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GRÉGOIRE LE GRAND

pape Jean [526], et mettre à mort les consulaires Symmaque et Boëce, faussement accusés. Boëce goûta, durant sa captivité, les consolations que donnent la science et la religion, et écTÏwiison trsiité de Consolationephilosophiœ. Cette oppression des catholiques cessa en grande partie sous les successeurs de Théodoric [f 526], dont Narsès, général des armées de Justinien, détruisit l'empire [533-66], et fit disparaître bientôt jusqu'au nom.

Alors apparurent, victorieux à leur tour, en Italie, les Lombards, conduits par Alboin [568]. Il paraissait arrêté dans les décrets de la Providence qu'aucune province romaine ne subsisterait en Occident. L'arianisme des Lombards, l'anarchique domination des trente-six ducs qui succédèrent à Alboin [374-84], expliquent les cruautés dont les catholiques itahens furent à cette époque victimes. L'empire grec fut borné alors en Occident aux villes maritimes de la Ligurie, à la pointe inférieure de l'Italie, aux duchés de Rome et de Naples, à l'exarchat de Ravenne, résidence de l'exarque grec. Dans ces temps de cruelles souffrances pour l'Église, le Seigneur suscita

Grégoire le Grand [590-604] (1).

pour consoler l'Italie et prouver à l'Église catholique qu'elle était encore sous la conduite du Dieu tout-puissant. Sa naissance (il appartenait à une famille sénatoriale), son beau caractère et ses connaissances variées relevèrent rapidement aux fonctions eminentes de gouverneur de Renie. Ces honneurs ne purent lui suffire. Il ambitionnait un genre de vie plus pur et plus intérieur, A la mort de ses parents, il convertit le palais dont il avait hérité en un couvent d'où, malgré lui, le pape Pelage II le tira, pour l'envoyer en qualité d'apocrisiaire à Constantinople, La

(1) Sa biographie, par Joannes, Ecoles. Rom. diacon., et Paitî Warnefrid, dans Gregor. Max. 0pp. éd. Bened. Paris., 1705, 4 t. in-fol. (dans le t. IV) locupl. Gallicciolli. Ven., 1768 sq. Palma, Prœlect. hist, ecclesiast. t. II, P. I, p. 44-86. Slolberg-Kerz, P. XX, p. 346 sq. Lau, Grég. le Gr. Leips. 1815. Bœhrinyer, Hist. eccl. en Liog. t. I, sect. IV, p. 310-426.

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sévérité qu'il exerçait envers lui-même, et envers ceux qui lui étaient subordonnés, dans tout ce qui concernait les intérêts de l'Église, le fit élire, à la mort de Pelage, au siège pontifical [590]. C'est à lui que l'Église catholique d'Occident est redevable de la pompe mystérieuse de son culte, de son chant grave, solennel et grandiose; que l'Angleterre doit les missions qui fondèrent son Église et dont la vue d'un esclave anglais inspira la sainte pensée au pontife. Grégoire fut en même temps le plus grand écrivain de son temps et le réformateur du clergé. La corruption générale avait envahi les mœurs des ecclésiastiques. Grégoire, qui concevait l'idée du vrai prêtre, comme le prouve sa Règle pastorale, ai qui possédait la force et l'abnégation nécessaires pour réaliser cette idée, sut découvrir, dans son clergé, ceux qui avaient conservé l'esprit et la vertu. Il les envoya dans les diverses parties de l'Italie, pour subvenir aux besoins généraux et détruire, par la puissance de la parole divine, les traces du paganisme qui se réveillait de côté et d'autre. Sa vigilance, son zèle à défendre les institutions ecclésiastiques s'étendirent sur toute l'Église confiée à ses soins. Il combattit avec succès de nombreux abus, il fit sentir aux contrées les plus éloignées sa pastorale sollicitude, en y érigeant de« maisons d'orphelins, des écoles pour les pauvres, inconnues jusqu'alors. Un homme aussi actif, aussi influent, était digne du surnom de Grand, que lui donnèrent ses contemporains, que lui conserva la postérité. Ses efforts pour relever tout ce qui concernait le Christianisme inspirèrent du respect aux Lombards ariens; lorsque la veuve du roi Autharis [384-90], fille du duc de Bavière, Théodelinde, se maria avec le roi Agilulf, ce prince se convertit, et beaucoup de Lombards entrèrent avec lui dans l'Église catholique, préparant ainsi le retour prochain du reste de la nation. Il intervint aussi avec autorité dans les interminables guerres des Lombards et des exarques grecs : « Que résultera-t-il de vos luttes, dit-il, si ce n'est la mort de milliers d'hommes, dont les bras seraient utiles aux Romains et aux Lombards pour cultiver leur terre? » — Plus tard, le pape Zacharie [741-52], se souvenant de l'exemple de Léon le Grand, se rendit à Pavie et à Pérouse, pour écar-

28 § 154. — BENOIT DE NURSIK.

ter de Rome les armés menaçantes des Lombards, sous les rois Luitprand et Rachis. Il en obtint en effet la paix désirée, et peu de jours après le roi Rachis déposa la couronne des Lombards et se retira avec la reine, les princes et princesses de sa famille, dans le couvent de Saint-Benoît.

§ 154. — Benoît de Nursie. Monachisme occidental.

MabiUonii Annales ord. S. Bened. [usq. 1157. Paris., 1703-39.] Luc, 1739-45, 6 t. in-fol., dans la Prœf. sœc. I, p. 77. Observât, de raonachis in Occid. ante Benedictum. Dacherii et MabiUonii Acta Sanct. ord. S. Bened. [usq. ll00]-16G8-170l, 2 t. in-fol. Vie de S. Benoit dans Greg&r. Max. Dialogor. lib. II. 0pp. éd. Bened. t. II, p. 207-7G. Cf. Bolland. Acta Sanctorum, mens, martii, t. III, p. 2-17. Règle de S. Benoit da.us Holslenii Cod. regul. monast., t. I. p. 111- 135. Brxndes, l'Ordre des Béuédictins, son infl. Hist. (Tub., Rev. trim., 1851, p. 1-40J.

A l'époque oi\ l'Italie et l'Église étaient menacées d'une dévastation complète par les invasions continuelles des hordes barbares, l'Église enfanta, en vertu de la force divine qui l'anime toujours, Vordre des Bénédictins. Cet ordre non-seulement sauva alors l'Église catholique d'une dissolution imminente, mais il fut un nouveau gage de sa durée, et devint le moteur et le conservateur de la culture spirituelle des siècles postérieurs. Les premiers moines que l'Occident eût vus et admirés avaient été Amrannius et Isidore, compagnons d'Athanase, lorsque ce grand évêque vint réclamer la protection du pape Jules. Exilé dans les Gaules, l'héroïque défenseur de la divinité de Jésus- Christ eut l'occasion d'y inspirer un saint respect, une religieuse ardeur pour la vie monacale, et son histoire de la vie de saint Antoine sut entretenir et augmenter l'intérêt que sa parole avait excité en faveur de ce sérieux genre de vie. Ambroise et Jérôme le consolidèrent en Italie, Augustin en fit l'éloge en Afrique, Martin, évêque de Tours (1), l'introduisit dans le nord de la Gaule, Cassien, dans le midi.

(1) Sidpicii Severi de Vi ta B. Martini lib.; dialogi très; epp. très. Gregor. Turon. de Miracul. S. Martini.

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