des terres en Prusse [1226], avec la mission de protéger les chrétiens de ces contrées contre les incursions de leurs voisins idolâtres. Différentes cités durent leur origine à ces chevaliers ; de ce nombre sont Marienwerder, Thorn, Culm, Rheden, Elbing et Kœnigsberg [1232-55]. Après laperte de Saint-Jean-d'Acre, le grand maître résida quelque temps à Venise, d'où il transporta Bon siège à Marienbourg en 1309. L'ordre des Porte-glaives qui s'était élevé en 1202 en Lithuanie, se réunit, trente-cinq ans plus tard, à l'ordre Teutonique (2).

(1) Jac. de Vitriaco, c. 66; Hennig, Statuts des ordres allemands. Kœnigsb., 1806; Petn de Duisburg [vers 1236], Chronic. Pruss. sive Hist. Teut. ord. éd. Hartknoch. lenœ, 1679. in 4; Duelli Hist. ord. equit. Teut. Viennes, 1727, in-fol. ; Voigt, Hist. de Prusse jusqu'à la chute des ordres allemands. Kœnigsb., 1827, 9 yol.

(2) Pott, de Gladiferis, sive fratribus milit. Christ. Erlang., Is06. Voir §§ 263, 264.

§ 247. — ORDRES HENDIANTS; SAINT FRANÇOIS D'aSSISE, ETC. 399

§ 247. — Ordres mendiants ; saint François d'Assise ; saint Dominique.

Vita S. Francisci, par Thotn. de Celano en 1229, puis complétée, en 1246, par Leo Angélus et Ruffinus, surtout Bonaventura (Bolland. Acta SS. mens, oct., t. II. p. 683 sq.). Regula dans Hohlen-Brockie^ t. IlI.Cf. Liic. Wadding. Ann. Minor. 1540. Lugd., 1625 sq., stora. in-fol. 1564. Romfe, 1731, 19 vol. in-fol. Ed. Vogt, Saint-François d'Assise essai historique. Tubingue 1840. E. Chavin de Malan, Hist. de saint François d'Assise [1182-1226]. Paris 1841 . Cf. Harter^ t. IV, p. 249-82.

Vita S. Dominici, par ses successeurs Jordantis et Humbertus, cinquième général (Bolland. Acta SS. mens, aug., t. I, p. 338 sq.). Constitut. frat. ord. Prœd. dans Halsten., t. IV, p, 10 sq. Ripoli et Bremond, BuUar. ord.Prœd. 1737 sq., 6 t. in-fol. 3/amac/iii aliorumque Ann. ord. Pra;d. Romae, 1746. A. Touron, la vie de saint Dominique do Guzman, etc. Paris, 1739. Lacordaire, les Ordres religieux et notre temps. Paris, 1839. Wem, Vie de saint Dominique. Harter, t. IV, p. 282-312.

Cette époque, si féconde en institutions de tout genre, produisit aussi, dans les ordres mendiants, une sorte de chevalerie purement spirituelle, plus héroïque encore que la première, et qui, unique dans l'histoire, accomplit, delà manière la plus admirable, la plus difficile d^s missions. Une foule de causes contribuèrent à leur étabUssement : les dangers de la religion menacée au milieu de son triomphe; les besoins du peuple désirant avec ardeur des guides animés d'un esprit apostolique, qu'il ne trouvait point dans le clergé séculier ; l'audace des Cathares et des Vaudois répandant partout leurs rêveries mystiques, et enfin l'intervention générale des moines dans l'éducation du peuple et la direction des âmes. Tout se réunissait donc pour amener la formation d'un nouvel ordre qui, supérieur aux sectes, en austérité, en esprit de renoncement et de pénitence, devait par le fait détruire les objections des hérétiques et élever en face d'eux une vraie chevalerie spirituelle. Cette pensée une fois éclose fit naître celle d'étendre la sphère de l'activité monastique, et de combiner les devoirs du moine et du prêtre, à l'exemple de ce qui venait de se passer pour les ordres mihtaires. Au commencement du Xin° siècle, deux esprits également éminents s'occupèrent

400 § 247. — ORDRES mendiants;

de ce problème. Tous deux curent, dans la suite, des rapports d'amitié, quoique chacun d'eux résolut la question d'une façon difîérente (1).

François d'Assise naquit en 1182, au royaume de Naples; il était fils d'un riche négociant. Au milieu des plaisirs et des caprices delà jeunesse, François conserva la véritable noblesse de l'âme : il se montrait compatissant et généreux jusqu'à la prodigalité. Une longue maladie, jointe à de terribles angoisses spirituelles, l'arracha à sa vie futile et légère : une caverne solitaire devint son lieu de retraite et de prière. Un jour [1208] il entendit lire le passage de l'Evangile où notre Seigneur envoie ses disciples au milieu des hommes, sans or ni argent, sans bâton ni aliments pour le voyage (2). A ces paroles, le jeune Napolitain se sentit ému d'une immense joie. « Voilà, s'écrie-t-il, l'objet de mes vœux, voilà le but auquel mon cœur aspire ! » La pauvreté la plus absolue lui parut aussitôt la véritaljle, l'unique richesse. Il conçut le projet d'une association dont les membres seraient destinés à parcourir le monde en prêchant la pénitence comme les apôtres. Mais cette subite conversion lui attira le mépris de ses compatriotes et la malédiction de son propre père. Quelques esprits cependant furent touchés de respect en voyant cette haute sainteté, ce profond mépris du monde, cette humilité sincère, cet amour de Dieu sans partage, cette rigoureuse imitation de la vie indigente de notre Sauveur. Bientôt quelques personnes se joignirent à lui pour aspirer à la même perfection. Une longue robe brune surmontée d'un capuchon et une corde pour ceindre les reins devint le simple et noble vêtement des associés. Cependant les' recommandations de l'archevêque Guido d'Assise et du cardinal Jean de Saint-Paul permirent à François d'approcher du grand pontife Innocent III, Qui donc, demanda le pape, vous fournira la subsistance nécessaire? — J'ai mis ma confiance dans mon Seigneur Jésus-Christ, l'épondit le saint ; celui qui nous promet la gloire et la vie éternelle ne nous refusera pas la nourriture

(1) «L'un était environné de tout l'éclat d'un séraphin (François) ; l'autre marchait dans la sagesse et la sainteté, entouré de la splendeur d'un chérubin (Dominique). »Dante, Paradis, chant XI v, 38-10.

(2) S. Matth. X, 8 10. • •

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