LA SCOLASTIQUE ET LA MYSTIQUE
bénéx^ice, l'Église pourvoyait à ses dépenses par les bourses, les tables cooamunes, les leçons que procuraient les collèges unis aux universités, afin que son attention ne fût pas distraite par les nécessités de la vie. Pour comble de précautions, dans les villes universitaires, on prévenait par la menace de peines spirituelles le renchérissement exorbitant des denrées. Quand il s'agissait de quelque affaire grave dans l'Église ou l'État, on ne manquait pas de demander l'avis des professeurs. Fort «ouvent on s'en tenait à leur décision, comme le prouvent et le synode de Gerstungen, en 1085, et l'avis des professeurs à la diète de Roncaglia.
§ 252. — La scolastique et la mystique.
Staudenmaier, Jean Scot Érigène, t. I, p. 366-482 ; (Rapports d'Él'igène avec la scolastique et la mystiqive du moyen âge). Mœhler, Mélanges (saint Anselme), 1. 1, p. 129. lUxner, Hist. de la philos, Salzb., 1829, 3 vol. Bossuet- Cramer, P. V.-YII. Ritter, Hist. de la pbil. chrt't., t. III, Braniss, Aperçu sur le développ. de la philosoph. dans l'antiq. et le moyen âge, Bresl., 1842, p. 396-459. Mattes, la Scolastique, Dict. ecclés. de FuÉb., t. IX, p. 701-761. Schmidt, le Mysticisme du moyen âge. Jen., 1824. J.-J. Gœrres, Myst. chrét. Ratisb., 1836. Schmidt, le Mysticisme du moyen âge dans sa période d'accroissement. Jena, 1824. Helfferich, Mystique chrétienne. Hamb., 1842, 2 vol. Cf. Revue théologique de Fribourg, t. IX, p. 254. Enfin les ouvrages sur l'hist. de la litt, chrét. de du Pin, Ceillier, Cave, Buss. et Oudin. — Fr. Morin, dict. de philos, et de théologie Scolastiques. Paris, 1856, édit, Migne 2 v. in-4.
Le monde chrétien de la Germanie avait commencé sa période de développement intérieur et extérieur avec (Uiarlemagne; le torrent de l'immigration des peuples s'était arrêté, mais il avait englouti sous ses flots les derniers débris rie la civilisation romaine. La paix du dehors conduisit à la paix du dedans; et on vit alors se développer insensiblement, et après la totale extinction de la culture païenne, ces formes particulières de l'esprit humain que l'on a nommées la Scolastique et la Mystique, et dont depuis longtemps les semences avaient commencé à germer {voyez § 173.) La scolastique et la mystique naquirent d'un seul et même effort de l'esprit, qui se manifestasous deux faces diverses,
en s'appliquant soit à la claire perception, soit au sentiment profond des choses.
Ce que la théorie est à la pratique, la scolastique Test à la mystique, et rien ne caractérise mieux cette grande œuvre de la restauration catholique au moyen âge que ces mots de Cicéron : Vêtus quidem illa doctrina eadem videtur et recte faciendi et bene dicendi magistra.
Et d'abord qu'est-ce que la scolastique dans son essence? un rationalisme surnaturel. La scolastique part de l'enseignement de l'Église et s'efforce d'accorder la foi avec la raison, et de faire sortir la science de la foi. A l'exemple d'Origène, son but est de systématiser le dogme, de fonder une philosophie de la religion. La même tendance aval prévalu dans les premiers siècles. Aussi tous les scolastiques orthodoxes soutinrent-ils avec les Alexandrins et avec saint Augustin, ce principe inébranlable à leurs yeux : Le foi précède la science et en pose les limites et les conditions (1). Partant de ce principe, ils poussèrent jusqu'aux conséquences les plus absolues la théorie de la perception et de l'idée, comme on le vit, par exemple, dans la querelle du nominalisme et du réahsme.
On parle beaucoup des éléments que Platon et Aristote
(l)Guitmond. élève de Lanfranc et plus tard archevêque d'Aversa dit : « Non enira idcirco magnum hoc atque saluberrimum credert non debemus, si in hac vita, quomodo fiât, capere non valeamus : quum neceJsarJo multa fide teneamus quitus nostra cœcitas auf multo magis, aut certe non minus, repugnare videtur... Non enira prœcepit tibi Christus : Intellige, sed crede. Ejus est curare, quomodo id, quod fieri vult, fiât : tuum est autem non discutere, sed humiliter credere, quia quidquid omnino fieri vult fiât. Non enim intelUgendiim prius est, ut poslmodum credas, sed prias credendum, «i postmodum intelligas. Nec propheta Esaias XII, 9, dixit : Nisi intellexeritis, non credetis ; sed : « Nisi credideritis, non intelligetis. » (De corp. et sang, dans Max. Biblioth., t. XVIII, p. 445-46.) Voyez pour Anselme le paragraphe suivant. Alexandre de Haies dit aussi : « In logicis ratio créât fidem, in theologicis fides créât rationem ; fides est lumen animarum ; quo quaiito magis quis illustratur, tanto magis est perspicax ad inveniendam rationem. » Saint Thomas d'Aquin argumenta de la même façon, De veritate cath. fidei contra gentes lib. I, c. 7 ; le titre porte : « Quod veritati fidei christianu; non contrariâlur veritas rationis, » il y est dit : « Quamvis autem prœdicta Veritas fidei christianœ humauœ rationis capacitatera excédât, hiec tamen, quee ratio naturaliler indita habet, huic veritati coctrari» esse non possunt. »