DE CANTORBÉRY
celui de la philosophie par la question de la réalité des idées, qu'Anselme soutenait contre ses adversaires. De la naquit la lutte du
Réalisme et du Nominalisme.
Les opinions les plus diverses s'étaient déjà élevées, parmi les philosophes de l'antiquité, au sujet des catégories ou des idées universelles {notiones universales) qui désignent un genre ou les qualités dont l'ensemble forme la base d'une classe d'individus (i). Au moyen âge, on s'attacha particulièrement à cette question des idées. Les scolastiques appelaient universalia ante rem les idées universelles, ou plutôt les idéaux qui, suivant la doctrine de Platon, ont une existence propre, antérieure aux êtres individuels, et sont les prototypes de toutes choses, vivant en réalité dans l'Être divin, en dehors de notre intelligence. Ils nommaient universalia in re les conceptions générales qui, selon le point de vue d'Aristote, n'ont de réalité que dans les choses particulières elles-mêmes. Enfin ils nommaient universalia post rem l'opinion de Zenon et des Stoïciens, d'après lesquelles les nolions de genre et d'espèce, n'ont aucune réalité hors de notre esprit, ni dans les choses elles-mêmes, ni dans l'intelligence divine, et ne sont que des abstractions de notre raison, des produits de notre réflexion qui transporte dans les individus mêmes, ce qui n'existe que dans l'esprit de l'homme (2). Les anciens n'étaient point par venus à concilier ces différentes opinions, même en ce qui concerne Aristote et Platon. Le néoplatonicien Porphyre avait proclamé le problème insoluble, dans son introduction aux Catégories d'Aristote : « Y a-t-il réellement de& » genres et des espèces dans la nature ? {gênera et species) » ou bien n'existent-ils que dans l'esprit humain ? ou enfin, » s'ils existent, sont-ils réunis aux objets sensibles, ou en
(1) Téw;, sî3o;, ô-.acpooâ, ^ôiov, CT-j[j.6E6r,xoç (genus, species, differentia, proprium, accidens).
(2) Roger Bacon (franciscain à Oxford, •?- r294) désigne ainsi ces opinions opposées : « Aliqui ponuntea (universalia) solum in animo, aliqui extra, aliqui medio modo (opus majus, P. 1, c. VI, t. 38J.