LES MYSTIQUES
Chartres [f H82]. Esprit cultivé, mais peu propre à des spéculations profondes, il appréciait néanmoins la philosophie et la recommandait en vue de l'influence morale et pratique qu'elle exerce sur l'homme. Dans ses deux ouvrages intitulés Polycraticus et Metalogicus, il juge son siècle, dans le premier sous le rapport de la politique, dans le second sous le rapport scientifique ; il prédit à la scolastique qu'à force de spéculation elle perdra la vérité (i),
§ 256. — Les Mystiques.
Cf. Schmidt, Gœrres, Helfferich, et plus haut § 252.
Nous avons déjà eu occasion de nommer saint Bernard, avec ses amis et ses élèves. Ce sont là les vrais mystiques de ces temps. Saint Bernard, sans être Tennemi de la science, cherche à développer dans l'homme la conscience de la vérité, bien plus par l'expérience intime de cette vérité divinement révélée que par les investigations curieuses de la raison; et, marchant sur les traces des mystiques antérieurs, il élève l'âme et l'intelligence jusqu'à la source même de toute vérité, par trois degrés (2). Cette science toute pratique, cette gnose véritable, ce mysticisme sérieux repose sur ce principe, digne de saint Jean : Dieu n'est connu qu' autant qu il est aimé. Ainsi pensaient et vivaient les amis de saint Bernard, les abbés Guillaume de Thierry [tH52], Rupert de Deutz [Tuitiensis) [f H35] et Guerry d'Igny. Le mysticisme revêtit la forme de l'extase et de la prophétie dans la personne de sainte Hildegarde (3), qui
(1) Joan. Salisberiens. [-J- 1182]. Polycraticus, sive de nugis curialium et vestigiis philosopher, libb. VIII. Lugd., 1639. Metalogicus, ]ibb, IV, Lugd., 1610; ep. 303 (Max. Bihliolh. PP. t. XXIII, p. 242). Nouvellement découvert, Entheticus de dogmate philosophor., éd. Petersen. Hamb., 1843. Renier, Jean de Salisbury. Berl. l^42. Ritter, Phil, ehret., t. III, p. 605-20.
(2) 7oici ces trois degrés ou Consideratio : dispensativa, sensibus utens ad promerendum Deum, — opinio; œstimativa, quœque scrutans ad investigandum Deum, — fides; speculativa, qua homo se in se colligit, excessus, ascensus, ad contemplandum Deum, contemplatio intellectus seu rei invisibilis certa et manifesta notitia.
(3) Gœrres, Mystique chrét., 1. 1, p. 285.