Ä § 250. — AT'TRES ORDRES
atfaques contre le pape et l'Église romaine, opposant, comme les sectes hérétiques, la pauvreté des temps apos touques à la pompe dont l'Eglise s'entourait alors. Il ne craignit pas de prophétiser un nouvel ordre de choses, en faisant allusion particulièrement à une prédiction du Calabrais Joachim de Floris [f 1202], sur les trois âges du monde, prédiction plus amplement développée par les deux Franciscains rigoristes, Gérard, dans son introduction à V Évangile éternel [1234], et Jean d'Oliva, mort en 1297 (1), La faveur que montra le saint pape Célestin V aux rigoristes sembla mettre un terme à la dispute. Ce pontife les réunit aux Célestins ; mais, après l'abdication de leur protecteur, ils recommencèrent la querelle ; Boniface VIII les poursuivit avec vigueur et les contraignit à se dissoudre [1302] (2).
§ 250. — Autres ordres et confréries.
En l'année 1233, les puissantes exhortations de Boniface de Monaldo portèrent plusieurs riches négociants de Florence à renoncer au monde. Ils se défirent de leurs biens, embrassèrent une vie mortifiée sur le mont Senatorio, y élevèrent une église et des cellules, dont les habitants se consacrèrent surtout à honorer les souffrances de la sainte Vierge (Servi B. M. V. ; Servitœ). Alexandre IV confirma l'ordres des Servîtes [1253] ; Martin V en devint le principal bienfaiteur. Cette congrégation s'assura une influence durable en s'adonnant aux sciences. L'historien passionné du concile de Trente, Paul Sarpi [f 1623], et le célèbre archéologue Ferrari [-f- 1626], furent tous deux Servîtes (3). En 1244 et 1232, Innocent IV réunit plusieurs anachorètes sous la règle de saint Augustin (4) ; Alexandre IV imita cet exemple [1256], et les E limites -Augustins obtinrent les mêmes privilèges que les ordres mendiants.
Cette tendance générale à la vie intérieure, que l'on ne
(1) Cf. Wadding, !. cit., t. V, p. 214-338.
(2) Cf. Wadding, ad ann. 1302, n" 7, 8 ; ann. 1307, n'>2sq.
(3) Cf. Pauli Florent. Dialog, de orig. ord. Serv. (Lamii Dclic. eruditor., t. I).
(4) Bullar Rom., t. I, p. 100. Cf. Bolland, mens, febr., t. II, p. 744. "
ET CONFRÉRIES. 4QÇf
trouvait pas toujours dans le clergé séculier, une idée erronée de la véritable piété, et le désir de procurer un asile aux veuves et aux jeunes filles privées de protection par suite des croisades, portèrent, dès le XP siècle, de pieuses chrétiennes à former des associations religieuses et édifiantes, dans les Pays-Baset en Allemagne. Ces associations tenaient le milieu entre le monde et le cloître. Les associées, nommées, depuis le XIP siècle. Béguines (de beghen ou beten, prier), s'adonnaient particulièrement aux œuvres de charité et devinrent une ressource précieuse pour le peuple. Mais elles n'avalent point de règle fixe, et leurs conciliabules ne tardèrent pas à être le théâtre d'une foule de rêveries fantastiques. On les poursuivit, et elles finirent par se réunir au tiers ordre de saint Fiançois. A côté des Béguines, on eut aussi des Beggards, composés de jeunes gens et d'hommes faits (1). Ceux-ci se choisirent pour patron saint Alexis, dont ils prirent même le nom ; maisil se changea plus tard en celui de Lo/laj'ds, nom qui signifie gens qui chantent à voix basse, et qui leur fut donné parce qu'ils portaient les morts à la sépulture en chantant à voix basse et sur un ton lugubre. lisse distinguèrent également par leur industrie, parles soins pieux qu'ils prodiguaient aux malades, aux indigents et à la jeunesse ; les souverains et les grands les accueillirent avec faveur. Malheureusement les Beggards imitèrent aussi les erreurs de leurs sœurs aînées, et tombèrent comme elles dans un panthéisme mystique qui dégénéra en une véritable hérésie. (Voir plus haut§ 238).
Tableau de la véritable vie claustrale.
Après avoir vu les œuvres que, fidèles à l'Esprit de Dieu, les ordres religieux essayèrent et accomplirent, ce ne sera pas sans un profond sentiment de respect et d'admiration qu'on lira le tableau de la vie d'un couvent bien réglé et d'un véritable moine, tracé par un pieux écrivain, qui,
(1) Mosheiin, de Beghardis etBeguinabus, éd. Martini. Lipsiaî, 1790; Hallmann, Histoire de l'origine des béguines et de leur décadenca dans le XVIIe siècle. Berlin! 1843, in fol. Tub., Revue trim., 1844, p. 501-513; Gaz. de Bonn. nouv. série, t, IV, livr. IV, p. 161.