LUTTE DE LA SCOLASTIQUE ET DE LA MYSTIQUE
principe, qu'on doit tenir pour douteux tout ce qui a besoin de preuves, il commençait par changer en problèmes tous les dogmes, qu'il fallait démontrer ensuite. Etil le faisait en citant, pour et contre la vérité en question, une foule de passages tirés des Pères et de l'Écriture sainte, qui semblaient contradictoires, et sans donner lui-même aucune solution; tel fut son remarquable traité du Sic et Non. Abélard voulait par là réveiller le doute scientifique. Le procédé d'Anselme lui paraissait la méthode des faibles d'esprit. Sa définition de la foi parut surtout choquante. Croire, disait-il, c'est tenir pour vrai ce qu'on ne voit pas et ce qui motive la croyance en ce qu'on ne voit pas. Sou explication de la Trinité différait peu dumodalisme de Sabellius. Celui-ci pose la monade comme la divinité éternelle, se manifestant sous les formes du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Abélard considère le Père ou plutôt la Paternité {Pateimitas) comme la première et suprême Divinité, qui se développe dans le Fils et le Saint-Esprit, en sorte que le Fils et l'Esprit ne sont rien en eux-mêmes {aliœ vero duœ personœ nullatenus esse queant) et que le Père seul est et existe par son rapport avec le monde et sa manifestation dans le monde. Saint Bernard combattit enfin une autre proposition de V Ethique d'Abélard, qui paraissait erronée et d'après laquelle il semblait prétendre que le péché consiste dans la volonté perverse seule, et non dans l'œuvre même, parce que, dans le fait, Abélard voyait le mal dans l'individualisation de l'esprit et dans son union avec les choses sensibles.
Gilbert de la Porree (Porretmms), d'abord professeur de théologie à Paris et ensuite évêque de Poitiers [7 1154], introduisit les subtilités de la dialectique jusque dans la prédication elle-même. Ses spéculations logiques sur la sainte
(1) Cependant Abélard disait, Epitome thcologife christ., c. 2 : Ac primum de fide qu.^ naturaliter cœteris prior est, tanquam bonorum omnium fundamentum. Il est plus explicite dans son Introduct. in theolog., lib. II; mais il s'écarta bien vite de ces idées pour soutenir:« Hœc quippe prima sapientiae clavis dednitur , assidua scilicetseu frequens interrogatio;... d ubitando emm ad inquisitionem veniemus. » (In Sic et Non, prolog. sub fin., p. 16; Cousin, I. cit.) Quod fides humanis rationibus sit abstruenda (ibid., p. 17-22). Staudennuiier, Philos, du christ., t. I, p. G09.