TENTATIVES POUR ARRETER
» jeunesse, le consolateur, le maître de ma vie. » L'esprit de Pierre Lombard continua à vivre dans la postérité, et les scolastiques les plus renommés se firent une joie et un honneur de commenter les sentences de Pierre Lombard.
Alain de Lille (ab Insulis) donna à l'enseignement de la théologie une forme encore plus systématique. Il semblait vouloir en faire une suite d'axiomes géométriques reposant sur un premier théorème. Suivant lui, toute espèce de spéculation ne pouvait servir que de préparation à la foi. Pour convertir des infidèles, des païens, des mahométans, il fallait en appeler d'abord, non à l'autorité des docteurs chrétiens, mais à des preuves de raison. Ces preuves devaient conduire à la foi : arrivée 'là, la raison ne pouvait plus rien. La foi seule pouvait aller plus loin et arriver à la science (1). Alain habita d'abord le monastère de Saint-Bernard [1128], devint ensuite abbé de la Rivour, et finit par être évêque d'Auxerre [f 1202]. Ses nombreux ouvrages le firent surnommer Magnus ou Doctor universalis.
On essaya de concilier les deux tendances théologiques de l'époque dans l'abbaye de Saint-Yictor, fondée à Paris par Guillaume de Champeaux, et dont Hugues et Richard de Saint- Victor furent les écrivains les plus distingués et les plus utiles. Le premier, ami de saint Bernard, et de qui Pierre Lombard tenait déjà une partie de sa doctrine, descendait des comtes de Blankenbourg, et naquit à Halberstadt, en 1097. Reinhard, évêque de Halberstadt, le fit élever chez les chanoines de Saint-Augustin, et le jeune Hugues s'efforça d'y acquérir des connaissances sohdes et variées. « Je puis bien dire, écrit-il, que je ne dédaignai « rien de ce qui pouvait servir à mon instruction ; j'appris i » même une foule de choses dont les autres se seraient » moqués. » Il se décida pour le cloître contre le gré dej
# (1) îlss vero rationes si horaines ad credendum inducant, nor tarnen ad fidem capessendam plene sufficiunt usquequaque. Opera :l de Correct, illustr. éd. studio Caroli de Viscii. Antv. 654, in-fol.; Del arte sive articulis fidei cath. libb. V (Pez, Thesaur. anecdot. novis3.,| 1. 1. Aug. Yind., 1721, in-fol.); lib. II, contra Judceos et Mahometaaos, éd. Masson. Paris., 1612.
ses parents, et, afin d'étendre le cercle de ses connaissances, il se rendit à l'abbaye de Saint-Victor. Dans cette retraite, Hugues se livra uniquement à la théologie et ù la contemplation. Quoiqu'il ne prît aucune part aux affaires publiques, il s'intéressait aux questions qui agitaient son temps. Rien ne put lui faire accepter la dignité de prieur ou d'abbé dans son monastère. Il mourut dans la force de l'âge, en 1141. Les surnoms honorables que lui donnèrent ses contemporains prouvent l'estime dont il jouissait {alter Augustinus, lingna Augustini, didascalus). Il continua la lutte élevée jadis entre Abélard et Guillaume de Champeaux, ce qui explique ses fréquentes et amères plaintes sur les abus de la philosophie, et ses vives instances pour rétabhr les vrais rapports de la philosophie, et de la théologie. Hugues, merveilleusement doué par la Providence, joignait à un sentiment profond une imagination brillante, à une raison droite une volonté inflexible. Il est surtout idéaliste ; et de là l'élévation générale de ses doctrines, la pénétration avec laquelle il découvre, la fermeté avec laquelle il rejette toute pensée vaine, commune ou creuse ; de là sa modération et son aversion pour l'esprit de contention et de dispute. Toutes ces qualités le rendaient propre à réahser son ardent désir de concilier les deux grandes tendances théologiques de son temps (1). Homme de son siècle, Hugues aimait avec passion la science et la philosophie. Chercher la science, disait-il, c'est être saint. Mais il faut que la science réunisse la pratique à la théorie (2), qu'elle s'empare de tout l'homme ; et, de fait, la plupart des savants du moyen âge furent, à la fois, des hommes d'un grand caractère et d'une moralité irréprochable. Sous le point de vue scientifique, le moine de Saint-Victor se rattachait à l'école des Augustin et
(1) Consultez surtout Didascalia, de more dicendi et meditandi, Summa sententiarum, de Sacram. fidei Christ, lib. II (lib, I, en d2 sections, lib. II, en 18); 0pp. Rothom.. 1648, 3 t. in-fol.
(2) <i Hoc utinam ego tam possem subtiliter perspicere, tam competenter enarrare, quam possum ardenter diligere! delectat nempe me, quia valde dulcc et jiicundam est de his rebus fréquenter agere, ubi simul ratione eruditur sensus et suavitate delectatur animus, et œmulatione excitatur effectus. » Peut-être pensait-il à S. August, de Cathechizandis rudibus, c. 2.