‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 185 sur 280 · ET LA MYSTIQUE · texte numérisé non relu

ET LA MYSTIQUE

de saint Denys l'Aréopagite, par lequel elle se reliait à l'école néoplatonicienne. Les mystiques comme les néoplatoniciens, prescrivaient la mortification des sens pour arriver à une union pratique, sainte et vivante avec Dieu. Mais il ne faut pas oublier ici une différence essentielle et trop souvent méconnue : la mystique chrétienne, partant du fait de la chute primitive, tend à rétablir l'union et la ressemblance de l'âme avec l'esprit divin, tandis que le néoplatonisme, méconnaissant la chute originelle, prétend arriver à l'absorption totale de l'âme en Dieu, ce oui constitue le panthéisme.

La scolastique et la mystique sont donc l'une pour l'autre ce que la science est pour la vie. Tandis que la première ne s'inquiète que des principes théoriques, la seconde tend à réaliser immédiatement les données de la foi; l'une s'occupe surtout de recherches scientifiques, l'autre enseigne d'une manière positive et d'une prédication vivante. C'est pourquoi tous les mystiques, depuis saint Bernard jusqu'à Thomas à Kempis, furent ou des orateurs distingués, ou des écrivains édifiants. Gerson, non moins versé dans la scolastique que dans la mystique, qui savait apprécier leur valeur respective et leurs droits, limitait en ces termes leur sphère et leurs relations : « Dans la scolastique domine la )) puissance de l'intelligence pour percevoir le vrai {po- » tentia circa verum); dans la mystique domine la puissance I) des affections pour goûter le bien [poûentia affectuum circa » bonum) .» L'auteur de V Imitation rend la même pensée lorsqu'il dit : Magis compunctione sentire quam defimtionem inquirere.

Ce contraste, résultat ordinaire du développement actif de l'esprit humain, était surtout nécesssaire aux temps dont il s'agit. La mystique produisit le grand ébranlement des croisades, l'architecture gothique et d'autres conséquences du même genre : elle prit corps, pour ainsi dire, dans les vieux temples gothiques. Ne sont-ils pas, en effet, l'expres-

par les apôtres, t. I, p. G70: « Saint Jean était moins porté à développei ses idées que saint Paul, dialecticien élevé à l'école de Gamaliel. Chez saint Jean domine l'élément intuitif, les grandes idées de la vie intérieure qu'ent^endre la contemplation, plus que les notions rationnelles qui descendent jusqu'aux détails. »

Page 1