SAINT FRANÇOIS D ASSISE; SAINT DOMINIQUE
du corps. — Allez donc avec Dieu, cher fils, reprit Innocent, et, à mesure qu'il vous éclairera, prêchez à tous le pénitence. Si le Seigneur daigne augmenter et votre nombre et la grâce en vos cœurs, mandez-le-nous; alors nous vous accorderons avec plus de sécurité de plus grandes faveurs. Il faut se rappeler en effet qu'Innocent avait défendu l'établissement de nouveaux ordres. François d'Assise se prosterna pour prêter serment d'obéissance et d'hommage au Saint-Père. Peu après, il envoya ses compagnons dans toutes les directions [1209]. « Partez, disait- « il au moment de l'adieu ; voyagez toujours deux à deux. « louez Dieu dans le silence de vos cœurs jusqu'à la troi- (( sième heure; alors seulement vous pourrez parler. j^Iais « que voti'e prière soit simple, humble et de nature à faire (( honorer le Seigneur par celui qui vous écoutera. Annon- « cez partout la paix, mais commencez par la garder dans (( votre propre âme. Ne vous laissez jamais aller à la haine « ni à la colère, ni détourner de la route que vous avez « choisie ; car nous sommes appelés à ramener dans la voie « droite ceux qui s'égarent, à guérir les blessés, à redres- « ser les estropiés... La pauvreté est l'amie, la fiancée du « Christ ; lapauvreté est la racine de l'arbre ; elle est la pierre « angulaire, la reine des vertus. Si nos frères la délais- « sent, nos liens sont brisés ; mais s'ils s'y attachent, s'ils en t( donnent au monde le modèle, le monde se chargera de « les nourrir. » François passa ensuite en Espagne, deux fois en Syrie et en Egypte. Honorius III accorda aux Franciscains {Fratres minorées) le privilège de prêcher et d'entendre les confessions dans tous les lieux où ils se présenteraient [1223]. Néanmoins l'ordre s'imposa la mission de prêcher plutôt par la pratique que par la parole.
Le génie de saint François a inspiré les plus suaves accents de la littérature mystique. L'esprit intérieur anime partout sa règle. Personne ne peut l'adopter avant l'âge de quinze ans et sans subir un noviciat d'une année. Les vœux de chasteté, d'obéissance et de pauvreté sont de rigueur: aucun membre n'a le droit de rien posséder, ni dans le présent ni dans l'avenir; les frères doivent, par-dessus tout, se garder de l'hypocrisie ou d'une piété étroite ; montrer une douce joie dans le Seigneur, une disposition perma-
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nente à servir amis et ennemis, innocents et criminels, pauvres et riches ; tel doit être le caractère d'un Franciscain. Le saint rédigea une règle pour son élève et amie spirituelle la bienheureuse Claire d'Assise [1224], qui avait fondé un ordre analogue pour les femmes (1) dès l'année 1212 {Or do sanctœ Clarœ) .
François se vit obligé aussi d'instituer une confrérie dont les membres vivant dans le monde nouèrent des rapports intimes entre 1 ordre de saint François et les laïques, et lui assurèrent partout une base large et solide (tertius ordo de Pœnitentia,, iertiarii, 1221). Le saint ne savait point débiter des discours médités et écrits d'avance, comme celui qu'il dut prononcer devant le pape Alexandre et les cardinaux en 1217 ; mais ses improvisations respiraient une éloquence incomparable, quand elles s'échappaient toutes brûlantes de son cœur. Rien de plus admirable que le profond sentiment de la nature qui le rapprochait (2) des créatures et attirait à lui les animaux des champs et les oiseaux de l'air, qu'il interpellait comme des frères et des sœurs chéris. Les hymnes de saint François sont d'une grande élévation et doivent être rangées parmi les plus magnifiques productions de la poésie chrétienne (3). Il obtint de nombreuses indulgences du Saint-Siège et de grandes grâces du Ciel pour le petit coin de terre {portiimcula) où s'éleva sa cellule et oii il bâtit l'église de Sainte-Marie, sanctuaire de prédilection, témoin de ses extases et vrai centre de son ordre. Le bienheureux s'identifia tellement avec les souffrances terrestres du Sauveur, que le Christ lui apparut sous la forme d'un séraphin et imprima sur sa chair les stigmates
(1) Holstenius-Brockie, t. III, p. 34 sq., et pour la règle du tiers ordre, ibid. p. 39 sq.
(2) « Comme il avait, dit Gœrres, éteint en lui le péché, les suites du péché originel avaient aussi complètement disparu en lui. La nature devint son amie : elle obéit à l'énergie de sa volonté ; les animaux entrèrent dans des rapports familiers avec lui, comme, suivant les traditions antiques, ils obéissaient à l'homme avant la grande catastrophe. » {Le Catholique.)
(3) Gœrres, Saint François considéré comme troubadour. Voyez aussi la traduction de ses poésies par Schlosser, et surtout le Lever du soleil. Les cantiques en allem, et italien. Francf.-sur-le-M., 1842.
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de la Passion (1), dont les douleurs remplissaieut le saint d'une joie toute divine. Étendu nu sur le pavé de l'église, il expira comme un séraphin en chantant son triomphe : « Heureux, s'écriait-il, d'être enfin délivré et de se retrou- « ver dans le sein du Seigneur [4 octobre 1226] ! » Grégoire IX canonisa saint François dès 1228; Benoît XII établit, pour les Franciscains, la fête de ses stigmates {festum stigmatum S. Francisci), qui devint générale sous ses successeurs Sixte IV et Paul V [17 septembre]. Les artistes les plus renommés payèrent leur tribut à renibellissemcnt -de l'église de la Portiuncule (2).
Dominique appartenait à la puissante maison de Guzman et reçut le jour à Callaroga (Galahorra) en 1170. Il étudia pendant quatre ans à l'université de Valence, reçut la prêtrise des mains de l'évêque d'Osma et fut bientôt élevé au rang de chanoine réguHer. Le bonheur des hommes était l'objet constant des pensées de Dominique. C'était au temps où Innocent III avait envoyé dans le midi de la France, pour convertir les hérétiques, les moines de Gîteaux, qui avaient échoué dans leur mission, parce que, disait Diego, l'évêque d'Osma, ils s'étaient montrés dans l'appareil de la religion triomphante, au lieu de déposer toute pompe extérieure, de voyager à pied, et de confirmer leurs prédicatioiis par l'exemple d'une vie mortifiée. Peu à peu les missionnaires qui avaient vainement aiTOsé de leurs sueurs ■cette terre désolée finirent par l'abandonner : Dominique seul persistait encore. Dix ans se passèrent pour lui dans cette œuvre ingrate, et ses paroles pacifiques, ses prières, sa patience inaltérable formaient un contraste consolant avec la croisade sanglante commencée récemment contre les Albigeois. Enfin, après avoir mûri sa résolution, Dominique partit pour Rome en 121o, et soumit à Innocent III le projet de doter l'Eglise d'un nouveau moyen de défense, en combinant la vocation du moine avec celle du prêtre séculier. Le pontife prescrivit la règle de saint Augustin, modifiée par celle des Prémontrés, qui permettait encore la
(1) Raijnaldus adann. 1237, n" 60; Wadding, éd. Rom., t. II. p. 429 Cf. Gœrres, Myst. chrét., t. II. p. 240.
(2) Piccotomini, Transi, solenn, des reliques de saint François ^'Assise. Landsh., 1844, p. 67-86.