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SAINT ANSELME DE CANTORBERY

compter ScotÉrigène. Chez lui la forme est vivante, comme la science elle-même. On le voit, pour ainsi dire, /ö/H7oso/>/?er, dans le dialogue de son principal ouvrage, où se dévoile le secret entretien d'un génie dont les spéculations les plus hardies correspondent aux sentiments les plus profonds. Aussi est-ce avec Érigène que commence la première période de la scolastique, qui s'étend jusqu'à Pierre Lombard et l'école de Saint- Victor et qui ne traite encore que de quelques dogmes isolés. Elle arrive à son apogée sous la direction des Franciscains et des Dominicains, dans la seconde période, qui s'étend d'Alexandre de Haies à Duns-Scot, qui embrasse dans un système bien coordonné tout l'ensemble des dogmes. Elle décroît et tombe dans la troisième péxùode, et se termine à la Rcnaisance, qui substitue aux œuvres du moyen âge, la littérature classique de l'antiquité et les principes de la philosophie cartésienne.

§ 253. — Saint Anselme de Canierbury.

Bolland. Acta SS. mens, april., t. II, p. 866. Œuvres complètes de Mœhler, 1. 1, p. 32-176. Franck, Anselme de Canterbury. Tub., 1842. Hasse, Anselme de Canterbury. Leipzig, 1844, P. I. Ribbeck, Anselmi doct. de Splritu sancto. Berol, :!838. Les doctr. spéculât, de S. Anselme (Gaz. théol. de Bonn, 1845, livr. II).

La scolastique de Scot Érigène fut reprise, avec une nouvelle ardeur, dans laquerellede Bérenger sur l'Eucharistie, et le mouvement des esprits lui imprima alors un essor hardi. Au commencement de cette époque, son plus illustre représentant fut Anselme de Canterbury, d'abord élève de Lanfranc, et dans la suite son successeur à l'abbaye du Bec, aussi bien que sur le siège primatial de l'Angleterre, ou il mourut [1093- H09]. Tout en se dévouant avec activité aux charges de l'épiscopat, il avait trouvé le temps d'approfondir et de s'approprier le platonisme de saint Augustin et s'en servit avec une grande habileté (1). Son point de vue fondamental se résume ainsi :

(1) Ses écrits sont : Monologium ; Proslogium ; Cur Deus homo ? De conceptu virginal! ; de Origiiiali peccato; Epp. lib. III, Meditationes XXI (0pp. omn. Gerberon. Paris., 1675; éd. Ben. Paris., 1721, 2 tom. in-fol.). Cf. Billroth, de Anselmi Prosl. et Monol. Lipsiœ, 1832.

424 § 253. — SAI.\T ANSKI.ME

L'homme est l'image de Dieu ; mais cctle image n'est qu'une ébauche, qui doit être développée et arriver à la conscience d'elle-même. Or l'homme, être borné, ne saurait y atteindre seul; il lui faut le secours d'une excitation objective ou venant du dehors. Elle lui arrive sous la forme de la révélation qui est admise par la foi. La science naît donc d'abord de la foi, et de là le titre d'un des principaux ouvrages d'Anselme : Fides quœrens inieUectum. Mais en même temps, Anselme regarde comme un devoir sacré de chercher sérieusement à élever la foi jusqu'au degré de science; y manquer serait une impardonnable négligence, qui exposerait les chrétiens à rester au-dessous des païens (d). Aussi chercha-t-il à démontrer les attributs de Dieu et de la Trinité par une méthode à la fois dialectique et spéculative. Sa démonstration de la nécessité de l'Incarnation (Ci<rZ>e«sÄomo?) estleplus heureuxde ses travaux et celui qui exerça le plus d'influence sur l'avenir. On peut en direpresqueautant de sa preuve ontologique de l'existence de Dieu (2). Anselme part de cette prémisse : Tout ce qui en ce monde est beau, vrai et bon, est le reflet de l'absolu ; la pensée elle-même de l'absolu présuppose nécessairement l'existence de l'être absolu. C'est ainsi que le philosophe arrive à la preuve ontologique. Le moine Gannilon de Marmoutiers attaqua Anselme sur ce point, en supposant, par exemple, la pensée d'une île imaginaire au milieu de l'Océan. Le saint répliquait : Il faut distinguer entre la pensée et le jeu de l'imagination ; les idées ont une réalité positive; penser le nécessaire présuppose l'être nécessaire. C'est ainsi que du domaine théologique on entrait dans

(1) Anselme dit: «Non tento, Domine, penetrare altitudinem tuam, quia nuUatenus comparo illi intellectum meum ; sed desidero aliquateniis intelligere veritatem tuam, quam credit et amat cor meum. Neque enim quœro intelligere ut credam, sed credo ut intelligam ; nam et hoc credo, quia nisi credidero non intelligam. » (Proslog., c. 1.) « SicLît rectus ordo exigit ut profunda christianee (idei credamus priusquam ea prœsumamus ratione discutere, ita neyligentice mihi videlur si, postquam conßrmati sumusin fidc, non sttidemus quod credimus intelligere. » (Cur Dens homo ? c. 2.)

(2) Voyez cette preuve dans le Monologium et le Proslogium. Gaunilon. lib. pro Insipiente. Anselmus, Apolog. contra Gaunilon. respondentem pro Insipiente.

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