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LES MYSTIQUES

résidait au monastère de Ruppertsberg, près de Bingen [tll79],

. Hugues de Saint-Victor entreprit de réunir et d'exposer systématiquement les idées éparses de saint Bernard, et de fondre la scolastique et la mystique. Pour lui, le premier principe de la science religieuse est celui-ci : Tantum de veritate quisque potest videre, quantum ipse est. Le moyen d'arriver à la science la plus complète est la contemplation que l'homme a perdue par le péché originel, mais qu'il peut recouvrer par des secours surnaturels. Cette contemplation, ce regard de l'intelligence dirigé vers les choses éternelles, devient simple spéculation, méditation rationnelle quand il se dirige vers les choses du monde visible. Hugues, sous le rapportthéorique et pratique dumysticisme, le divise en cinq chefs principaux : la lecture, la méditation, la prière, l'opération la contemplation. Toute la vie religieuse est dans ces cinq termes. Les quatre premiers degrés habituent le juste à la pratique et le conduisent insensiblement à la perfection ; le cinquième, ou la contemplation, est à la fois le fruit des quatre premiers et l'avantgoût de la récompense future. Avec Richard de Saint-Victor la mystique spéculative atteignit son apogée. Dans ses efforts pour porter, jusqu'à une intelligence nette et claire, la connaissance de l'Éternel, que nous procurent la foi et la révélation, il se voit contraint d'admettre un secours surnaturel : Tantum possumus, quantwn posse accepimus ; quantum habes gratiœ, tantum habes potentiœ. Pour arriver à Dieu, il faut que l'homme renonce à lui-même, ce qu'il ne peut sans la grâce divine. Le but de l'homme intelligent est de parvenir à la contemplation ; son but pratique, d'arriver à l'union avec Dieu. Il parvient à ce dernier par trois genres d'efforts [nensibilia, intelligibilia, intellectibilia), auxquels correspondent six degrés que l'on doit successivement traverser.

§ 257 . — Seconde période de la scolastique sous les Franciscains et les Dominicains.

La seconde période de la scolastique commence au moment où l'on fit un usage plus général des souices patrolo-

442 § 257. — SECONDE période de la scolastique

giques et des ouvrages d'Aristote. Jusqu'alors on n'avait connu qu'une partie des écrits de ce philosophe, surtout son Organum, traduit en latin par Boëce. Mais au XIIIàècle, à l'instigation de saint Thomas d'Aquin, on se mit à faire une nouvelle série de traductions du grec ; déjà les écoles maures d'Espagne, où la philosophie florissait depuis Avicenne [Ihn Sina 7 1036], avaient porté l'attention des savants vers les traités des sciences naturelles et de métaphysique du Stagirile (1). Le respect qu'avait témoigné pour Aristote saint Augustin, si respectable lui-même aux yeux des scolastiques ; le renom antique et mérité dont jouissait ce philosophe comme dialecticien, propagèrent son autorité et la rendirent dominante pour tout ce qui était de forme. Aussi, dès lors, les scolastiques les plus éminents firent des commentaires détaillés sur presque tous les ouvrages d'Aristote. Alors aussi et surtout à dater de Robert PuUeyn, apparaît plus rigoureuse que jamais la forme aristotélique ou le syllogisme. L'énergie qui animait les ordj-es mendiants donna à la sience elle-même une nouvelle impulsion. Ils offrent une série nombreuse de personnages distingués par de grands talents, des connaissances très-variées et une piété profonde.

Le premier qui se présente est l'Anglais Alexandre de Haies (2). Élevé à Oxford, il étudia à Paris la théologie en même temps que le droit canon [doctor ii-refragabilis, fons vitœ). Malgré de nombreuses intrigues ourdies contre lui, il réussit, après son entrée dans l'ordre des Franciscains, à obtenir une chaire dans l'Université de Paris. Alex, de Haies est le premier commentateur de Lombard ; ses travaux sur la Métaphysique d'Aristote et l'Écriture sainte prouvent l'étendue et l'activité de son esprit [-f- 12-43].

