TENTAT. POUR ARRÊTER LES ÉCARTS DE LA SPÉCC'L
Trinité portèrent ses deux archidiacres, Arnold et Galon, à le dénoncer à Eugène III et à saint Bernard (1). Lorsque Eugène vint en France, Gilbert comparut d'abord à Paris [1147] et ensuite au synode de Reims [1148]. On découvrit différentes erreurs nominalistes dans son commentaire de l'ouvrage de Boëce sur la Trinité, ce qui le fit accuser de trithéisme. Il établissait en effet une distinction entre Dieu et l'Être divin, soutenant que la seconde personne, et non la nature divine, s'était faite homme. Après avoir écouté ces longues et équivoques explications, Eugène III lui dit avec la plus grande simplicité : « Mon cher frère, croyez-vous « ou ne croyez-vous pas que l'être dans lequel vous recon- « naissez trois personnes soit Dieu? » Gilbert répondit négativement, à cause du mot Etre^ car, selon lui, les trois personnes étaient ^m sm^w/arm. Saint Bernard, après avoir discuté longtemps et en vain avec lui, finit par rédiger une confession de foi qui portait sur les points débattus. La jalousie des cardinaux empêcha Gilbert de la souscrire, et Eugène se contenta de la promesse que lui fit Gilbert de ne plus mêler le nominalisme à l'enseignement de la Trinité.
§ 253. — Tentatives pour arrêter les écarts de la spéculation; Robert Pulleyn, Pierre Lombard, Hugues et Richard de Saint- Victor.
Alb. Liebner, Hugues de Saint-Viclor et la tendance théologique do son siècle, Leipzig, 1S32. Engelhard, Richard de Saint- Victor et Jean Ruysbrock. Erlangen, 1839. Conf. son histoire du dogme,
■>. liv. II, p. 14.
Toutes ces erreurs et ces disputes firent sentir la nécessité de la prudence dans les spéculations philosophiques et théologiques. Aussi Robert PuUeyn {Robertus Pidlenus), successivement professeur de théologie à Paris et à Oxford, puis cardinal et chancelier de l'Église romaine [tllo3], revint à cette doctrine de saint Anselme, qu'on devait bien plutôt partir de la foi pour arriver à la science, que de la
(1) Surtout à cause de son Comment, sur Boethius de Ti'n. Mnnsi, t. XXI, p. 728 sq.; d'Argentré, t. I, p. 39 sq,