‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 176 sur 280 · INFLUENCE DES ORDRES MENDIANTS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES ORDRES MENDIANTS

science théologique. Saint Thomas d'Aquin fut la gloire des Dominicains; saint Bonaventure, et plus tard Duns- Scot [f 1308], furent l'honneur des Franciscains, les uns et les autres; les flambeaux et les colonnes de l'Église. Les Dominicains se distinguèrent par un zèle incomparable pour les missions; la Bulgarie, la Grèce, l'Arménie, la Perse, la Tarfcarie, l'Inde, l'Ethiopie, l'Irlande, l'Ecosse, le Danemark, la Suède, la Pologne, la Prusse et la Russie furent tour à tour le théâtre de leurs courses apostoliques. Ils visitèrent les peuples où la foi avait été prêchée, mais où elle n'avait point jeté de profondes racines, et où une foule de vieilles superstitions continuaient de l'étouffer. Les premières brises qui poussèrent au Groenland des vaisseaux européens y portèrent aussi les Frères-Prêcheurs, et au commencement du XVIP siècle, les Hollandais ne furent pas peu surpris d'y trouver un couvent de Dominicains, dont, en 1280, le capitaine Nicolas Hani avait déjà fait mention.

Cependant ces eff'orts et ces succès excitèrent la jalousie du clergé séculier, et particulièrement des universités. II en résulta des attaques ouvertes, et malheureusement la rivalité des deux ordres donna trop souvent lieu à des plaintes légitimes : car, malgré leurs tendances communes, la diversité des opinions théologiques fît naître de fréquents conflits entre eux (I). Cette opposition contre les ordres mendiants éclati dans la violente attaque de Guillaume de Saint-Amour, qui les compara aux pharisiens (2). Saint Tliomas d'Aquin et saint Bonaventure se chargèrent de l'apologie de leurs frères (3). Leurs réponses humilièrent profondément Guillaume; et les deux ordres si bien défendus recueillirent les fruits de la victoire.

(1) Maih. Paris, ad ann. r239, nous donne le récit de la dispute animée qui s'éleva entre les deux ordres sur la priorité de !"un ou de l'autre.

(2) Gulielmus, de Pericul, novissimor. temp. 1256 (0pp. Constant 1632. Paris., ed J. Alethophilus (Cordesius). Cf. Nat. Alex. Hist. eccles. sœc. XIII, c. 3. art. 7.

(3) S. Tliomas, Contr. retrahentes a religloais ingressu: contra impugnantes Dei cultum (0pp. Paris, t. XX). ■ Bonaventura, Lib, apolog. in eos qui ordini Minor, adversantur, de Pauperta Chret. contra Guil. ; Expositio in regulann fratrum Minor. (0pp. Lugd.,

§ 249, — DIVISIONS DES FRANCISCAINS. ^q-j

§ 249. — Divisions des Franciscains

Au moment où saint François avait entrepris son second voyage de Syrie et d'Egypte, et confié le gouvernement de l'ordre à son vicaire, Élie de Cortone, le caractère moins austère de ce dernier avait déjà fait naître un parti qui voulait un adoucissement de la règle. François, en le ménageant, l'avait empêché d'éclater. Mais, à la mort du saint, Élie dennt général, et la même tentative se renouvela avec succès, un autre parti, dirigé par Antoine de Padoue, voulut, au contraire, maintenir la sévérité primitive. Antoine resta fidèle à l'esprit de saint François ; pour lui, le salut était dans le mépris absolu du monde, et quand il trouvait les hommes rebelles à sa parole, il s'ad^es^ait aux poissons [f 1231]. Padoue lui éleva, d'après les dessins de Nicolas de Pise, une église magnifique, qui, sous plusieurs rapports, surpassa celle d'Assise, et le tombeau du saint, orné de tout le luxe des arts, n'est pas moins digne d'admiration que celui de saint Dominique. Cependant les deux partis continuaient une lutte fort animée; É ie, deux fois élu général, fut deux fois renversé [f 12o.j]. Dans leur ardeur tumultueuse, les rigoristes allèrent j Jusqu'à rompre avec le pape pour s'allier avec Frédéric îl, l'ennemi de l'Église. La réputation de saint Bonaventure procura encore quelque temps, même après sa mort, la victoire à ces derniers. Néanmoins l'antagonisme éclata de nouveau : les modérés prirent le nom de fratres de Cornmunitate ; les rigoristes, celui de Zelatores Spiritiiales, ef bientôt ceux-ci furent regardés comme des sectaires. Les pontifes Grégoire L\, Innocent IV et Nicolas III furent décidément opposés aux rigoristes (1) ; ce dernier interpréta la règle dans le sens de l'indulgence par sa bulle Exiit (2). Le parti vaincu se laissa emporter dans ses écrits à des

1668, t. VII). Cf. Raumer, Hist. des Holienstaufen, t. III, p. 615. Cf. Coll. cathol. contra pericula eminentia Ecclcs. per hypocritas, etc. (du Pin, Bibliofh. des auteurs ecclésiast., t. X).

(1) Roderici Collectio nova privilegior apost. Regularium mendicantium et non mendicantium. Antv., 1623, in-fol., p. 8. sq.

(2) Cf. Wadding, 1. cit., t. V, p. 73.

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