ET LA MYSTIQUE
ont fournis à la scolastique ; on va même jusqu'à leur atf fibuer sur sa direction générale une influence décisive ; au fond, ni l'un ni l'autre n'ont aucun rapport essentiel et intime avec la scolastique ou avec la philosophie de ces temps : non que nous prétendions nier que Platon n'ait profondément frappé lesthéologiens scolastiques par l'analogie de sa doctrine avec les principes de la révélation, et son ardent désir d'arriver par la science à quelque résultat certain et pratique (1). Aussi les Pères de l'Eghse lavaientils nommé le Moïse attique ; et considéraient-ils l'intelligence profonde du père et du chef de la philosophie^ ainsi que parle saint Ambroise, comme une première lueur de la révélation naissante (2). Saint Justin martyr et Clément d'Alexandrie avaient déjà parlé avec enthousiasme des pensées et du langage du maître par excellence, et n'avaient pas même craint de s'approprier les meilleures parties de sa philosophie. Plus tard, lorsque la chute d'Origène porta quelque atteinte à la réputation de Platon. .Augustin vint se poser en défenseur du philosophe et le couvrir de son nom et de son autorité. Il est tout aussi incontestable qu'Aristote exerça une puissante autorité dans le moyen âge, et l'on connaît l'influence de ces deux axiomes de sa métaphysique et de sa logique : I. Il n'y a de science véritable que celle des choses nécessaires et générales ; II. Chaque science se compose de trois choses : de principes, de définitions et de démonstrations, en d'autres termes, de syllogismes. Mais l'influence d'Aristote et de Platon ne fut que médiate, et l'on se servit, comme l'avaient fait précédemment Boëce etCassiodore, des éléments péripatéticiens et platoniciens d'une manière essentiellement chrétienne. Le même esprit qui avait porté Boëce à traduire la Logique du Stagirite, conduisit Richard à expli-
(1) Dans son Hist. de la philos, chrét., t. III, p. 91, Ritt'irs s'exprime en ces termes : « Tennemann a montré combien d'idées fausses se sont répandues à ce sujet. « On en trouve une preuve frappante, « dit-il, dans la doctrine que Dieu créa toutes choses de rien ; doc- « trine que saint Thomas et Duns Scot croyaient voir dans Aristote. » On se demande vraiment si Tennemann a lu ces deux auteurs? On en peut dire autant de Branitz sur tout ce qu'il avance concernant
'influence d'Aristote sur les philosophes du moyen âge. »
(2) Cf. §§ 26 et 81.
qnet les Catégories, dans le cloître de Saint-ßargliard à Wurtzbourg (1). On en peut dire autant d'Albert le Grand, de saint Thomas d'Aquin et des autres scolastiques, qui, tout en contribuant par leurs commentaires à répandre Arir.tote et Platon, s'en servirent pour leurs propres expositions. Platon leur était plus particulièrement connnu par l'ouvrage de saint Augustin sur la Cité de Dieu, où ce grand écrivain considère la philsophie platonicienne sous une foule d'aspects. Les scolastiques surent toujours distinguer, du point ü<3 vue chrétien, le fond de la forme dialectique. Pour le fond, on avait, en partie recours à Platon ; pour la forme, on suivait Aristote. Néanmoins des scolastiques fort célèbres tels qu'Anselme et Bonaventure, s'affranchirent de la rigueur syllogistiquo et se murent sous des formes plus libres (2). Cette activité remarquable des scolastiques du moyen âge a frappé les grands esprits de tous les temps, et l'on commence à la bien apprécier. Il n'y a jamais eu que la partialité ou la médiocrité, dédaigneuse de la spéculation, qui lui paraît ou trop ardue ou trop dangereuse, qui ait refusé à la scolastique son importance scientifique. Tous les penseurs profonds, dans l'Église et hors l'ÉgUse, depuis Bossuet et Lebnitz jusqu'à Hegel, l'ont hautement appréciée. Assurément personne ne pense à ressusciter la scolastique ; mais cette science, cette puissance de la pensée qui la distinguait ; mais son respect, son amour chevaleresque, son ardeur pour la vérité, qui ne voudrait de nos jours les voir reparaître ?
Ce que nous avons dit de la scolastique s'appUque également à la mystique (3) du moyen âge. Celle-ci puisait ses inspirations dans l'Évangile de saint Jean, dans les écrits de Didyme et de Macaire l'ancien (4) et surtout dans ceux
(1) Cf. Heeren, Hist. de la littérature classique au moyen-âge ; 2'édit., t. r, p. 226.
(2) Le scolastique (de schola) était celui qui, après avoir achevé ses études, devenait lui-même le chef d'une école supérieure. La théologie scolastique était une théologie plus approfondie, par opposition à la théologie positive, qui se renfermait dans les limites de la tradition.
(3) du mot grec psiv, fermer, s'enfermer; l'action de fermer les yeux comme signe de la vie intérieure.
(4) Neander, Hist. de la fondation et du gouvernement de l'Église