(1) Cf. Launoius, De varia Ai'istot. in acad. Paris, fortuna. Paris.. 1659, in-4 ; éd. J.-H. ab Elswich. Vit., I7f0. Jourdain, Recherches critiques suri" âge et Icrigine des traductions lat. d'Aristote; 2. édit. Paris, 1S44. Conf. Staudenmaier, Scot Érigène. t. I, p. 592. Pabst. Hist. de l'homme, p. 165. Raumer, Maauel dhist^ 1S40, p, 468. Ritter, Philos, chrét., t. III, p. S3. La phil. arist. et scol. dans le Dict. eccl. de Frib.. t. I, p. 413-27. Schmœlders, Essai sur les écoles philos, chez les Arabes. Paris, 1S42. Haneberg, les Écoles des Maures au moyen âge. Munich, 1S51,

(2) Summa univers, theolog. iû libb. IV Seatentiar. Ven,, 1576;^ Coi., iö22. 4 t, iu-fol.

sous LES FRANCISCAINS ET LES DOMIMC-UXS. 443

Albert le Grand, comte de Bollstœdt (I), acquit son surnom {alter Aristoteles) comme professeur de théologie à Paris et à Cologne ; successivement provincial des Dominicains [1239], et évêque de Ratisbonne [1260-62], il passa les dernières années de sa vie à Cologne, dans une laborieuse solitude [i" 1280]. Albert brille au premier rang parmi les grands hommes du XIIP siècle, par la prodigieuse variété de ses connaissances : un seul homme lui dispute cette gloire, en théologie seulement, et c'est saint Thomas d'Aquin, son élève.

Né à Bagnaréa, en Toscane, Jean de Fidanza, surnommé Bonaventure, général des Franciscains (2), reçut, comme professeur de théologie à Paris, le titre de docteur séraphique. Cet homme admirable avait une âme angélique, et son maître, Alexandre de Haies, disait souvent de lui : Verus Israelita, in quo Adam non peccasse videtur. Ce qui domine chez lui, c'est la direction pratique; néanmoins il allie l'élément mystique à La spéculation dialectique, comme le prouvent sa profonde connaissance d'Aristote, son commentaire sur P. Lombard, enfin son ouvrage si remarquable sur les rapports des sciences avec la théologie {Reductio artium liberaliwn adtheologiam). De ces deux manuels {Centiloquium et Breviloquium), Gerson estimait surtout le dernier, comme exposition nourrie et complète de la dogmatique, divisée, à l'instar de la création, en six jours, et dont le célèbre chancelier recommandait la lecture aux jeunes théologiens, comme spécialement propren échauffer leur cœuret à éclairer leur esprit. Dans l'introduction, saint Bonaventure traite de l'Écriture sainte, de son contenu, de son origine et de son interprétation. La Trinité, la Nature divine, la Création, la Chute de l'homme et le Péché, l'Incarnation du Yerbe, la Rédemption, La Grâce, les Sacrements, l'Eschatologie ou science des fins de l'homme, telles sont les matières du livre lui-même. Les deux écrits que nous venons de nom-

(i) Comment, sur Aristote; Summa tiieolog, ; Ecrits pbil. et métaph. 0pp. éd. Jamray. Lugd., 1651, 21 l. in-fol. Cf. Radol. Nociomagens., de Vita Alberti Magni.

(2) Surtout Breviloqiiium (éd. Hefele, Tub. éd. II, 1817} et Cenliloq.; E.eductio artiurn ad iheolog.; De septera gradibus contemplationis; Ilinerarium mentis ad Deum; Biblia pauperum. 0pp. Romae, 1588; Lugd., 1688, 8 t. ia-fol. Vea.^ 1751, 13 t. iü-4.

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