ET DE LA MYSTIQUE
l'homme le plus populaire de son temps. Saint Bernard, encouragé par le célèbre mystique Guillaume de Thierry et par saint Norbert, en attaquant Abélard, le blâmait surtout de confondre l'enseignement religieux avec celui de la philosophie (1). On accusait en outre d'hérésie sa Théologie chrétienne et une rédaction nouvelle de son Introduction déjà -"ondamnée ; on lui reprochait enfin, ainsi qu'à son école, de profaner les choses saintes par la fureur de disputes qui le caractérisait. Saint Bernard fut sommé de prendre part à une discussion puMique avec Abélard : il y consentit avec peine et se rendit à Sens [H4I]. Son adversaire fut condamné, et quoiqu'il en appelât au pape et s'acheminât déjà vers la ville éternelle, les informations du saint, parvenues à Rome, le firent condamnera une réclusion perpétuelle. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny. reçut Abélard avec une bonté paternelle, regarda comme un vrai triomphe pour l'Éghsc la vive piété qu'il montra dans ses derniers jours, et parvint à le réconcilier avec saint Bernard. Ainsi Abélard eut le bonheur de mourir dans la foi orthodoxe et avec toute sa gloire [1142], L'abbé de Cluny réunit son corps à celui d'Héloïse (2), au Paraclet, d'après l'ordre même d'Abélard, afin qu'elle apprît, avait-il dit, ce qu'on aime quand on aime un homme, et ses contemporains l'honorèrent par cette magnifique épitaphe : Il a su tout ce que U homme peut savoir (3).
Outre les erreurs d'Abélard déjà signalées, il se trompa encore étrangement en intervertissant les rapports de la science et de la foi, et en soutenant, contre saint Anselme, que l'homme doit arriver à la foi par la science, parce que le vrai principe de la connaissance, la véritable clef de la sagesse, est le doute (1). Il en appelait à Aristote, attribuait à la dialectique une pleine autorité sur tous les dogmes de l'Église, et arrivait, comme Aristote, par ce procédé logique, non plus au vrai, mais au vraisemblable. D'après ce
(1) Bernardi epp. 188-89 ad cardinal.; ad Innoc. de erroribus Abse lardi. Apologie d'Abélard, ep. 20 (0pp. p. 330 sq.).
(2) Pétri Ven. Ep. ad Heloisam et Heloisœ ad Petrum (Abaelardi Opera, p. 337 sq.). Ratisbunne, Vie de saint Bernard.
(3) Voir art. Abélard dans Fr. Morin, Dict. de Théol. Scolastiqua cité plus haut.